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Les sorties du 21 mars 2018

Le film de la semaine

Mektoub My Love : Canto uno de Abdellatif Kechiche ***

Un jeune homme, parti à Paris, revient passer l’été chez lui, dans le Sud. Dilatant à l’extrême le temps de mise en place de ce qu’on peut supposer être un drame, ce Canto uno flirte avec le vide pour en définitive toucher à l’essentiel.

D’un côté il y a la tonalité sitcom gnangnan du titre (Mektoub My Love), de l’autre il y a la préciosité pasolinienne du sous-titre (Canto uno), et entre les deux, flottant entre ces pôles en un très étrange ressac, il y a le film. En effet, le dernier Kechiche (pour autant qu’on puisse en juger au vu de cette première partie de ce qui devrait être au moins un diptyque et si tout va bien une trilogie) se tient au point précis où les extrêmes se rejoignent, là où la plus haute sophistication artistique communie avec la sous-culture dans un intérêt commun pour l’infime, voire le rien ; là où il n’y a qu’un pas entre un roman Arlequin et Madame Bovary, entre Hélène et les garçons et un film de Rohmer, entre une photo cochonne et L’Origine du monde. De l’un à l’autre, qu’est-ce qui fait la bascule ? Juste l’intervention d’un regard. Et c’est pour ça qu’ici, Kechiche gagne à la fin. Évoluant sur un fil, ce Canto uno est un film perpétuellement “au bord” : au bord de la vulgarité (fesses plein cadre, contre-plongées sous les robes), au bord du ridicule (la fin, “sitcomique” jusqu’à la caricature), au bord de l’insignifiance (le héros de cette histoire est celui à qui il n’arrive rien)… Et pourtant il ne tombe pas. Car dans ce long ressassement de danses et de baignades, d’où n’émerge pourtant jamais aucun de ces morceaux de bravoure dont Kechiche est coutumier, se dégage peu à peu une puissance. Une façon de regarder les choses du quotidien avec une telle insistance et une telle intensité qu’elles finissent par apparaître dans leur substance éternelle. Pour tout un chacun, d’identiques moments banals à pleurer – jeux de plage, amours éphémères, soirées en boîte – sont appelés à devenir une mythologie : la jeunesse. Et c’est cela que Kechiche parvient à capter : la coexistence au même instant de l’anecdotique et de l’essentiel.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Après la guerre ***
Viola doit suivre son père, ancien terroriste, en exil. Par moments bouleversant, ce premier long métrage préfère, intelligemment, regarder son sujet avec la douceur aigre d’une chronique estivale, et refuse le récit édifiant qu’on aurait pu craindre.
C.D.

Les Bonnes manières ***
Juliana Rojas et Marco Dutra réussissent un pari risqué : celui d’intimement mêler le fantastique au réel, la question sociale au film d’horreur, les sentiments humains au conte initiatique. Un film singulier, d’une grande beauté plastique, au rythme lent et envoûtant.
F.B-P.

The Captain **
Un jeune caporal allemand qui a fui le front se fait passer pour un capitaine et sème la terreur. Robert Schwentke se replonge dans les heures sombres de son pays natal et livre une réflexion glaçante et réaliste sur la condition humaine en temps de guerre.
A.Jo.

Demons in Paradise ***
Entre témoignages, rencontres et souvenirs, Jude Ratnam revisite le sanglant conflit cinghalo-tamoul des années 1980 qui éclata alors qu’il avait 5 ans. En recherche d’un espoir de réconciliation, il aboutit au constat désespérant que l’Histoire aime à bégayer.
G.To.

La Finale
Chronique à venir

9 doigts **
À la suite d’un braquage, une bande de gangsters embarque sur un cargo maléfique. Ce cinquième long métrage de F.J. Ossang – cinéaste, écrivain et musicien – prolonge avec bonheur une œuvre tout à fait personnelle et singulière.
R.H.

Pacific Rim : Uprising
Chronique à venir

Pas comme lui
Chronique à venir

La Prière ***
Pour son retour derrière la caméra, Cédric Kahn suit pas à pas la reconstruction d’un jeune drogué pris en charge par une communauté de prière aux règles strictes. Charnue, frontale et lumineuse, sa mise en scène prend par la main, sans prétention ni jugement.
M.D.

Serge Pey et la boîte aux lettres du cimetière **
En 2014, le félibre occitan Serge Pey entreprend une marche poétique et mémorielle de Toulouse à Collioure, où repose son alter ego andalou Antonio Machado. Puissance du verbe et magie des mots sont au programme d’un film écouter davantage, hélas, qu’à voir.
G.To.

Vincent & moi ***
Atteint de trisomie 21, Vincent aspire, à l’aube de sa vie d’adulte, à vivre comme les autres. Son père Édouard se bat alors pour lui offrir les clés d’une future autonomie. Un documentaire intime où l’amour paternel triomphe d’une société contradictoire.
S.H.

Willy et les gardiens du lac **
Destiné à un public très jeune (à partir de 3 ans), ce récit initiatique repose sur des bases solides et convainc dans sa volonté de transmettre aux enfants un certain nombre de valeurs essentielles. Les plus grands pourront s’ennuyer.
M.Du.