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Les sorties du 7 février 2018

Le film de la semaine

 

Jusqu’à la garde de Xavier Legrand ***

Reprenant le sujet et les acteurs de son court métrage multi primé, Xavier Legrand aborde le thème des violences conjugales par le biais du thriller. Cohérent et maîtrisé, le résultat est une réussite assez incontestable.

Le film “à sujet” étant un des genres les plus casse-gueule qui soient, la réussite de Jusqu’à la garde en fait une sorte de cas d’école, démontrant qu’il est possible, dans ce domaine, d’échapper au pathos, à la complaisance, aux pesanteurs discursives et à l’accablement délibéré du spectateur. En effet, ce film sur les violences conjugales fait judicieusement le choix de ne pas nous “donner à voir” une situation, mais de nous la faire ressentir. Ainsi, plutôt que d’exhiber la violence, il met en scène sa principale conséquence : un état de peur permanente, un incessant climat de danger et le cauchemar du doute perpétuel sur le degré de réalité des persécutions subies (le devoir d’objectivité des instances juridiques et la mauvaise foi perverse du harceleur rendant la vérité des faits toujours sujette à caution). Avec habileté, Legrand traduit cela, non pas en jouant basiquement sur l’empathie du spectateur pour la victime, mais en laissant l’angoisse se diffuser de façon plus trouble. Ainsi, le point de vue qu’il adopte est mobile : on épouse d’abord celui d’une juge, puis celui de l’enfant, etc. Par ailleurs, le personnage de la femme, en n’étant ni héroïsé ni sur-victimisé, se présente d’une façon aussi neutre que possible. Où sont les bons et les méchants ? Quel est le degré de danger réel ? Rien n’est fixé d’emblée, et la montée progressive de la tension n’en est que plus forte. Adoptant au départ le langage du réalisme social, le film se laisse progressivement contaminer par celui du thriller horrifique, tout comme le quotidien ordinaire de la famille est contaminé par la pathologie du père, et bascule dans l’épouvante. Tout cela culmine dans un final implaccable, où la perfection du suspense sert totalement la clarté du message.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Agatha, ma voisine détective **
Agatha, malgré son jeune âge et le peu de considération que témoigne sa famille pour ses activités, est détective privée. Ce film d’animation à l’héroïne attachante pèche néanmoins par des personnages secondaires trop grossièrement écrits.
V.V.

Atelier de conversation ***
Le réalisateur autrichien Bernhard Braunstein raconte avec ce documentaire remarquablement construit les destins de plusieurs étrangers qui ont choisi de vivre en France et d’en apprendre la langue. Instructif et émouvant, il ouvre de nombreux débats.
M.Q.

Cinquante nuances plus claires
Chronique à venir

Cro Man ***
Une tribu d’hommes et femmes des cavernes se retrouve opposée à une civilisation de l’Âge de bronze, et doit jouer son lieu de vie… au football. Malgré un scénario somme toute classique, la magie des studios Aardman opère toujours dans cette comédie pétaradante.
Mi.G.

England Is Mine *
Évocation de l’adolescence, longue et douloureuse, du futur parolier/interprète de The Smiths – meilleur groupe pop du monde entre 1982 et 1987 -, le premier long métrage de Mark Gill se borne à une chronique initiatique convenue. À réserver aux aficionados.
T.F.

Human Flow ***
L’artiste chinois Ai Weiwei, devenu un symbole de l’art militant, produit et réalise ce documentaire sur la cause des populations réfugiées à travers le monde. Un travail de longue haleine qui bénéficie de superbes images et d’intervenants judicieusement choisis.
M.Q.

Le Labyrinthe : Le Remède mortel *
Des courses-poursuites, des combats, des explosions, et beaucoup, beaucoup de fumée… Wes Ball met fin à sa trilogie pour ados avec un film qui, à défaut d’un scénario crédible, peut s’appuyer sur de belles scènes d’action. On quitte néanmopins les héros sans regrets.
M.Q.

Ni juge, ni soumise ***
Au tribunal de Bruxelles, une magistrate conduit les enquêtes et les confrontations armée de son sens de la répartie, de son intuition et d’une philantropie certaine. L’héroïne d’un documentaire souvent drôle et passionnant sur les fonctions de juge d’instruction.
M.Q.

Le 15h17 pour Paris
Chronique à venir

Revenge ***
Dans une région désertique, trois hommes d’affaires se retrouvent pour une partie de chasse. Lorsque l’un d’eux invite sa jeune maîtresse, le séjour vire au cauchemar. Coralie Fargeat signe un “rape & revenge” d’une efficacité redoutable.
S.H.

The Ride ***
À travers une chevauchée initiatique dans les terres enneigées du Dakota du Sud, la documentariste Stéphanie Gillard capture, pour son premier long métrage, un échantillon de la culture Sioux. Un beau film sur l’identité et la transmission.
M.Du.

Rita & Crocodile
Chronique à venir

Rosa & Dara **
Trois courts métrages au graphisme élégant (mêlant habilement numérique, dessins et collages) qui, pour faire la part belle à l’imagination, n’en oublient pas pour autant de s’adresser directement à l’intelligence des enfants.
C.L.

Stronger **
À travers ce biopic d’une victime de l’attentat perpétré au marathon de Boston, David Grodon Green brosse un portrait très attachant de la classe ouvrière. Sans éviter malheureusement ces regrettables écueils dont le cinéma américain est coutumier.
R.H.

Vivir y otras ficciones **
Ce portrait croisé entre un tétraplégique et un homme sorti d’un hôpital psychiatrique séduit par ses accents documentaires, mais aussi l’audace et la pertinence de sa réflexion qui, au-delà de toute considération morale, pose la sexualité en question politique.
G.T.

Le Voyage de Ricky **
Un film d’animation classique mais réussi dans son genre, qui n’est pas dépaysant mais atteint son but : tout le monde y trouvera son compte. Si le travail et l’humour sont là, un peu d’originalité et de prise de risque dans le scénario n’auraient pas nui.
J-A.M.