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Les sorties du 25 avril 2018

Le film de la semaine

 

Foxtrot de Samuel Maoz ***

Un film magistral qui, construit comme un triptyque, n’en finit pas de creuser le traumatisme de la Shoah et la culpabilité israélienne face à l’occupation militaire. Cette œuvre exigeante, qui explore le deuil et les non-dits délétères, a secoué la société israélienne.

Après le percutant Lebanon (Lion d’or à Venise), Samuel Maoz livre ici un film tout aussi impressionnant (Lion d’argent). Moins autobiographique que Lebanon, il s’en vient pourtant toujours gratter les mêmes plaies : la question du traumatisme de la Shoah, ici personnifiée par la vieille mère égarée de Michael, et celle de la culpabilité des fils, parfois rendus au rôle de tourmenteurs face aux Palestiniens. Divisé, telle une tragédie grecque, en trois parties distinctes, Foxtrot, très maîtrisé et techniquement bluffant, car le drame humain ici en action ne doit pas faire oublier que le langage du cinéma c’est d’abord l’image, a suscité l’ire de Miri Regev, ministre israélienne de la Culture. Elle s’en est, en effet, violemment prise au film (sans même l’avoir vu), affirmant “avoir honte” que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui “salit l’image de l’armée” de son pays et a menacé de couper les vivres aux films jugés “anti-israéliens”. Cette polémique, qui en l’espèce a sans doute contribué à susciter l’intérêt autour du film qui a totalisé plus de 100 000 entrées en Israël, rappelle fort à propos que la force du cinéma sera toujours de savoir tendre un miroir critique à la société, ce qu’ont fait en leur temps sur la guerre du Vietnam Michael Cimino ou Oliver Stone. Pourtant, comme l’a fait valoir Samuel Maoz, ils ne furent pas considérés comme des traîtres mais bien comme des patriotes ! La réaction de la droite israélienne (“toute critique d’Israël est une menace pour Israël”) ne fait que confirmer la pertinence de ce travail et souligne le nauséabond d’une position qui fait tourner en rond, tel un foxtrot, cette danse où l’on revient toujours obstinément à son point de départ…
N.Z.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Amoureux de ma femme **
Daniel tombe amoureux de la nouvelle femme de son ami, et s’imagine la conquérir. Voilà une comédie de mœurs qui n’engendrera ni remous ni polémiques, et qui, dans sa modestie, trouve à la fois sa force (c’est un film gentil) et sa faiblesse (c’est un gentil film).
C.D.

Avengers : Infinity War
Mi.G.

Ciao Ciao **
Une jeune femme revient dans ses montagnes natales, où elle peine à communiquer avec ses parents et tombe sous la coupe du fils de l’épicier. Un film intéressant mais austère sur le sujet, un peu dévoyé, du fossé qui sépare la société urbaine de celle de la campagne.
M.Q.

Comme des garçons
Chronique à venir

Land ***
Mary et ses fils Ray, Wes & Mark vivent dans une réserve indienne. Point de rencontre : l’épicerie de Sally. Le passage à tabac de Wes par les fils de Sally et la mort en Afghanistan du quatrième frère ravivent les tensions. Un drame puissant et douloureux.
G.To.

Mai 68, la belle ouvrage *
Paris, mai 68. Devant une caméra fixe, plusieurs victimes ou témoins des violences policières témoignent de celles-ci. Aucune mise en perspective, aucune analyse ni recherche cinématographique : un document brut subjectif, pas un film de cinéma.
Ch.B.

Marion **
HPG (On ne devrait pas exister, Les Mouvements du bassin) poursuit ses élucubrations égotistes dans cette sortie de 8 1/2 érotique, où fantasmes et fantômes viennent le visiter. Un essai à la liberté charmante, mais qui manque hélas de consistance.
N.M.

Mika & Sebastian ***
Dans un petit village du bord de mer, Mika et Sebastian trouvent, dans une bouteille, un message du maire, mystérieusement disparu un an plus tôt. Ils partent à sa recherche… grâce à une poire géante ! Un film d’animation ravissant, imaginatif et mouvementé.
G.To.

Milla ***
Après que son petit ami est décédé, Milla, 17 ans, se découvre enceinte. La construction faussement opératique du film laisse bien vite place à une fiction bouleversante, qui conjugue appel du large et confort du refuge, marginalité et universalité des sentiments.
C.D.

Les Municipaux
Chronique à venir

Nobody’s Watching ***
Fuyant un amour destructeur, un comédien argentin s’exile à New York. Sur place, il se heurte à l’anonymat. Marian savamment ironie et subtilité, Julia Solomonoff signe une chronique cruelle et touchante sur la condition d’acteur immigré.
S.H.

La Route sauvage **
Son père étant souvent absent, le jeune Charley Thompson doit apprendre à vivre seul. Embauché par un entraîneur de chevaux, le garçon finit par s’attacher à un pur-sang en fin de carrière. Bien que sincère, ce récit à fleur de peau pâtit d’un rythme bancal.
S.H.

Transit **
Rafle après rafle, Marseille est bientôt menacée, où des réfugiés attendent de pouvoir quitter l’Europe. La toile de fond du film de Christian Petzold, tirée du roman d’Anna Seghers mais laissée tendue au-dessus du monde contemporain, se dilue hélas dans un récit confus.
Ch.R.

Une femme heureuse **
Une jolie mère au foyer anglaise, ne supportant plus sa vie confortable mais routinière, finit par quitter sa famille. Un film qui évitera peut-être à certains de ne pas voir leur relation de couple imploser, mais qui ne marquera guère l’histoire du cinéma.
M.T.

La Vita possibile *
Une femme battue part avec son fils pour tenter de se créer une nouvelle vie ailleurs. Les meilleures intentions du monde sont toutes entières contenues dans cette chronique familiale empesée et pataude, où tout baigne dans le plus désarmant premier degré.
C.D.