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Journal de Marine jour 8 : la guerre des étoiles

Chaque jour, vous pouvez remplir votre sac d’éditions quotidiennes dans lesquelles les critiques de cinéma attribuent leurs cotes. Le film français, Screen, Variety, Grazia… tout le monde veut jouer les baromètres. On joue avec celui de Teknikart. Le seul truc que je peux noter, comme je n’ai vu ni En guerre, ni le Lars Von Trier, que je ne suis allée ni à la Villa Schweppes, ni à la plage Magnum, ni à l’Ame, c’est les playlist de la Quinzaine. La critique de Télérama ne met qu’une étoile – peut-être qu’elle n’aime pas Joni Mitchell, dont Jaco Van Dormael est très fan -, les Inrocks et France Inter décernent une palme. Moi aussi j’aime bien, ça met un peu d’animation quand on est dans la salle en attendant le film. Je suis arrivée très tôt pour rien. Devant moi, il y avait une équipe de télé japonaise. Je me demande quelle heure il est là-bas, ils ont l’air d’accuser le coup et un vigile va leur chercher des chaises.

Miraï : magique

Ils font un petit direct avant la projection de Miraï (photo). Je mets quatre étoiles avant de voir le film. Je ressors en ayant versé ma petite larme. Hosoda est un génie. Son dessin animé raconte les déboires de Kun, un garçonnet de 4 ans jaloux de sa sœur, un nourrisson qui accapare l’attention. Il joue avec des trains, il pique des crises… et il voyage parfois dans le temps, où il va recevoir des petites leçons de vie. C’est à la fois beau, mignon, intelligent et simplissime. Vous ressortez de là en ayant retrouvé foi en l’humanité. Je n’en dis pas plus parce que vraiment chacun met ce qu’il est dans les personnages, c’est difficile de partir sur des théories. Hosoda s’est inspiré de son fils de 4ans.

Solo : mineur

Je ne suis pas solo dans la file de Star Wars. C’est la blague rigolote que tout le monde fait. Quand vous aimez Star Wars, les spin-off, ces films dérivés du scénario original, sont des événements. Ron Howard veut nous raconter la jeunesse de Han Solo. Avant d’avoir vu le film, je peux imaginer la scène de fin. Et en plus j’ai raison ! Par contre je ne comprends pas pourquoi il a été vendu comme le film « le plus drôle » de la franchise. Donc l’idée c’est de raconter comment Han Solo est devenu pilote, comment il a rencontré son copain poilu et récupéré le Faucon Millenium, et comment il a accompli son fameux « raid de Kessel en 12 parsecs ». Il n’y a pas de grandes idées de mise en scène en revanche, ici on mise sur les effets spéciaux, sans les transitions des trilogies qui en sont devenues la signature. Il n’y a même pas le petit résumé jaune qui s’envole dans les étoiles. Le héros ne ressemble pas beaucoup à Harrison Ford, et il est beaucoup moins sexy. Woody Harrelson joue pas mal. Les courses-poursuites sont ratées. L’histoire d’amour est trop prévisible. À la limite, il y a plus de tension sexuelle entre Han et Chewie (ah, la scène de la douche!) ou entre Lando et son droïde qu’entre Han et sa copire Qi’ra. La fin est très très bizarre, on a l’impression que tout à coup on veut nous parler du tiers monde avec plein de noirs habillés comme des Africains pauvres et qui ont l’air de crever la dalle. Il y a des trucs qui devraient être rigolos – comme la collection de capes de Lando Calrissian – mais ce n’est pas exploité. Et puis il y a des trucs qui ne sont pas du tout crédibles, comme le fait que Han Solo parle tout de suite le wookie dans le texte. Bref, c’est globalement raté. Surtout, on ne dirait pas un Star Wars jusqu’à ce qu’enfin on comprenne qui est le grand méchant – et même là c’est presque une déception.

Fallait bien que ça dérape

On passe à la boutique officielle pour les souvenirs, on mange, on fait une mini-sieste, on est chauds pour le film chinois de la Quinzaine. « On est bon ? – Oui ! » On claque la porte, on sort dans la rue et oups ! On se rend compte qu’on a oublié de prendre les clés. Je pense qu’il aurait fallu une caméra pour saisir nos regards perdus au moment où on a réalisé qu’on était à la porte de chez nous. Un moment on s’est regardés, on s’est dit « Bon, on est au premier étage, on grimpera (la fenêtre est ouverte) » et dans un élan de lucidité on a quand même décidé de régler le problème avant d’aller voir le film d’un Chinois inconnu. C’est ce moment qu’a choisi le ciel cannois pour nous punir en nous balançant de la pluie. On se sent (un peu) courageux, je mets la capuche de mon sweat, on commence par chercher une échelle. Le vendeur d’articles de plage a un petit escabeau, le glacier aussi. On va toquer chez Mario, du resto de plage où ils ont un Jack Sparrow à l’entrée. Nada. Rien. La glacière nous hèle : les ouvriers du chantier de l’appartement au dessus ont peut-être une échelle. On crie, en vain. On inspecte les chantiers autour.

Cannes, c’est comme Paris, plein de chantiers à ciel ouvert et jamais personne dessus. Finalement notre super organisatrice en chef nous passe les coordonnées du proprio, la femme de ménage aurait les clés. Le propriétaire rigole au téléphone quand on lui dit qu’on s’es enfermés dehors. C’est bon esprit. On a les coordonnées de Madame Sofia. Trois tentatives, elle répond et nous traite à peu près de lavettes : « Y a pas des garçons un peu sportifs qui peuvent monter ? – Euh ben non en fait c’est haut, on préférerait vous emprunter votre trousseau de clés. » Elle sera chez elle à 19 heures, ça nous donne le temps de visiter les vieux quartiers de Cannes, franchement c’est joli. Quelques petits apparts à vendre qui semblent bourrés de charme – l’annonce immobilière, c’est comme la critique, tu lis ce que tu veux : disposition atypique/les toilettes sont dans le salon – charme de l’ancien/le double-vitrage, c’est pour ta pomme – moulures/faudra penser à refaire le papier peint. On est au taquet : un spritz pour se consoler et à 19 heures devant la « petite maison » qui est fait un immeuble avec six interphones. Pas de Sofia. Une dame arrive, on croit bêtement que c’este elle, mais elle nous envoie vers la porte à côté. Une cave avec une porte. Je frappe deux fois, il y a le son de la télé, personne ne répond. On regarde autour, en fait ça ressemble furieusement à un atelier de potiers. Finalement on récupère les clés, on rentre et c’est comme entrer dans un château. Ça fait du bien d’être chez soi. Pendant ce temps sur Whats’app nos collègues parlaient cinéma. C’est cool, c’est pas excluant du tout. Bon moi je suis frustrée je vais voir le film de clôture de la Semaine pendant que les autres organisent une finale de l’Europa League. À Cannes on rate plein d’événements importants, comme la finale de l’Eurovision que j’adore regarder. Mieux qu’une émission politique. Tu sais quel pays aime qui et en plus il y a de la musique avec des chorégraphies étranges.

On se rattrape

Bref je suis à Guy, je m’octroie une place réservée mais à côté de moi les sièges resteront vides. C’est un faux documentaire sur un faux chanteur… et on y croit un peu quand même. Je ris, je m’émeus… Il est fort ce Guy Lutz (ah non, c’est Alex). Au début c’est caricatural, une espèce de mélange Sardou/Bardot nostalgeux, et le scénario retourne le truc pour nous remettre au présent. Bien joué.

On va boire un verre au bar à côté et on enchaîne sur la « Ult!ima Noche ». Objectifs burgers : on y est en quinze secondes, on se baffre, et après on retrouve les potes. On goûte le vin blanc et les cocktails. J’accompagne un confrère dans la queue des toilettes, ça ne vaut pas celle de Solo mais presque. Il a mal calculé. À la fête de la Semaine il vaut mieux se mettre dans la queue même sans en avoir envie, avec un verre et de quoi manger, on rigole avec les voisins. Les toilettes, ça a toujous été le point faible des fêtes cannoises (sauf dans les villas). Bon, rentrer à l’appart sera plus rapide en fait. Le Uber fait boîte de nuit, on le félicite. Je lui mets cinq étoiles. C’est tellement Cannes.