Rechercher du contenu

Everybody Knows de Asghar Farhadi Ouverture de la Compétition

Mélangeant une fête de village façon Dolce & Gabbana à une intrigue policière corsée par des ressentiments familiaux et des jalousies de voisinage, le dernier film de Asghar Farhadi est tumultueux et d’une grande richesse narrative, mais il demeure superficiel.

Les films de Farhadi ont cette capacité à dévoiler les rouages d’une société par le biais de l’événement minuscule, de l’anecdote révélatrice. Ainsi, dans son chef d’oeuvre Une séparation, aussi sensible que terriblement efficace, le drame intimiste ouvre-t-il aux enjeux de la grande Histoire. Ici encore, bien qu’exilé non plus en France mais en Espagne, Farhadi fait vriller son paisible récit d’une fête familiale heureuse par l’enlèvement de la fille modèle, ce qui va révéler les tensions enfouies et les jalousies refoulées. Rumeurs, rancunes, vengeance, sordides contentieux autour de terrains agricoles ; c’est toute la noirceur d’un clan, d’un village qui est soudain mise au jour. La patte de Farhadi irradie dans la circulation de la tension entre les personnages, dans l’écho des événements dans les visages, dans les corps. La caméra du cinéaste iranien est comme à son habitude plutôt discrète, sans esbroufe ou joliesse inutile. Mais s’exprime également sa tendance au démonstratif, telle qu’elle avait pu apparaître dans Le Passé. Tout à sa narration, fondée sur un compte-à-rebours verrouillé à l’excès, le scénario oublie de fouiller véritablement ses personnages. Sans doute concentré sur son duo d’acteurs vedettes, le couple Cruz/Bardem interprétant ici d’anciens amants, le scénario néglige l’aspect le plus passionnant du récit : sa toile de fond. C’est également la tentation du polar – une fausse piste – qui le détourne d’un traitement plus subtil de ses personnages et du contexte dans lequel ils évoluent. On regrette ainsi de voir si peu les merveilleux acteurs qui composent son casting, parmi lesquels le grand Ricardo Darín.