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Les sorties du 28 mars 2018

Le film de la semaine

 

The Rider de Chloé Zhao ****

Aussi enthousiasmant que l’était Les Chansons que mes frères m’ont apprises, si ce n’est davantage encore, ce deuxième film de Chloé Zhao s’apparente à une ballade – au sens musical du terme – où, à la suite d’une accident, un dresseur de chevaux réapprend à vivre.

Comment vivre quand le combustible de votre existence – parce qu’il peut soudain vous être fatal – vous est enlevé ? Comment faire avec, autrement dit, comment faire sans ? C’est l’impossible équation que doit résoudre Brady, talentueux dresseur de chevaux qui, à la suite d’un brutal accident de rodéo, doit renoncer à ce qui, jusque-là, donnait sens à sa vie. C’est également, et bien évidemment, une question de nature à tourmenter un cinéaste quand celui-ci, pour des raisons aisément imaginables, se trouve réduit à l’impossibilité de filmer du monde ce qui lui passe par la tête pour ne plus jamais la quitter peut-être. Mais revenons à nos chevaux. S’il est bien le protagoniste de The Rider, deuxième film de Chloé Zhao, déjà réalisatrice des Chansons que mes frères m’ont apprises, Brady n’est pas un personnage de fiction, et pas davantage la famille – un père et une sœur, atteinte du syndrome d’Asperger – qui l’entoure. Chacun joue son propre rôle dans ce scénario que la vie lui écrit au jour le jour, un script fait de tours et de détours où se frottent les uns contre les autres les hommes et les bêtes, la solitude et le silence de la plaine, la vie devenue difficile et la mort qui ne l’est pas moins. Où les questions tournent en boucle, comme sur la piste désormais interdite à Brady : comment vivre avec nos blessures, comment en finir avec la vie, les autres, les nôtres… ? Toutes ces questions que nous posent la tendresse et l’indifférence du monde. Reste le mystère Chloé Zhao. Chinoise d’origine, émigrée aux États-Unis où elle a suivi ses études, elle fait preuve à travers ses deux films d’une porosité sensible à l’Amérique des origines, d’une étonnante compréhension de ce que peut signifier “être américain” qui, tout en n’étant pas le moindre de ses talents, laisse définitivement rêveur.
R.H.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Après l’ombre ***
Quatre ex-prisonniers et l’épouse de l’un d’eux, qui l’a suivi huit ans durant de parloir en parloir, “racontent” leur longue peine. Didier Ruiz met leurs confidences en scène. Quand le théâtre retrouve ses lettres de noblesse politique…
G.To.

Blue *
Disneynature vous invite à explorer les fonds marins dans le sillage d’un jeune dauphin. Scénarisation, voix off et musique envahissantes ne ruinent pas tout à fait l’éclat tragique d’images vouées à révéler un monde au moment-même où celui s’éteint.
T.F.

Carnivores
Chronique à venir

C’est assez bien d’être fou °
Un jeune street artist et un réalisateur décident de sillonner l’Europe jusqu’à Vladivostok. Un “conte documentaire” qui ne porte en lui ni la douce folie ni le cachet informatif de sa note d’intention, au point de n’être plus qu’un bel objet bien creux.
C.D.

Coby **
Coby, c’est le surnom de Jacob, jeune Américain du Midwest né Suzanne et demi-frère du réalisateur, Christian Sonderegger. Un film instructif mais un peu sage, qui observe avec tendresse les répercussions d’un changement de sexe au sein d’une famille.
R.T.

Le Collier rouge *
1919. Un juge militaire mène l’enquête sur un héros de la Grande Guerre retenu prisonnier dans une caserne. Jamais crédible, dépourvue du moindre souffle, cette adaptation du roman de Jean-Christophe Ruffin est d’une désuétude déconcertante.
I.B.

Croc-Blanc ***
Un jeune chien-loup découvre les espaces hostiles du Grand Nord et se heurte à la malveillance humaine. Véritable ode au courage et à la liberté, cette adaptation en animation 3D du chef-d’œuvre de Jack London ne manquera pas de ravir le jeune public.
S.H.

Les Dents, pipi et au lit !
Chronique à venir

Les Destinées d’Asher ***
Entre un père qui l’enjoint à reprendre l’entreprise familiale et un professeur de littérature qu’il admire, Asher, 17 ans, se prépare à passer le bac… Un premier long métrage sensible et singulier, qui fait de la transmission du savoir son beau souci.
R.H.

Frost ***
Rokas et son amie Inga acceptent de conduire un convoi humanitaire en Ukraine, en pleine zone de conflit. Tout à son approche allusive du récit et des motivations de ses personnages, Sharunas Bartas confirme, après Peace to Us in Our Dreams, la singularité de son cinéma.
P.F.

Jesús : petit criminel **
Marasme d’une jeunesse perdue entre compétitions de K-pop, soirées alcoolisées, défonce et bisexualité. Malgré une réelle tension dramatique et le fascinant visage du personnage principal, ces errements rendent bien plus compte d’une vacuité que d’un vertige.
N.Z.

Madame Hyde ***
Frappée par la foudre, Madame Géquil, prof sans autorité ni pédagogie, développe soudain d’étranges aptitudes… Serge Bozon poursuit dans la lignée d’un cinéma fait de ruptures de ton, à la fois comique et malaisant, et signe un film épatant sur la transmission.
T.F.

Marie Madeleine *
Marie Madeleine, nouvellement considérée comme “l’apôtre des apôtres”, rejoint le cortège de Jésus jusqu’à Jérusalem. Si l’objectif du film est de rendre hommage une figure biblique longtemps négligée, il ne dépasse jamais le stade de l’illustration guindée.
V.V.

Occidental ***
La plus grande force de cette fable, au-delà de ne pas s’échiner à rationaliser un monde au bord de l’abîme, tient dans sa foi à ne pas vouloir colmater à tout prix ses épanchements burlesques et autodestructeurs, mais bien à les embrasser jusqu’au malaise.
C.D.

Pat et Mat déménagent ***
Les deux héros reviennent avec cinq nouveaux épisodes où les gags les plus classiques sont revisités avec les outils les plus modernes. Le programme manque de liant, mais les plus jeunes s’amuseront de voir que des adultes peuvent faire plus de bêtises qu’eux !
J-A.M.

Ready Player One ****
Dans le futur, l’Humanité oublie son quotidien dans un paradis virtuel : l’OASIS… Avec son éternelle modestie, Spielberg embrasse des décennies de pop culture, transcende les raccourcis de son scénario et livre un blockbuster mis en scène de main de maître.
Mi.G.

La Tête à l’envers ***
Critique musical réputé, Georg est licencié. Blessé dans son amour propre, il le cache à sa femme et décide de se venger de son boss. Commence alors une crise existentielle… Une critique percutante et subtile du narcissisme en milieu bourgeois.
G.To.

Vent du Nord ***
En France et en Tunisie, deux hommes tentent de se dépêtrer d’une situation professionnelle compliquée. Ce premier long métrage de Walid Mattar est un drame intimiste attachant, audacieux dans ses choix techniques et parfait dans sa distribution.
A.L.