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Les sorties du 14 mars 2018

Le film de la semaine

 

Hostiles de Scott Cooper ***

À l’aube de la retraite, un capitaine de cavalerie se retrouve contraint d’escorter un ancien chef de guerre des Cheyennes du Nord, mourant, dans le Montana. Scott Cooper signe un western mélancolique, nourri d’une indiscutable puissance cinématographique.

À défaut de sublimer radicalement le western, Hostiles s’offre le mérite de déjouer certains lieux communs du genre. À mi-chemin entre le drame et le survival, le quatrième long métrage de Scott Cooper (Crazy Heart, Les Brasiers de la colère) pose un regard ému sur les questions culturelles et raciales qui ont meurtri les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Riche d’une photographie et de paysages somptueux, le film prend le temps (2h13) d’affiner des personnages que tout sépare. Ennemis de longue date, Joseph Blocker et Yellow Hawk sont avant tout les victimes collatérales de l’affrontement entre les soldats de l’Union et les Indiens. Réduit à sa fonction d’exécutant, le capitaine, usé par les batailles, n’en devient que le miroir déformé du chef cheyenne, dépossédé de ses terres et de son identité. De cette coévolution antagoniste, Scott Cooper insuffle une ampleur (politique) insoupçonnée à son récit. De sa séquence d’ouverture exemplaire à sa conclusion éthérée, cette odyssée westernienne témoigne d’une indéniable intelligence cinématographique. Omniprésente et frontale, la violence n’en demeure pas moins surmontable… voire pardonnable pour ses personnages. Source historique de massacres, la convergence des cultures laisse, en effet, entrevoir une possible humanité dans la cruauté. Le propos rédempteur a beau être naïf, il n’en demeure pas moins magnifié par la pertinence de la mise en scène et du scénario. Du côté des comédiens, le baromètre est au beau fixe : épaulé par une Rosamund Pike tout en résilience et des personnages secondaires poignants, Christian Bale tient là l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Autant de mérites pour une fresque vertigineuse.
S.H.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Affaire Roman J. **
Un avocat d’exception, militant historique des droits civiques, fait un faux pas, puis se repent. Trop tard. Ce deuxième long métrage de Dan Gilroy est un film rien moins que désenchanté. Quand bien même ne serait-il que cela, ce ne serait pas rien.
R.H.

America ***
Après les SDF et Paris, Claus Drexel s’intéresse, avec le même respect et la même virtuosité cinégénique, aux habitants d’un village d’Arizona pendant les Présidentielles, en 2016. Un portrait ethnologique passionnant et troublant sur les complexités de l’âme.
G.To.

Avant que nous disparaissions ***
Des extra-terrestres humanoïdes descendent sur Terre pour voler des concepts aux humains. Kiyoshi Kurosawa parvient, par la force de sa mise en scène, à faire tenir debout ce scénario de série B, et donne à voir une nouvelle itération, plus drôle, de son art.
C.D.

Battleship Island ***
Ryoo Seung-wan dépeint les exactions menées à l’encontre de civils coréens par les Japonais dans un camp de travail. Tour à tour tragique, comique, violent ou romantique, le film est à couper le souffle, digne d’une grande production américaine.
J-A.M.

La Belle et la belle ***
Margaux, à 20 ans, et Margaux, à 45 ans, se rencontrent dans la même fenêtre spatio-temporelle. De cette uchronie a priori angoissante, Sophie Fillières tire une comédie pleine de charme, où humour et nostalgie se mêlent avec entrain, malgré un final capillotracté.
M.D.

Chien **
Après s’être fait quitter par sa femme, Jacques rencontre un dresseur de chiens et se transforme lui-même peu à peu en chien. Perturbant, grotesque à l’envi et à dessein, Samuel Benchetrit signe une fable surréaliste réjouissante.
A.Jo.

Drop of Sun ***
Dans la moiteur estivale d’un Tbilissi des bas-fonds, une prostituée et un migrant nigérian se rapprochent sur fond de meurtres irrésolus. Ce premier film d’une jeune réalisatrice géorgienne déploie une belle maîtrise formelle et révèle une forte personnalité.
M.D.

Ghostland ***
À peine installées dans une ancienne demeure familiale, une mère et ses deux filles subissent une violente attaque nocturne. Toujours aussi étrange et vicieux, le cinéma de Pascal Laugier gagne en noirceur avec ce nouvel essai redoutablement construit.
S.H.

Jeunesse aux cœurs ardents °
David, 20 ans, est allergique aux valeurs de son père, ancien soixante-huitard. Il est séduit par celles d’un ex-militaire, ancien d’Indochine et d’Algérie. Un film en faveur des valeurs traditionalistes, voire réactionnaires, aux personnages sans substance.
P.F.

Mala junta **
Tano est arrêté après le casse d’une supérette. Son père, enfin revenu, l’emmène avec lui dans le sud du Chili pour tenter de l’éduquer. Tano y rencontre Cheo, un jeune Mapuche… En fait de film, un simple brouillon qui, en outre, brasse trop de thèmes.
P.F.

Razzia ***
En combinant les parcours de plusieurs personnages à Casablanca, Nabil Ayouch établit une piquante topographie des troubles qui secouent le Maroc actuel, déchiré entre conservatisme et progressisme. Ayouch confirme qu’il est décidément un cinéaste à suivre.
V.V.

Tomb Raider
Chronique à venir

Tout le monde debout
Chronique à venir

Un Juif pour l’exemple ***
Un crime nazi dans une petite ville de la Suisse neutre en 1942. Adaptation intelligente et prenante de l’ouvrage éponyme de Jacques Chessex, témoin des faits alors qu’il était enfant, un film court, dense et fort, remarquablement mis en images et joué.
Ch.B.

Un raccourci dans le temps
Chronique à venir