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Cercle vertueux "sortir du cercle vicieux de l’argent allant à l’argent"

Vous le savez, les Fiches du Cinéma sont régulièrement en crise. Mais aujourd’hui, c’est la presse entière qui est en crise : on se sent moins seul. Nous avons développé une certaine endurance face à ces montées d’adrénaline, mais nous avons constaté que cela a un effet pervers : inscrire, aux yeux des autres, cet état de crise dans l’ADN des Fiches. Or nous savons que dans la crise c’est rarement les gros qui aident les petits. Question de rentabilité ? Question de prestige ? Question de darwinisme ? En entendant à la radio le retour de l’affaire Cahuzac, je me faisais la réflexion qu’il doit être difficile de condamner cet homme à la prison, alors que cela semble l’être moins pour condamner un voleur de scooter. De fait quelques heures plus tard son avocat demandait à ce que l’on épargne à son client la prison, qui serait trop terrible pour lui. Or, pour qui ne le serait-elle pas ? D’autant plus au vu de l’état des prisons en France. Alors, que signifie ce “pour lui” ? Certains auraient donc davantage le profil ? Ils seraient plus endurants ?

Revenons aux Fiches. Depuis quinze ans, j’ai entendu un certain nombre de fois : “ce que vous faites est formidable, mais nous n’avons pas d’argent”. J’ai appris qu’il fallait entendre la fin (jamais dite, bien sûr) “pour vous”. Et si l’on va plus loin : “vous, vous n’avez pas besoin de cet argent… puisque vous vous débrouillez autrement” ! Nous n’inventons rien en disant que l’argent va à l’argent. Certes. Il n’y a qu’à regarder le fonctionnement des fonds d’investissement (en gros, si tu parviens à produire 3 millions de chiffre d’affaires, je t’en ferai gagner 15) qui est en train de contaminer l’ensemble du système économique. Or on ne cherche pas tous à gagner 15 millions, et on n’en crée pas moins de valeur. Ce travail si formidable que l’équipe des Fiches réalise collectivement et en grande partie bénévolement depuis plus de 80 ans nous le pensons essentiel dans l’écosystème. De la même façon que nous trouvons essentiel que la diversité des cinémas perdure. L’inverse de ce à quoi nous assistons : les petits sont asphyxiés, les moyens sont normés et les gros sont dévitalisés. Nous ne parlons pas que des films, mais aussi des producteurs, des réalisateurs, des distributeurs, des exploitants… et des journaux. Il reste une énergie chez beaucoup qu’il est urgent de préserver en s’attachant aux valeurs, aux mots, à la pensée, qu’ils véhiculent. C’est urgent parce que nous sentons bien que sinon les choses perdent rapidement leur sens. Ne s’attacher qu’à la rentabilité, admettre que le cinéma est l’affaire désormais des Netflix et Amazon, qui ont droit de vie et de mort sur les artistes, les genres, les sujets, accepter que les films soient définitivement des flux indexés par des moteurs de recherche, ce serait se laisser gagner par un état dépressif. Contre cela aussi, nous avons de l’endurance. Et il nous paraît possible de sortir du cercle vicieux de l’argent allant à l’argent, en fabriquant un cercle vertueux d’indépendance aidant l’indépendance : cinéastes indépendants, salles indépendantes, presse indépendante, lecteurs et spectateurs indépendants.