Rechercher du contenu

Les sorties du 4 avril 2018

Le film de la semaine

 

La Mort de Staline de Armando Iannucci ***

1953, le “petit père des peuples” meurt brutalement. Les membres du Politburo se déchirent pour le remplacer. Près de dix ans après In the Loop, Armando Iannucci signe ici une comédie satirique brillante sur la succession du dictateur soviétique.

Armando Iannucci, scénariste et réalisateur des séries Veep, The Thick of It et du long métrage In the Loop, a trouvé dans le contexte de la succession de Staline le matériau parfait pour donner à son humour irrévérencieux toute son ampleur. Adapté du roman graphique de Fabien Nury et Thierry Robin, La Mort de Staline revient sur les luttes intestines qui opposèrent en 1953 les membres du Politburo, et plus particulièrement Béria et Krouchtchev, pour accéder au titre tant convoité de Secrétaire général du Parti communiste. Première idée réjouissante, confier à Steve Buscemi le rôle de Krouchtchev pour en faire un aspirant au pouvoir malingre et plaintif. Tout comme ce personnage central ridiculisé sous sa caméra, Iannucci se plie à une attaque en règle des aberrations du régime de terreur instauré par Staline. La scène d’introduction, où un producteur de Radio Moscou doit réenregistrer un concert à la hâte quitte à remplir la salle d’inconnus trouvés dans la rue, stigmatisant la paranoïa qui régnait alors, donne le ton. Chaque scène de cette course au pouvoir est une farce savoureuse investie du regard incisif de Iannucci, qui fait de Malenkov un couard dénué de charisme, du général Joukov un militaire dégénéré, et de Béria un opportuniste pathétique pris à son propre piège. Pour autant, la violence de la vie sous la terreur n’est jamais édulcorée ou évacuée, et le travail de vraisemblance historique est à ce titre parfaitement mené. Sous couvert de dialogues mordants et d’humour noir, La Mort de Staline n’en est que plus glaçant.
A.Jo.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Abracadabra ***
Comédie dans un drame, thriller dans un film fantastique empreint d’un délirium musical, le nouvel opus de Pablo Berger (Blancanieves) embarque le spectateur dans une dinguerie hypnotique, tragi-comiqué et ébouriffante, servie par de suberbes acteurs.
M.T.

À l’heure des souvenirs **
Qu’est-ce que la mémoire ? Qu’est-ce qu’une vie ? Un retraité reçoit une lettre qui l’amène à découvrir une révélation. Jim Broadbent est excellent en homme déstabilisé par un passé resurgissant au fil des flash-backs. Un portrait touchant, emprunt d’humanité.
M.B.

Candelaria ***
Après avoir trouvé une caméra, avec laquelle ils se filmeront à tour de rôle, deux septuagénaires voient leur passion renaître. Peignant une histoire d’amour du troisième âge, qui peut être une entreprise délicate, un film aussi poignant que lumineux.
V.V.

Dans la brume
Chronique à venir

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot **
Tétraplégique, alcoolique, John s’efforce de reprendre goût à la vie. Sous ses oripeaux de biopic, le dernier Gus Van Sant s’ordonne en un discours modeste sur les bienfaits de l’hédonisme qui, pour ne pas céder à la contrition facile, en dit beaucoup sur son réalisateur.
C.D.

Gaston Lagaffe
Chronique à venir

Mademoiselle Paradis **
Le film avait matière à explorer des problématiques figuratives et abstraites : la cécité stimulée par un magnétisme au pouvoirs obscurs. Au lieu de cela, Barbara Albert se contente de mettre en scène une plate reconstitution de mœurs.
C.Lê.

Mobile homes **
À travers une Amérique du Nord enneigée, une femme essaie, avec son fils, de se reconstruire loin des coups de son compagnon. Caméra à l’épaule haletante, ambiance feutrée, image léchée… Un film de pure mise en scène qui, hélas, fait l’impasse sur ses personnages.
R.T.

Nul homme n’est une île ***
De Sicile en Autriche via la Suisse, quelques expériences tendues à rendre du sens à la vie en la mettant en harmonie avec l’environnement : les groupes d’achats solidaires en agriculture, l’artisanat, l’architecture… La preuve qu’une autre économie est possible.
G.To.

Percujam **
Le spectateur est placé au niveau de Percujam, groupe bourré d’énergie, par le réalisateur. Mis en empathie, il ne se sent pas inférieur à ces musiciens talentueux. Mais, incomplet, ce documentaire demanderait de nouvelles scènes.
P.F.

Pierre Lapin **
Dans la campagne anglaise, Pierre Lapin a déclaré la guerre à Thomas McGregor. Une guerre pour les légumes… et le cœur de la charmante Bea. Menées tambour battant, des aventures à l’intrigue ténue, mais à l’animation impeccable et à l’humour subtil.
I.B.

Professeur Balthazar ***
Cinquante ans après sa création par le dessinateur croate Zlatko Grgic, le malicieux docteur Balthazar est de retour dans ce programme de cinq aventures courtes, dans une version superbement restaurée. Malice, bienveillance et utopie s’y mêlent avec plaisir.
F.B-P.

Red Sparrow **
Une ballerine reconvertie en espionne refuse d’être un simple instrument dans les jeux de pouvoir entre Russie et États-Unis. Les Lawrence refont équipe après Hunger Games avec ce thriller d’espionnage au rythme inégal mais au ton percutant.
Mi.G.

Un cheval nommé Éléphant **
Cette coproduction sud-américaine, qui évoque les films pour enfants des années 1970-1980, se démarque par quelques jolies séquences animées mais pêche par sa direction des jeunes acteurs, qui donne l’impression d’une réalisation à la va-vite.
M.Q.