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Climax, trauma français Climax de Gaspar Noé

Des jeunes danseurs, réunis dans une salle mystérieuse, se meuvent jusqu’à l’extase, dans une transe qui les mènera vers l’acmé de l’existence, la mort, la petite (la jouissance) et la grande (la délivrance). Le nouveau film de Gaspar Noé continue d’exposer, de creuser les tiraillements qui constituent son art : aphorismes de fortune et génie formaliste, goût du scandale et absence de cynisme, mysticisme et trivialité, faisant même une synthèse méliorative et péjorative dans le même mouvement goguenard, de son cinéma. Générique impromptu, narration trans-temporelle, caméra à l’envers, les mêmes tics sempiternels s’amoncellent, et, miracle, se transforment tantôt en verrues monstrueuses, tantôt en épiphanies formalistes. Noé ne sait que trop bien qu’il est attendu à la fois comme l’idiot du village et le sadique omniscient, et sa présence même suffit à rendre le spectateur schizophrène (il faut le voir en projection, évoluant tout sourire dans la salle, prenant des photos et dansant pendant le film – comment ne pas l’aimer et le détester ?). Alors tout se mêle, la frénésie musicale côtoie d’horribles scènes de dialogue improvisés, la caméra serpente, boustrophédon infernal : Noé voyeur, mais délesté de toute pulsion psychique, l’extime du corps tordu par la danse, hypertrophié par la naissance, renversé par le temps (qui détruit presque tout). La bêtise indigente des dialogues est d’ailleurs la preuve que Noé filme le dialogue corporel au détriment de la platitude verbale (ce sont des danseurs, pas des acteurs), ce qu’il n’avait jamais réussi à saisir auparavant. Cet intérêt nouveau permet d’ailleurs au film de réussir (sans convaincre pleinement) à nous faire croire qu’il est profond, ou du moins qu’un sous-texte politique gronde sourdement derrière les basses : la France, désunie et divisible, mosaïque de suspicieux, crypte d’humanité, et pervertie par une puissance maligne, que chacun identifiera comme il le souhaite (l’auteur de ces lignes ayant lui-même une hypothèse qui ne sera ici pas développée pour des raisons de sécurité). Proposant trop ou trop peu, Climax trouve alors son équilibre circulaire, paradoxal, et assoit un peu plus Noé dans la position qu’il façonne à la tronçonneuse : celle du mauvais génie et du débile voyant, qui nous toise tous, nous et notre connerie d’intelligence – alors, autant entrer dans la ronde.