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Impressions cannoises : bilan d’étape Après une semaine de festival, mini-bilans

Dimanche soir, à 5 jours pleins de films, nous faisons un bilan d’étape sur nos premières impressions cannoises. Pour garder une trace, et voir quelle forme cette trace prendra au cours de cette deuxième semaine. Vous pourrez retrouver également les cotes dans les pages Sélections en bas de page des Fiches à Cannes.

 

Charlotte Bénard

À mi-parcours, tête un peu dans la fumée, les souvenirs et les images s’entremêlant déjà, il est parfois difficile de réfléchir correctement après avoir franchi le cap de la quinzaine de films vus. Mais je retrouve un peu de la malédiction de Cannes 2017 : des films moyens, dont on arrive pas trop à parler, tant ils ne sortent d’aucun lot. Des sortes de ‘à quoi bon’ qu’on ne va pas retenir. Et c’est dangereux ! Le festivalier attend le bouleversement comme le chercheur d’or sa pépite, en quête désespérée de pouvoir crier ‘je l’ai !!’.
À ce stade, et comme assez souvent, c’est pour l’instant dans les sélections parallèles que j’ai trouvé fraîcheur et fougue de vivre, et poésie, avec Rafiki (Un Certain regard) pour les premières, et Leave No Trace (Quinzaine des réalisateurs) pour le poème. Il ne faudrait pas que la Compétition se cantonne au terne, à l’entre-deux, l’or de la Palme en deviendrait légèrement désuet. Le manège va encore tourner une semaine à vive allure, on espère décrocher le pompon.

 

Clément Deleschaud

Une sélection de la Quinzaine très honorable, solide, homogène mais sans génie (hormis Samouni), ternie par l’affreux Mandy. De beaux premiers films (Joueurs, Diamantino, Los Silencios (?)), qui pensent et se pensent en cinéma.

 

Thomas Fouet

Quelqu’un a dit qu’un jour, un film sera tellement beau qu’il mettra fin au cinéma. Ça sonnera comme une injonction, plus personne ne se croira autorisé à faire des films. Comme ça, on pourra passer à autre chose.

Jusqu’ici, ce que j’ai vu à Cannes (mais sans doute ai-je peu et mal vu) n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de l’objectif. Mais il est vrai que mes attentes sont, ces temps-ci et en toute chose, trop grandes pour être comblées. Il s’agit de ne pas prendre ses désirs pour des réalités, et encore moins pour des films.

PS : je me suis baigné ; l’eau était fraîche et les vagues raisonnables.

 

Michael Ghennam

Cannes, je te veux si tu veux de moi. Mais si tu crois que la vie est là, c’est un problème pour moi : ta compétition me paraît bien lointaine, inaccessible.

 

Astrid Jansen

Si j’ai vu de belles choses – Cold War, Nos Batailles, Trois Visages,… – aucun film ne m’a encore marquée au fer rouge cette année. Mais j’ai fait de belles rencontres alors ce que je retiens jusqu’ici ce sont les mots de l’incroyable actrice Laetitia Dosch : « Je veux que mon travail soit un lieu de liberté où l’on peut tout se permettre » ; et puis ceux de Isabelle Danel, présidente de la FIPRESCI : « Un bon film c’est un film qui fait qu’on est plus la même après l’avoir vu ». J’attends toujours.

 

Corentin Lê

À Cannes, la fatigue, inhérente à cet absurde marathon de séances, nous fait parfois décrocher. Dans d’autres cas, plus rares, elle nous permet de voir tout autre chose. C’est le cas d’une trame narrative complètement fantasmée des Éternels, le nouveau Jia Zhang-ke. Je pensais, à tort, que son troisième acte était un second acte alternatif, centré sur ce qui aurait pu se passer dans une vie parallèle. Mais cette narration fracturée n’aura jamais existé ailleurs que dans mon esprit. Je l’ai en effet déliré. Mais ça n’a aucune importance. Cette hallucination-là m’aura permis, lors de cette première semaine cannoise, de voir un film sublime.

 

Nicolas Marcadé

Mon impression dominante à mi-parcours c’est que je n’arrive presque jamais à regarder les films autrement que comme un critique de cinéma, qui doit travailler beaucoup avec sa tête pour parvenir à aimer quelque chose. Souvent je me demande si c’est de ma faute. Ça se pourrait. Après tout un festival c’est comme un match de tennis, parfois on est dedans et on monte sur toutes les balles, parfois on n’y est pas et on n’en touche pas une. Mais à d’autres moments je me dis surtout que cette édition confirme le diagnostic posé à l’issue de la précédente : celui d’une stagnation des formes, d’une désynchronisation entre le mouvement du monde et le mouvement du cinéma. Et alors ce qui, jusqu’ici, laisse une impression frustrante c’est moins un manque de qualité ou de talent qu’un manque de vie ou de vitalité.

 

Chloé Rolland

Cannes est l’endroit des sensations. L’empilement des films et le raccourcissement des nuits amplifient l’instinct du critique. Le mien m’a très vite dit que quelque chose clochait, et ce sentiment s’est confirmé jour après jour : tandis que le cinéma est de moins en moins l’affaire de tous (supplanté par les séries, par youtube ou par rien) et qu’il faudrait donc une révolution (des genres, des sujets, des formes…), les films qui nous sont donnés à voir sont dans une sorte de redite, des films qui ont inspiré leurs auteurs ou des précédents films des auteurs eux-mêmes. Je m’interroge alors très fort sur la nécessité qui a pu les conduire à réaliser leur film, sur celle qui a conduit un producteur à en trouver le financement, l’argument des chaînes, des commissions, ainsi de suite…

 

Romain Tourbillon

Beaucoup de monde dans les rues, beaucoup de monde dans les files d’attentes obligeant parfois à venir près de 2 heures avant la séance pour s’assurer d’une place convenable. Une compétition globalement agréable à regarder, des sélections parallèles assez fortes mais pour le moment aucun film qui sort véritablement du lot. Il faudra peut-être attendre la seconde semaine pour que quelque chose me prenne enfin aux tripes ou accroche mon cœur.

 


photo : le merveilleux En liberté de Pierre Salvadori, projeté ce lundi à la Quinzaine des réalisateurs.