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De la cinéphilie de balcon Cérémonie d’ouverture

Pourquoi tous les ans, cette envie irrésistible d’y retourner ? Parce qu’on pourrait donner raison aux diseurs de mauvaise parole, Cannes c’est surfait, Cannes c’est ennuyeux, tout ça. Il doit y avoir du vrai. Mais cette envie tous les ans revient. Et nous replonge dans ce tourbillon de choses insensées : attendre des heures pour un film, se faire mal aux pieds, manger tard. Toutes ces choses qu’on pourrait ne pas s’infliger. Mais voilà, un sésame et est repartie l’envie : une place au balcon, pour voir la cérémonie d’ouverture du 71eme Festival de Cannes. Cette place qui était celle de Thierry Frémaux il y a quelques années – dans une galaxie très très lointaine – comme il se plait a nous le répéter à chaque fois, en nous saluant depuis la scène. Cette place, on s’y fait, il n’y a pas de nom apposé sur le dossier, elle s’appelle juste cinéphile. Un beau nom qui résonne, même de tout en haut. Un nom aux mille regards possibles. De cette place, je suis une enfant du paradis a dit, si bien comme à son habitude, ce cher Édouard Baer, opportun maitre de cérémonie. Le paradis est en haut du balcon, de là la vue est pleine et entière. On y voit le doré de la scène, on y voit Cate, Kristen. On voit la Palme et les sièges du jury se faire démonter en un rien de temps, ppfft ! Dans un claquement de doigts presque, juste avant que le premier film soit lancé. Est-ce seulement ça, Cannes ? L’éphémère ? Le beaucoup en peu de temps ? Difficile à dire. Mais chaque année revient l’envie, boomerang de douces réminiscences et de promesses alléchantes. Cette façon que le Palais à de vibrer d’un même souffle par exemple, un peu comme le public d’une sitcom : ooh ! Une dame chute sur les marches. Aah ! Javier Bardem arrive. Ces voisins de passage aux commentaires pas toujours avisés. Ces instants suspendus, ce soir c’était cette voix dans l’assistance, dont on ne saura pas dire si c’était celle d’un homme esseulé, ou pas assez discret. Un fou, déjà ? Cet autre là, perché au plafond près des projecteurs, alors que tous ont les yeux rivés sur l’écran. Et des promesses d’envies. A travers les multiples visages de cette nouvelle présidente, visages présentés en condensé pour mieux en observer la diversité, dont certains ont d’ailleurs été cannois. Et on se prend à rêver que sa présidence, le temps d’une quinzaine, pourrait être temps de révolte, de beaux combats, d’affirmation. On sait que la place au balcon de paradis se trouve aussi chez les voisins, en Debussy, à la Quinzaine, à la Semaine. On a hâte. Car oui : il faut chercher les bonnes images, ne pas toujours trouver lunette à sa vue, puis à un moment, voir clair. Et ça tombe bien, pléthore de spectacles/histoires s’offrent à nous. Plus on a d’yeux plus on est heureux, ou quelque chose comme ça.

 


photo © Festival de Cannes présentant la montée des marches de Cate Blanchett, présidente du jury, entourée de deux de ses jurés : Denis Villeneuve et Robert Guédiguian.