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Un coup de blues Jacques HIGELIN (18 octobre 1940 – 6 avril 2018)

On a tous en nous des films, des spectacles, des musiques qui nous ont tellement subjugués et accompagnés qu’ils reviennent comme ça, sans crier gare. Et plus encore , peut-être, des chansons. Auprès des refrains de Béart, Brassens, Dranem, B. Lapointe, C. Magny, G. Montero, Piaf ou Trénet, qui m’ont tant marqué, il y a :

Dans la salle d’attente

De la gare de Nantes

J’attends…

Ainsi commence La Rousse au chocolat, ce chef d’œuvre ciselé par Higelin pour son album Alertez les bébés ! de 1976, véritable court métrage, tout simple et émouvant au plus haut point, avec son légionnaire ivre, sa fille de Saint-Malo, et sa petite rousse de magazine dégustant une mousse au chocolat… Si Trénet eut un héritier artistique, ce fut bien Higelin. Héritage hautement revendiqué, puisqu’il consacra en 2005 au « fou chantant » (ainsi surnommait-on jadis Trénet, rappelez-vous) un récital magnifique, dont on attend toujours l’édition du DVD, où toute sa fantaisie et son humour de comédien purent s’épancher.

Car Jacques Higelin, qui étudia au Cours Simon, fut tout d’abord un comédien, un excellent comédien même (et il le resta d’ailleurs dans toutes ses prestations scéniques !). Au théâtre, il brilla en 1962 dans Frank V de Dürrenmatt, étonnant et mémorable opéra bancaire (!), aux côtés des immenses pointures de la scène qu’étaient Jean Rochefort, Michel de Ré, Jean-Roger Caussimon, Catherine Sauvage et Tania Balachova. Puis dans le spectacle culte qu’il concocta avec B. Fontaine et Rufus en 1966, Maman j’ai peur. Trop peu de théâtre, mais davantage de cinéma : pas moins de 18 films entre 1959, à partir de Nathalie, agent secret (H. Decoin), et 1973 (L’An 01 de J.Doillon) : le rythme se ralentit, hélas, ensuite et mise à part une apparition en chanteur dans un Lelouch anodin et plombé par F. Huster (Un autre homme une autre chance, 1977), reste surtout sa prestation en vedette dans l’excellent et trop peu vu Savannah de M. Pico (1988), «Jacques Higelin, acteur né, comme toujours époustouflant dont chacune des apparitions à l’écran fait regretter leur rareté » écrivaient alors les « Fiches ». Et aussi le lion désabusé que sa belle voix rauque magnifia dans La Prophétie des grenouilles de J. R. Girerd (2003).

Et le revoir (ce n’est pas toujours facile !), ne serait-ce qu’en pensée, auprès de la divine Marie Laforêt dans Saint Tropez Blues (M. Moussy, 1961, qui sans eux serait bien médiocre), en adorable grand frère de « Petit Gibus » dans Bébert et l’omnibus (Y. Robert, 1963), ou en compagnon de la belle Marthe Keller, tous deux confrontés aux emm… de la vie quotidienne dans Elle court elle court la banlieue (photo) de l’alors excellent G. Pirès (1973), nous sort illico du coup de blues que sa mort nous avait asséné. Un coup de blues, comme un roboratif coup de jaja « à 118°, du bon, du gros qui tache […] Un coup de blues au fond de mon gosier qui chante liberté »… clamaient-ils, lui et son accordéon, dans cet autre bijou de l’album Alertez les bébés !