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Donbass de Sergei Loznitsa Ouverture du Certain regard

Avec ce film choral – ou dont les récits, plus précisément, se reversent l’un dans l’autre à la faveur d’une logique aussi fluide que faussement aléatoire – autour du conflit qui, depuis 2014, déchire l’Ukraine, Sergei Loznitsa trouve le point d’équilibre entre chronique naturaliste (plans-séquences mimant, par endroits, la facture du reportage télévisé, et qui, pour autant, n’en respirent pas moins le cinéma), tragédie flirtant avec la démonstration (dans la lignée de Dans la brume, présenté en compétition officielle en 2012) et comédie de caractères lorgnant la farce (de Donbass à « dumb-ass », il n’y a ici qu’un pas). Pour avoir placé la mise en scène (éléments de propagande pro-russe, quidams filmant un lynchage entre deux selfies, élus se donnant en spectacle devant leurs administrés…) au cœur de son dispositif, le film n’en recèle pas moins quelque constat des plus limpides : histoire d’enfants et d’abrutis que la guerre, exercice pathétique que celui du pouvoir, improbable fiction qu’une Europe en laquelle personne, ou presque, ne croit plus, grêlée par les rancoeurs post-nazies/post-soviétiques – Hitler et Staline ont égalisé dans le temps additionnel, tout est à refaire. Avec le temps, le cinéma de Loznitsa se fait semble-t-il plus frontal, pour répondre sans doute à l’urgence d’un contemporain vicié.