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Girl de Lukas Dhont

Lara est une adolescente de 15 ans solitaire et taiseuse. Elle vit en Belgique où elle s’entraîne avec ardeur pour devenir une danseuse étoile. Elle est soutenue par un père protecteur et s’occupe d’un petit frère agité. Sauf que Lara n’est pas une adolescente comme les autres. Car Lara est née Victor.

Le film suit donc le quotidien d’un adolescent transgenre entre ses rendez-vous médicaux, sa pratique de la danse et sa vie familiale. Au fur et à mesure, le réalisateur dresse le portrait sensible d’un être atteint d’une souffrance sourde mais violente, un être enfermé dans un corps qui n’est pas le sien. En effet, Lara cache son sexe avec des bouts de sparadrap avant de mettre son juste-au-corps, n’ose pas se doucher avec ses camarades, est terrifiée lorsque son père entre sans prévenir dans sa chambre au moment où elle se change. Il parvient à capter avec délicatesse ce mal-être qui ronge de plus en plus Lara et a l’intelligence de ne pas faire de son quotidien un parcours du combattant ou une suite d’humiliations. Lara se retrouve d’ailleurs entourée d’une rare bienveillance, que ce soit de la part du corps médical, de son père ou de ses camarades qui, à l’exception d’une séquence, accepte l’adolescente telle qu’elle est. D’ailleurs, son père n’a de cesse de lui répéter, tel un mantra, qu’il voit une fille quand il la regarde, et non l’homme qu’elle perçoit de son côté. Car la vision même de son corps est pour Lara une douleur incommensurable qu’elle ne parvient à partager. Et c’est d’ailleurs là que se dessine le vrai sujet du film en filigrane : l’incommunicabilité d’une douleur. En effet, alors que tout est fait pour qu’elle évolue dans un environnement sain lui permettant de réaliser sa transition en douceur, Lara perd pied progressivement et plus elle se regarde, moins elle accepte ce corps. Et cette absence d’extériorisation de ses émotions finira par la consumer dans un final aussi bouleversant qu’anxiogène.