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Denis Podalydès, le pont sur la rivière dans "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré

On connaît chez Christophe Honoré son désir d’histoires et le romantisme moderne qu’il distille pour les raconter. Et en bon conteur, le cinéaste sait particulièrement bien soigner ses personnages secondaires. Ils sont la densité du récit, qui contrebalance en quelque sorte l’aspect quasi toujours autobiographie (du moins egocentée du point de vue du personnage principal) de ses histoires d’amour. À cela s’ajoute une autre qualité qui rendrait la première intéressante mais pas primordiale s’il n’y avait celle-ci : un sens du casting redoutable, intuitif et cinéphile. C’est ainsi la première représentation du plaisir de cinéaste pour le spectateur. Que serait par exemple Dans Paris sans la présence si savoureuse de Guy Marchand, qui renvoie de son pas traînant le spectateur à sa cinéphilie et les deux frères (Garrel et Duris) à leur enfance ? Que seraient Les Chansons d’amour sans le regard pétillant et la voix grave de Brigitte Roüan ? Que seraient Les Bien-aimés sans le corps forgé par tant d’expériences de Milos Forman ?

Dans Plaire, aimer et courir vite, on peut se demander ce que serait le film sans l’amitié de Denis Podalydès. Une amitié profondément intellectuelle, c’est-à-dire au-delà de toute contingence matérielle, quotidienne, au-delà de l’humeur, et de l’attitude du héros. Le sociétaire de la Comédie Française apporte à Pierre Deladonchamps le contrepoids réaliste, carré, simple à son personnage de Parisien, écrivain volontiers nihiliste. En quelques scènes, en un regard soutenant, dans une sagesse non dénuée d’humour, dans une émotion non retenue mais résolue, Podalydès est bouleversant. Il est le « pont sur la rivière », pour reprendre le refrain célèbre des Chansons d’amour, entre le spectateur et le personnage principal.