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Leave no Trace de Thomasin McKenzie

Qu’a eu le monde comme effet sur le père de Tom, jeune adolescente, pour qu’il veuille s’en détacher à ce point, apprenant à sa fille à vivre dans les bois et à se satisfaire de peu ? On comprend vite qu’ils ne fuient pas quelque chose, mais qu’ils ont simplement fait un choix de vie autre, difficile à envisager pour certains. Préférer la forêt aux maisons qu’on leur propose. Si Ben Foster a laissé de côté son énergie bouillonnante et à vif de Comancheria pour faire place à la douceur d’un père, on sent que son personnage a en lui toutes sortes de poids, très pesants. Et oui, après les avoir observé un temps, on apprend que ce père était soldat. Traumatisé, donc. Le questionnaire type livré par les services médicaux est si désuet. Il apprend à sa fille à se débrouiller, mais c’est peut-être lui aussi qui a besoin d’être épaulé. Aucun âge n’est à l’abri, aucun lieu n’est assez familier, chacun veut son bout de monde idéal. Tom grandit, et n’aspire pas qu’à une grande et humide forêt, certes lieu de liberté, mais semée un peu partout des pièges qui enferment son père. Lors d’une très belle scène, qui est aussi pour le moment à mon avis, la plus belle scène vue depuis le début de ce Festival, Tom montre à son père comment elle a appris à dompter les abeilles. Ou plutôt à les habituer à sa présence, et à ne plus en avoir peur. Les abeilles ne piquent pas volontairement car quand elles piquent, elles meurent, a expliqué une habitante à Tom. Elle laisse l’essaim sur ses mains, sans combinaison de protection, devant son père emmitouflé dans la sienne. Tout est dit dans cette scène d’une poésie folle : il faut apprendre à faire confiance, réapprendre s’il le faut, si la vie passant, on a oublié comment on faisait. Et à tout âge vient le savoir, adulte, adolescente, père ou fille, il y a un moment où l’on sait, où l’on comprend qu’il y a des chemins différents à emprunter, malgré un amour partagé et indéniable. Il faut bien trouver son bout de monde à soi. Celui qui satisfait le mieux, celui qui fait le moins de peine possible.

Alors il y a des hommes qui seront toujours des hommes de la forêt, et ils ne sont pas la marge comme les modèles de société pourraient le clamer. Ils sont le cœur palpitant de celle-ci car en nombre, ils vont dans leur propre direction, préférant les sous-bois aux routes tracées. Il s’agit de ne pas les oublier et de leur déposer régulièrement un panier de victuailles, comme un baluchon pour une créature de conte. La douceur extrême qui se dégage de ce film est précieuse pour donner à voir cette orée de bout de monde, et la beauté de ses promeneurs.