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Les sorties du 7 mars 2018

Le film de la semaine

 
Tesnota de Kantemir Balagov ***

Naltchik. Un Juif est enlevé le jour de ses fiançailles. Sa famille doit réunir l’argent de la rançon. Sur fond de guerre de Tchétchénie et sous tension – familiale, inter et intracommunautaire -, Kantemir Balagov signe un premier film maîtrisé et d’une sidérante beauté.

Plans serrés, format carré, intérieurs encombrés, personnages et aspirations empêchés, pas d’horizon avant longtemps : on est bien “à l’étroit” dans ce film-là, dans cette vie-là, mais jamais côté cinéma. À 27 ans, Kantemir Bagalov peut déjà prétendre rallier la société des “nouveaux” maîtres russes. Dès ce premier long métrage, on se dit que quelque chose se passe qui exige qu’on y fasse très attention. D’un point de vue esthétique d’abord, le cinéaste parle “d’exiguïté” comme d’une sensation qui devait traverser son film : il l’introduit partout, filant la métaphore au fil des plans et de la trajectoire qu’il prête à son personnage principal, y compris dans les montagnes sans ciel que l’on traverse pour finir et qui n’ouvrent sur aucun avenir clément. On étouffe comme Ilana, qui malgré son incroyable énergie ne parvient pas à sortir du cadre, social et familial, qui l’enserre plus qu’il ne la contient. Elle, Daria Jovner, sublime actrice dont c’est a priori le premier rôle au cinéma, irradie l’écran, magnétique, magnifique ! Une révélation dirigée… de main de maître. Les thèmes de l’appartenance, du devoir, du sacrifice, de la manière personnelle, viscérale et pensée dont Balagov les visite, créent une filiation entre cinématographies et territoires, de Sokourov à Tarkovski, jusqu’à Bresson. On pourra juste regretter que les tensions historiques entre communautés kabardes et juives ne soient plus développées. Natif de Naltchik, Bagalov a été l’élève de Sokourov (qui y a établi son école de cinéma). Celui-ci a contribué à la production et à la direction artistique du film. Sachant qu’il fut lui-même l’élève de Tarkovski…
G.B.L.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Atlal *
Ce premier film entend “faire parler les ruines” et, pour cela, donne la parole aux oubliés du conflit civil qui a meurtri l’Algérie dans les années 1990. Cette parole, précieuse, est révélée dans un dispositif qui, hélas, devient abscons à force de silences.
I.B.

La Caméra de Claire **
En plein festival de Cannes, un triangle amoureux pris sous le regard (comme pris sous l’aile) d’une touriste française férue de photographie. Grand cinéaste des petits riens, Hong Sangsoo filme avec grâce et énergie une histoire toute simple à la morale limpide.
C.L.

The Disaster Artist **
L’histoire véridique de la conception de The Room, qualifié de pire film de tous les temps (ou presque), et de son insaisissable auteur, Tommy Wiseau. James Franco livre un portrait en demi-teinte, à la fois drôle, désenchanté et plein d’empathie, sur un artiste, aussi nul soit-il.
Mi.G.

Les Étoiles restantes *
Il y a certes un brin de poésie et une belle photographie dans ce premier long métrage mettant en scène un jeune garçon égaré qui cherche sa voie entre un père malade, une rupture amoureuse et un ami illuminé. C’est hélas insuffisant.
G.T.

Eva **
Benoît Jacquot s’attaque à un classique de la Série noire pour livrer un film au scénario poussif, mais traversé par la présence d’Isabelle Huppert. Dans le rôle autrefois tenu par Jeanne Moreau, elle livre une performance subtile qui, à elle seule, justifie le déplacement.
La.R.

Féminin plurielles **
Hafsia, Douce, Delphine et Charlotte : quatre jeunes femmes cherchent à s’affranchir des limites qu’on veut leur imposer. Un triptyque sur le désir des femmes à partir de l’assemblage acrobatique de trois courts métrages attachants par le jeu des interprètes.
M.T.

Il Figlio **
À 18 ans, Manuel quitte son centre d’éducation et, bien qu’attiré par une vie plus légère, entame des démarches pour libérer sa mère incarcérée. Entre récit initiatique et drame social, le film de Dario Albertini peine à se définir et déçoit par son écriture insipide et décousue.
A.L.

Le Jour de mon retour *
Après Une merveilleuse histoire du temps, James Marsh propose de nouveau un biopic, cette fois sur le voyage en solitaire du passionné de voile Donald Crowhurst. Mais le film souffre d’un académisme certain et d’une morale usée, et Colin Firth peine à convaincre.
C.T.

Liberté ***
Treize voyages en images pour réinventer, plutôt qu’illustrer, treize poèmes de Paul Éluard, dont l’inoubliable @Liberté (j’écris ton nom). Un modèle enthousiasmant de ce que peut être le cinéma quand il se fait lui-même écriture et poésie à part entière.
G.To.

Madame Mills
Chronique à venir

La Nuit a dévoré le monde ***
La vie de Sam bascule lorsqu’il se réveille dans un Paris post-apocalyptique rempli de morts-vivants. Entre le survival et le film de zombies, Dominique Rocher réinterprète brillament les codes du film de genre en jouant la carte du réalisme.
A.Jo.

L’Ordre des choses ***
Rinaldi est en Lybie pour y négocier la politique de rétention des migrants. Sa rencontre avec Swada, une Somalienne, va ébranler sa placidité. Andrea Segre signe un film âpre, passionnant, qui pointe du doigt les atrocités de la politique migratoire européenne.
M.Q.

Ouaga Girls **
Chaque femme devrait avoir le droit d’exercer le métier qu’elle souhaite : c’est ce que proclament haut et fort les @Ouaga Girls de Theresa Traoré Dahlberg, héroïnes opiniâtres de ce documentaire humble, délicat et qui, par-dessus tout, évite le misérabilisme.
J.L.

Le Secret des Marrowbone *
Spoiler : le secret des Marrowbone est de n’avoir rien à ajouter au genre horrifique de ces dernières années. Le duo espagnol Sánchez/Bayona nous en offre un pot-pourri récitant, ad nauseam, la recette d’une horreur vintage qui ne surprend plus.
C.Lê.

Signer **
Poursuivant son travail documentaire autour – et à l’intérieur – des langues. Nurith Aviv s’intéresse cette fois aux langues des signes. Un pluriel qui interpelle, et dont elle rend compte ici de manière trop précipitée, laissant le spectateur étourdi, et frustré.
G.B.L.

Une part d’ombre °
Intrigue digne d’un polar de gare, cachet formet livide et réalisation en pilotage automatique : Samuel Tilman plonge tête baissée dans toutes les facilités possible avec un premier long métrage glacial qui, pourtant, parvient à sentir le réchauffé.
C.Lê.

Venus obscura °
Quelque part entre film fauché et cinéma expérimental, l’errance d’une troupe de théâtre partie répéter Hamlet en pleine nature… Si le cinéaste semble s’amuser comme un petit fou, le spectateur risque, de son côté, de sombrer dans une profonde léthargie.
R.T.