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American crime story : the assassination of gianni versace Série américaine - Saison 2 - Diffusion Canal +

Si vous avez manqué le début…

Réputé pour ne pas faire dans la demi-mesure, Ryan Murphy, co-créateur de Nip/Tuck (2003), excelle ces dernières années dans l’art de l’anthologie (des séries aux saisons indépendantes).

Après les monstres dérangeants d’American Horror Story (2011), c’est au tour de criminels bien réels de nous faire froid dans le dos. Particulièrement réussie, la saison 1 d’American Crime Story était consacrée à l’affaire O.J. Simpson. Cette saison 2 revient sur le meurtre du célèbre couturier Gianni Versace, assassiné devant sa villa de Miami en 1997 par un serial killer.

 

De la Haute couture mal ficelée

La reconstitution s’appuie cette saison sur le livre enquête de la journaliste américaine Maureen Orth (1) et sans l’aval de la famille Versace qui n’a pas souhaité participer à ce projet qu’elle juge aujourd’hui calomnieux. On ne saurait démêler le vrai du faux, mais ce qui est sûr, c’est que le parti pris est un certain sensationnalisme, aux antipodes de l’esprit documentaire, « true crime », de la première saison.

 

Loin des austères tribunaux de l’affaire O.J. Simpson, l’histoire de Gianni Versace, son style baroque, chamarré, excessif, aux limites du bon goût, semble taillé sur mesure pour Ryan Murphy. Il nous en fait la démonstration dans le premier épisode, qu’il réalise lui-même, avec une mise en scène flamboyante et une longue scène d’ouverture qui ne se refuse rien, pas même l’Adagio d’Albinoni !

 

Mais ce décorum, qui parfois frise le ridicule à force de grandiloquence (cf. la scène finale), ne suffit pas à masquer les faiblesses de la narration. Le choix de promener le spectateur d’une époque à l’autre n’est plus guère original et ici, il ne fait que ralentir le rythme et créer de la confusion.

De la même manière, les parallèles entre la vie de Versace et celle de son assassin Andrew Cunanan apparaissent tellement artificiels, tirés par les cheveux, qu’ils n’apportent pas le point de vue escompté, jusqu’à faire montre d’une empathie gênante pour le jeune serial killer (Darren Criss, excellent dans le rôle).

 

 

Face à lui, la famille Versace est caricaturale : Penelope Cruz en fait des tonnes, Edgar Ramirez campe un Gianni très ressemblant mais parfaitement inexpressif, seul Ricky Martin tire à peu près son épingle du jeu. Et il n’y a probablement qu’en Europe qu’on s’étonnera d’entendre des acteurs hispaniques interpréter des italiens… ?

 

Finalement, la forme peine à se mettre au service du fond. Certes, on voit tout de même émerger ici ou là des dialogues et des situations qui dénoncent intelligemment l’homophobie. Mais, contrairement au discours engagé de la première saison, ces moments font ici presque figure de digressions, dans un ensemble brouillon et décevant. Ryan Murphy nous a habitués à bien mieux.

 

(1) Vulgar Favors: Andrew Cunanan, Gianni Versace, and the Largest Failed Manhunt in U.S. History (Ed. Dell, 2000).

American Crime Story S2 : The Assassination of Gianni Versace (2018), créée par Ryan Murphy et Tom Rob Smith.

Avec : Darren Criss, Edgar Ramirez, Penelope Cruz, Ricky Martin, Finn Wittrock, Annaleigh Ashford, Judith Light…
9 x 42 minutes sur Canal + à partir du 29 mars 2018
Bande-annonce :