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Gongjak de Yoon Jong-bin

C’est une histoire de fou : celle d’un espion sud-coréen, Park Suk-young – nom de code “Black Venus” -, qui s’infiltra au plus près de Kim Jong-il, le dictateur à la tête de la Corée du Nord, au milieu des années 1990. Ce n’est pourtant pas vraiment une histoire d’infiltration à proprement parler : Park doit manœuvrer avec trois émissaires nord-coréens pour établir les conditions d’un accord commercial. Son objectif étant, in fine, de pouvoir visiter le pays et d’enquêter sur le programme nucléaire de la dictature. Condamné à sacrifier son identité pour sa patrie, Park tente de de remplir sa mission, et découvre que, à l’approche des élections présidentielles de 1997, les enjeux géopolitiques le dépassent.

Cinquième film de Yoon Jong-bin (jusqu’à présent jamais distribué en France), Gongjak lorgne du côté du chef-d’œuvre d’Alfredson, La Taupe, en mettant en scène les “jeux d’espions” entre ses différents protagonistes. Pour le personnage principal, il s’agit de convaincre un ennemi. Lorsque l’ennemi se montre plus complexe qu’il n’y paraît, qu’il affiche le même patriotisme réfléchi que lui, Park est ébranlé. De simple récit d’espionnage à l’efficacité certaine, le film bascule dans le drame politique (et historique, puisqu’il s’agit d’une histoire vraie…). Petites manipulations, complots et mensonges d’État : il y a tout, ici, pour un best-seller de John Le Carré. Si sa réalisation reste trop sur la réserve, Yoon Jong-bin s’appuie sur un scénario doté d’une subtile science des dialogues et non dénué d’humour. Surtout, il dispose de deux formidables acteurs, Hwang Jung-min (vu récemment dans Battleship Island) et Lee Sung-min (Secret Sunshine). Teintée d’une franche mélancolie, leurs magnifiques prestations tirent le film vers la tragédie, et font résonner tout particulièrement le double dénouement (politique et intime) avec les fraîches et encourageantes évolutions des relations entre les deux Corées.