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Journal de Marine jour 4 : Casse tête

Ce matin, j’avais un peu mal au crâne. Sûrement rien à voir avec le cocktail champagne-gaufres-bière-gin tonic de la fête de Diamantino. Le problème, c’est de gérer son planning. Il ne faut pas grand-chose pour que la machine s’enraye. Je m’étais préparé une journée aux petits oignions : grasse mat’, une interview à 10h20, le Gavras, le Yougoslave, une autre interview, une pause sustentatoire, le film avec Nicolas Cage puis la fête de l’Acid. Je voyais les trois films de la journée, mes deux rencontres et j’arrivais même à boire et manger. Mais hier vendredi, il a fallu que je remanie tout ça. En cause, le truc bête : l’interview de 10h20 était décalée d’une heure, ce qui par effet domino perturbait toute ma journée ! Je ne pouvais plus voir Le monde est à toi. Et puis la rencontre avec Beatriz Seignier a été avancée à 15h15, tout à coup je pouvais voir le Gavras mais pas Teret. Du coup ça veut dire que dimanche je vais voir Weldi le matin pour récupérer le Yougoslave le soir à l’Olympia (je ne sais même pas où c’est, suspense). Vous comprenez pourquoi j’avais besoin d’un Doliprane.

Le nerf de la guerre, c’est le café. Aux Fiches, la moitié des gens ne sait pas comment faire marcher une cafetière. Et puis il y a le casse-tête de la douche. On est sept dans l’appartement. C’est sympa, c’est familial, mais du coup moi qui devais être à 10h15 sur la Croisette ben c’est grillé, t’attends ton tour. Bon on finit par se mettre en route. Je pars avec un collègue, on parle gels douche et shampooing. J’ai encore la tête un peu farcie, la marche aide à se remettre en mouvement. À la plage de la Quinzaine, c’est cool. On est en avance, on se fait servir un petit cappuccino, à la napolitaine dans des tasses Illy, on se croirait à Venise. Il me faudra aussi trois jus carotte citron. On n’a rien préparé, on fait ça sur le tas. Je sens que mon binôme est déçu parce que le réalisateur italien parle français. Moi, ça m’arrange, parce que quand j’ai révisé mon vocabulaire cinématographique en italien j’ai eu des lacunes. Et je ne sais plus dire « bande de Gaza ». Bon en fait on dit Gaza. Savona est un type formidable qui anticipe les questions qu’on a préparées sur notre coin de table. Il ne fait pas trop chaud mais il y a du bruit et comme toujours j’angoisse que le dictaphone n’ait pas marché. Savona nous parle de Samouni Road, un magnifique doc qui parle de l’opération Plomb durci qui a décimé une famille de paysans gazaouis. Savona était archéologue, il travaillait à Gaza, une ville qui existait avant les pharaons. Et puis il s’est intéressé aux vivants. Il a bien fait, il est passionnant. Il veut nous montrer une vidéo du dessinateur avec lequel il a travaillé. Je suis obligée de le couper parce que ça fait cinq minutes que l’attachée de presse veut en finir et se rapproche de nous subrepticement. « Ici aussi, il y a des drones », crache le réal. Il faut dire que si nous avons un planning compliqué c’est encore plus difficile pour les attachés de presse qui jonglent avec les demandes de machin et truc. En tout cas moi je compatis.

On fait un tour à l’Acid récupérer les places de la soirée du soir, et on rentre à l’appart. Flemme de dérusher, je fais une sieste, je m’enfile une assiette de spaghettis avec les naufragés du jour et c’est reparti pour le film brésilien. Vive le vélo. J’arrive un peu en avance, le temps d’un espresso. La plage est plus que réveillée. Il y a trois films au moins sur le coup, j’arrive en plein photocall du Romain Gavras et les photographes sont au taquet. Ça court de partout, Vincent Cassel est suivi par trois nanas, il leur lance une vanne, elles rigolent. Aïe, mon féminisme. François Damiens a une conversation au téléphone super intéressante, il fait ça face à la mer, c’est so Cannes. Dans un coin traîne mon Savona entouré de naïades italiennes, et Beatriz Seignier, que je dois interviewer, est parquée dans son espace. La plage d’à côté lance de la musique de dancefloor. Je révise mes questions. J’ai vraiment beaucoup aimé Los Silencios, c’est tendre et réaliste, baigné dans une atmosphère poreuse : l’histoire d’une mère courage qui est déplacée sur une île entre le Pérou, le Brésil et la Colombie. Une de mes collègues au boulot m’a expliqué que l’île appartenait au Pérou et qu’ils avaient une légende bizarre avec une femme qui couchait avec un dauphin. Beatriz a mis un grand châle alors qu’on est tous en mode vacances d’été – j’ai mon t-shirt Diamantino. C’est très sympa, j’ai un problème avec le dictaphone, je répare et on repart.

Derrière, c’est le gros morceau, le film de Romain Gavras (photo) précédé de commentaires dithyrambiques. Je suis super bien placée (bon j’ai presque une heure et demie d’avance) et on discute avec les voisins. La fille à côté de moi est déprimée parce qu’elle n’a plus de batterie sur son téléphone. Je suis débile j’ai chargé ma batterie de la Semaine et je l’ai oubliée. Le gars en face se plaint du temps. Il a une écharpe, je mets ma veste, il y a un vent à écorner les bœufs. Ça arrive côté rouge (bon j’explique pas ça parce que ce serait trop long) et on prie pour que des basketteurs nous protègent. Enfin mon premier film de la journée. Mes collègues ne sont pas rentrés, trop optimistes sur le temps d’attente. Moi, j’ai ma place fétiche, Adjani arrive avec ses lunettes noires – euh ben en fait on t’a reconnue – elle a l’air casse-pieds, elle repart dès que la séance commence. Quelques rangs devant moi il y a Timothée Chalamet qui fait des hugs à l’américaine à tous ses potes. Ils vont rigoler comme des baleines pendant tout le film. C’est urbain, c’est bien filmé sans plus, c’est vraiment drôle mais il me manque un supplément d’âme, le truc qui fait qu’on y croit. La salle en tout cas adore. Ça rit, ça crie, ça applaudit pendant le film. C’est du divertissement. C’est le week-end, quoi.

Je pars très vite pour me mettre dans la queue du prochain film (Cannes, c’est sportif, faut pas croire) et ça débriefe le Gavras. Le mec derrière moi a détesté, moi j’ai rigolé, ça fait une moyenne. Mes collègues sont devant, mais je suis confiante, d’ailleurs je retrouverai ma place préférée. Je vérifie mon dictaphone, il y a plus de quatre heures d’enregistrement. Ça veut dire que j’ai tout le Gavras en audio. Oups. J’ai envie de toucher Nicolas Cage. Manque de bol, il n’est pas là alors mes amis se fichent de moi. Le réalisateur explique qu’il a voulu faire un film mêlant son amour pour le heavy metal et Donjons et Dragons. Tout un programme. Mandy, c’est le film WTF de la Quinzaine. La première heure est super chiante, les gens quittent la salle. Mais après il y a des moment marrants. Nicolas Cage va toujours se mettre dans des trucs tordus. Ça émascule, ça décapite. Il y a un duel de tronçonneuses. Après ça, on a besoin d’une bière, on file au Petit Majestic, puis à la fête de l’Acid. C’est sympa mais il n’y a rien à manger. On se vautre sur les crackers. Trois fois la queue aux toilettes, et je discute avec un attaché de presse qui m’encourage à venir voir son film sur des aveugles qui chantent. Ça me donne envie. Mais y aller, ça va encore être un sacré casse-tête. On rentre à l’appart. Allez, un Doliprane. Demain ce sera pire.