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Les sorties du 18 avril 2018

Le film de la semaine

 

Nico, 1988 de Susanna Nicchiarelli ***

De Nico reste en mémoire sa collaboration avec le Velvet Underground. Concentré sur les deux dernières années de sa vie, ce biopic rend justice à la compositrice-interprète d’un rock tourmenté et à la femme blessée, incarnée par la formidable Trine Dyrholm.

Bien plus qu’une égérie, celle qui ne voulait plus qu’on l’appelle Nico mais Christa, fut une authentique artiste et une créatrice d’un singulier talent, qui donna toute sa mesure après son “quart d’heure de gloire”, pour citer Andy Warhol, qui lui mit le pied à l’étrier. Ce n’est ni au mannequin à la longiligne beauté, ni à la muse de la Factory, ni à la compagne et égérie de Philippe Garrel que Susanna Nicchiarelli s’attache ici pour son troisième long métrage mais à la compositrice et interprète délaissée par le public, abîmée par les excès, mais toujours en quête de renouveau. S’appuyant sur des témoignages et des documents biographiques, la réalisatrice italienne imagine sa Christa au cours des deux dernières années de sa vie. Solidement et finement construit le scénario livre par flash mémoriels à l’esthétique seventies les épisodes de la vie de Nico/Christa qui éclairent ses frustrations, ses remords et ses décisions présentes. Saluons le travail de la chef opératrice française Crystel Fournier. Malgré ses nombreuses qualités, ce libre biopic ne serait sans doute pas aussi réussi sans l’époustouflante prestation de l’actrice danoise Trine Dyrholm, remarquée dans les films de son compatriote Thomas Vinterberg. Non contente d’avoir activement participé à l’élaboration du personnage, et d’avoir assuré toutes les parties chantées, elle l’incarne avec une vérité humaine et une énergie artistique digne de tous les éloges. Douée pour toutes sortes d’arts, sans doute intellectuellement supérieure, Christa, marquée par son enfance dans les ruines encore fumantes du nazisme, sabota sa vie privée avec conscience. C’est au temps d’une possible réparation que Nicchiarelli la réinvente dans ce film irrigué par les titres des six albums qu’elle signa.
M.D.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Allons enfants **
Alors qu’ils se promènent avec leur nounou dans le parc de la Villette, Cléo et Paul se perdent. Si Cléo est prise en main par une visiteuse, Paul est laissé à lui-même. Un conte dans lequel l’inconséquence des adultes finit par devenir dérangeante.
G.To.

Escobar ***
Bardem et Cruz sont une fois encore formidables dans ce biopic sur l’insaisissable Pablo Escobar, leur performance transcendant un scénario assez classique mais qui concilie intelligemment le public et l’intime, la petite et la grande histoire.
M.Q.

Game Night **
Un couple et ses amis, amateurs de “soirées jeu”, se retrouve embarqué dans une énigme policière plus vraie que nature… Le duo derrière le remake insipide de Vive les vacances étonne avec cette comédie efficace, joliement inventive et très bon esprit.
Mi.G.

Jean Ziegler **
En 1964, Che Guevara demanda au jeune Ziegler de rester en Suisse pour combattre le “cerveau du monstre capitaliste”. Un portrait malicieux d’un infatigable et controversé pourfendeur de la théorie libérale économique confronté à la réalité cubaine actuelle.
M.T.

Jersey Affair **
Une jeune femme tombe sous le charme d’un marginal charismatique. Ce premier film d’un jeune cinéaste qui fait déjà preuve d’une grande maîtrise déjoue les attentes, en basculant d’un récit attendu à une étude psychologique troublante sur la nature du Mal.
Mi.G.

Katie Says Goodbye **
Serveuse dans un restaurant, Katie rêve, malgré des épreuves, d’une vie meilleure à San Francisco. Sur fond d’Amérique rurale, le premier film de Waye Roberts est aussi réussi visuellement que caricatural dans son message faussement philosophique.
A.Jo.

Larguées *
Un casting de comédie plutôt alléchant (les Camille Cottin et Chamoux face à Miou-Miou et le très attachant Johan Heldenberg), avec la coréalisatrice de Connasse, princesse des cœurs derrière la caméra. Mais l’humour s’annule totalement dans une recherche de gags à tout prix.
Ch.R.

Love addict
Chronique à venir

Mes provinciales **
Initiation et désillusions d’un jeune homme monté à Paris pour y étudier le cinéma. Radicalement sombre et littéraire, Mes provinciales manque sans doute de légèreté et de contrastes, mais pas de cohérence et d’intériorité.
N.M.

My Wonder Women **
Pour son premier long métrage, Angela Robinson signe un récit biographique étonnamment sage sur un trio qui aurait mérité sacrément plus d’audace et d’invention formelle : celui que formaient le créateur de Wonder Woman et ses deux compagnes.
M.D.

Notre enfant ***
Malena finalise la démarche pour adopter l’enfant de Marcela, trop pauvre pour le garder. Dénonçant l’absurdité des procédures d’adoption en Argentine, Diego Lerman signe un film captivant, où les frontières morales sont éprouvées par son personnage principal.
V.V.

Nous sommes l’humanité
Chronique à venir

Place publique **
Jaoui et Bacri font d’une maison de campagne une éprouvette où, à la faveur d’une pendaison de crémaillère, s’agitent les particules élémentaires de la société actuelle. Un constat sombre énoncé avec légèreté. Attachant, à défaut d’être pleinement convaincant.
N.M.

Sonate pour Roos ***
Comme chaque année, Roos rejoint la Norvège pour retrouver son frère et sa mère. Porteuse d’une nouvelle grave, la jeune femme peine à communiquer avec cette dernière. Boudewijn Koole signe une partition toute en métaphores, d’une puissante délicatesse.
S.H.

Strangers : Prey at Night °
Dix ans après le premier opus, le trio de tueurs masqués et silencieux revient persécuter une nouvelle famille. Terriblement opportuniste et dénuée de toute originalité, cette séquelle accumule sans vergogne tous les écueils possibles du genre.
S.H.