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Bilan Séries Mania 2018, le Palmarès & nos coups de coeur Episode 2 : des dystopies, comme s'il en pleuvait

C’est sans doute en repensant aux averses lilloises des premiers jours du Festival qu’on écrit le titre de ce second volet, et à la pluie porteuse d’un virus mortel dans The Rain (disponible sur Netflix). Mais si nous avions un parapluie pour affronter les éléments extérieurs, rien ne nous aura soustrait à l’ennui des deux épisodes de la série apocalyptique danoise. Cette histoire d’une sœur et d’un frère qui sortent – fringants ! – d’un bunker, six ans après qu’une épidémie a décimé la population, est truffée d’invraisemblances et fait figure de pâle copie du genre…

 

Plus douloureuse fut la déception à la projection des deux premiers épisodes d’Ad Vitam (bientôt sur Arte, photo ci-dessous), pourtant récompensée par le Prix de la Meilleure série française… On aurait tant aimé dire qu’on tenait enfin LA bonne série d’anticipation d’Arte, après plusieurs louables mais peu convaincantes tentatives : Trepalium en 2016 et Transferts en 2017. Hélas, cette création du cinéaste Thomas Cailley et du scénariste Sébastien Mounier tombe dans le piège de l’intrigue policière qui escamote l’intérêt du propos : dans un monde où on a inventé la régénération, on peut vivre plus que centenaire dans un corps sain, mais qu’est-ce qu’une société qui cultive le jeunisme, quelle place pour les « vrais jeunes », quel sens donner à sa vie si on ne meurt plus ?

 

 

En plus, les décors extérieurs empilent les clichés futuristes et les intérieurs, les meubles Ikea (?!). Notre perplexité demeure devant des tentatives d’effets visuels qui se voudraient « kubrickiens » mais ressemblent à un festival pyrotechnique. Même Yvan Attal ne semble pas y croire, seule Hanna Schygulla nous fait vivre un petit moment de grâce, trop rare. On veut espérer que les quatre épisodes suivant apportent une amélioration mais on n’est guère optimiste.

 

Difficile de rivaliser face aux deux mastodontes actuels de la dystopie, américains (évitons d’ajouter « évidemment » américains) : Westworld et La servante écarlate, dont les deux premiers épisodes de la saison 2 étaient projetés à Séries Mania sous nos yeux ébaubis (toutes deux sont en ce moment diffusées sur OCS, nous vous en reparlerons).

Il s’est tout de même produit un petit miracle européen, ou plutôt Il Miracolo (photo en ouverture), sortie grande vainqueur de la Compétition officielle : Prix spécial du jury et Meilleur acteur pour Tommaso Ragno (un prix amplement mérité pour ce comédien qu’on verra aussi dans Heureux comme Lazzaro, film en compétition à Cannes). Cette coproduction italo-française n’est pas à proprement parler une dystopie, mais elle se propose d’interroger la foi de ses protagonistes devant la découverte d’une statue de la Vierge qui pleure du sang.

Crée par Niccolo Ammaniti, que Pierre Lemaitre, lors de la remise des Prix, a qualifié de meilleur écrivain italien de sa génération, Il Miracolo sait nous raconter une histoire. La série déploie habilement ses mystères, grâce à une réalisation soignée, dont la fluidité et le jeu sur la lumière servent l’intrigue comme les très bons acteurs.

 

 

Une série israélienne de la Compétition officielle questionne également la foi, de manière plus dystopique : Autonomies (inédite en France, photo ci-dessus), dont on comprend mal l’absence au Palmarès. Ses créateurs, Yehonatan Indursky et Ori Elon, nous font faire un tout petit bond dans le futur, en 2019, dans une Israël coupée en deux, d’un côté la laïque Tel Aviv, de l’autre Jérusalem, juive orthodoxe ultra conservatrice. Ces deux mondes vont s’affronter autour du sort d’une enfant, ce qui n’est pas sans rappeler le jugement de Salomon. Le sujet est actuel, le pari osé et il fonctionne à plein dans les deux premiers épisodes projetés. Assi Cohen, en fossoyeur magouilleur, féru de jazz, lui-même scindé entre sa foi et ses tentations aurait mérité de partager le prix d’interprétation avec son homologue italien d’Il Miracolo.

 

Enfin, preuve que la dystopie peut interroger le monde avec humour et dérision, on a bien aimé cette bizarrerie qu’est Nu d’Olivier Fox, Judith Godinot et Olivier de Plas (10 x 26’, bientôt sur OCS, photo ci-dessous). En 2026, un flic se réveille à l’hôpital après huit ans de coma et doit s’adapter à une société où tout le monde est obligé de vivre à poils suivant « la loi transparence » ! C’est complètement loufoque et drôle même si c’est parfois un peu lourdingue. C’est en tout cas une façon peu conventionnelle d’interroger les excès d’une société future où l’on devrait ne rien cacher pour gagner en sécurité et en égalité mais où finalement la course à la santé et à la beauté prendrait le pas.

 

 

On terminera sur cette note un peu optimiste, non sans applaudir le Grand Prix du jury de la Compétition internationale : On the Spectrum (série israélienne, inédite en France) ou le quotidien de trois jeunes colocataires autistes qui nous a fait rire autant qu’il nous a bouleversé.
Ce cru Séries Mania 2018 aura donc prouvé une nouvelle fois la diversité, l’originalité et généralement la bonne qualité de la création sérielle mondiale, n’en déplaise à Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes ! (1)

 

Lire le début : Episode 1 – Des femmes d’honneur


(1) A la veille de l’ouverture du Festival de Cannes 2018, Thierry Frémaux a maladroitement déclaré « Les séries, c’est industriel ; les films, c’est de la poésie » mettant en émoi la communauté sériephile sur Twitter. Les commentaires ont fusé, on retiendra l’éloquent « Ma grand-mère disait des choses comme ça, elle aussi… » de Pierre Lemaitre.
Rappelons que l’an dernier, Thierry Frémaux avait sélectionné deux séries pour les présenter Hors compétition à Cannes : Twin Peaks (S3) de David Lynch et Top of the Lake (S2) de Jane Campion. Le Délégué général nous objecterait sans doute : des séries, oui, mais des séries de réalisateurs de cinéma.

Séries Mania 2018 :

Palmarès Compétition officielle

Grand Prix : On the Spectrum de Dana Idisis et Yuval Shafferman (Israël 2018, 12 x 28′, inédite en France)

Prix spécial du jury : Il Miracolo de Niccolo Ammaniti (Italie, France 2018, 8 x 50′, bientôt sur Arte)

Meilleure actrice : Anna Mikhalkova dans An Ordinary Woman de Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov (Russie 2018, 8 x 50′, inédite en France)

Meilleur acteur : Tommaso Ragno dans Il Miracolo

Palmarès Compétition française

Meilleure série : Ad Vitam de Thomas Cailley et Sébastien Mounier (France 2018, 6 x 52′, bientôt sur Arte)

Meilleure actrice : Anne Charrier dans Maman a tort de Véronique Lecharpy, adaptée de l’oeuvre de Michel Bussi (France 2018, 6 x 52′, bientôt sur France 2)

Meilleurs acteurs ex-aequo : Roschdy Zem dans Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu et Alain Tasma (France 2018, 6 x 52′, bientôt sur France 3) – Bryan Marciano dans Vingt-cinq de Bryan Marciano (France 2018, 12 x 25′, bientôt sur OCS)

Prix du public

The Marvelous Mrs Maisel d’Amy Sherman-Palladino (États-Unis 2017, 10 x 60′, diffusée sur Amazon Prime Video)

Panorama international des blogueurs

Kiri de Jack Thorne (Royaume-Uni 2018, 4 x 60′, inédite en France)

Compétition formats-courts

Prix du jury : First Love d’Adi Tishrai (France, États-Unis 2018, 10 x 10′, diffusée sur Blackpills)

https://seriesmania.com/fr