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Les sorties du 28 février 2018

Le film de la semaine

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico ****

Il était une fois des garçons sauvages, un navire, une île enchanteresse… Tout en nous racontant une histoire dans le creux de l’oreille, Bertrand Mandico nous enveloppe de somptueuses hallucinations visuelles. Le beau bizarre dans toute sa splendeur.

Voilà vingt ans que Bertrand Mandico construit à la marge une filmographie, dont le fait qu’elle ait été jusqu’ici composée exclusivement de courts métrages n’est que l’une des singularités. Après le programme Hormona, qui, en 2015, invitait à découvrir son univers à travers trois échantillons, voici qu’arrive enfin son premier long métrage. Saturé de références, le film s’ouvre à nous comme un chaudron magique, dans lequel bouillonne, en gros, tout et son contraire : de la couleur et du noir et blanc, un roman d’aventure et de la poésie expérimentale, Burroughs et Jules Verne, Nina Hagen et Tchaikovski, Von Sternberg et Carpenter, Querelle et Sa Majesté des mouches… Mais, le thème du film étant la transformation (des garçons en filles, des sauvages en êtres civilisés, du végétal en organique…), dans cette matière en incandescence, tout se mêle, tout échange, tout copule et fusionne dans une indistinction parfaitement naturelle. Geste cinématographique à la fois innocent et hautement sophistiqué, Les Garçons sauvages orchestre un sensuel jeu de métamorphoses jusqu’à se muer lui-même en longue rêverie hallucinée. Et l’audacieux pari consistant à faire jouer les garçons sauvages par des actrices, dans la mesure où il fonctionne admirablement, contribue grandement au trouble que tout cela distille. Certes, le voyage est chaotique et réclame sans doute d’avoir le pied marin. Oscillant entre des abstractions à la limite de la naïveté et une littéralité à la limite de la provocation, ce film baroque et radical peut aisément braquer. Mais, pour peu que l’on accepte de s’abandonner à ses sortilèges, il y aura à la clé d’émouvantes retrouvailles avec la dimension purement magique du cinéma.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Amour des hommes ***
Photographe tunisienne, Amel réalise une série de portraits érotiques d’hommes. Audacieux dans son inversion du rapport de force communément établi entre désirant et désiré, un beau portrait de femme, sensiblement porté par Hafsia Herzi.
V.V.

Call Me By Your Name **
Un été, en Italie, un adolescent de 17 ans et un homme de dix ans son aîné tombent amoureux. Luca Guadagnino s’empare ici des codes du film d’initiation pour mieux affirmer sa romance gay comme étant, avant tout, une histoire comme les autres.
C.Lê.

La Ch’tite famille **
La philosophie boonienne est contenue dans ce sixième opus, troisième ch’timi : pour aimer ce que l’on devient, il faut comprendre qui l’on était. Ce postulat un peu démago s’étale dans un film sous forme de long sketch. Parfois drôle, hélas trop peu subtil.
Ch.R.

La Fête est finie **
Toxicomanes, Sihem et Céleste lient leurs destins pour tenter de s’en sortir. Ce premier long métrage, sensible et juste sur les ravages de la dépendance, perd en puissance du fait d’un traitement un peu trop classique de son sujet.
A.Jo.

Gangsta
Chronique à venir

Hurricane
Chronique à venir

Jésus, l’enquête °
Au début des années 1980, un brillant journaliste cherche à prouver que Jésus Christ n’a jamais ressuscité, de façon à remettre dans le droit chemin de l’athéisme son épouse fraîchement convertie. Un drame sentimental et théologique d’un ennui mortel.
Mi.G.

Lady Bird **
Pour sa première réalisation en solo, Greta Gerwig dépeint avec sensibilité les aléas d’une relation mère/fille, entre prises de bec et élans d’affection. Une chronique douce-amère dont le charme ne suffit pas, hélas, à masquer le manque d’envergure.
J.L.

Trait de vie **
Comme Herbe, sorti en 2009, ce documentaire témoigne de pratiques alternatives à l’agriculture conventionnelle. La traction animale permet de se libérer de l’emprise du machinisme agricole et de son monde et, en creux, invite à questionner le sens de l’histoire.
M.B.