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Les sorties du 21 février 2018

Le film de la semaine

Winter Brothers de Hlynur Pálmason ***

Dans une mine de calcaire, Emil vend de la gnôle artisanale à ses collègues, jusqu’au jour où celle-ci empoisonne l’un d’eux. Un film profondément sensoriel, dont l’inventivité formelle donne envie de suivre de près son réalisateur.

Comme lorsque nos yeux doivent s’habituer à l’obscurité d’un lieu, on trouve d’abord nos repères à travers les différentes textures sonores qui s’en détachent ; le crissement de chaussures sur un sol graveleux, le souffle des silhouettes qui nous emboîtent le pas et, au loin, le tintement répétitif de machines provenant de l’extrémité du tunnel, furtivement éclairé par des lampes frontales. Avec cette scène d’ouverture, le film nous engloutit en son sein : plongés dans l’âpreté d’une mine de calcaire, les ouvriers allant et venant, on observe finalement l’un d’eux, Emil, faire apparaître, par un tour de magie, une flasque d’alcool. Tel un enfant cherchant à s’intégrer dans un groupe grâce à un atout, une spécificité qui le caractériserait, il vend de la gnôle – confectionnée par ses propres soins – à ses collègues. C’est pourquoi, lorsque celle-ci empoisonne l’un d’eux, son quotidien s’effondre : plus personne ne lui adresse la parole, c’est à peine si on le regarde et, lorsque c’est le cas, ce ne sont alors plus que des regards épris de méfiance et d’animosité. Si le film semble réunir tous les motifs d’un thriller viscéral, il faut pourtant se débarrasser des critères à l’aune desquels nous jugeons habituellement ce type d’œuvre : issu des arts visuels, Hlynur Pálmason vise à nous faire éprouver le récit plutôt que de l’expliquer. Apportant un soin tout particulier à la synchronicité des images et de la musique, Winter Brothers nous impressionne au sens plein du terme ; il ne s’agit pas d’un film qui, par la virtuosité de sa forme, cherche à éblouir pour nous dissimuler la modicité du fond : l’une et l’autre s’unissent pour composer un tout indéniablement hypnotique.
V.V.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Les Aventures de Spirou et Fantasio °
Cette adaptation aux visées clairement commerciales de la célèbre bande dessinée créée par Franquin est une insulte à la créativité de ce dernier, et se résumé à une suite de gags grotesques et sans inventivité. Un fiasco.
F.B-P.

Cas de conscience **
Le film déroule implacablement le programme énoncé par son titre : exposer les conséquences morales d’un acte en apparence banal, et qui aurait pu être commis par n’importe qui. Captivant, finement interprété, mais un peu pesant.
F.B-P.

Contes sur moi ! ***
Ce programme de cinq courts métrages d’animation, venus de Russie, d’Iran et des États-Unis, autour de la question de la solidarité. Sans dialogues, il délivre des messages variés, illustrés par des instants de poésie et de douceur.
A.L.

Criminal Squad *
Unité de super-flics vs. gang de super-braqueurs : c’est l’argument classique de ce polar musclé, au récit exagérément délayé et ponctué d’un twist aberrant, qui se distingue toutefois par le sérieux de sa mise en scène. On n’en attendait pas tant d’un “Butler movie”.
T.F.

La Forme de l’eau ***
En délaissant le thriller horrifique pour une histoire d’amour horrifique entre une muette et une créature aquatique, Guillermo Del Toro donne un peu d’air à sa thématique, désormais connue, de l’humain et de la monstruosité, dans un film où le mal est enfin désespéré.
S.G.

L’Insoumis **
Trois mois dans l’intimité de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon pour la France Insoumise. Homme sensible mais personnage clivant, il a accordé sa confiance à Gilles Perret qui signe ce reportage à chaud, respectueux et sincère, une réussite dans le genre.
M.B.

Mary et la fleur de la sorcière **
Si ce premier film du studio Ponoc (fondé par des anciens du studio Ghibli) charme par sa candeur et son univers magique et coloré, il lui manque hélas l’étincelle transformant l’habileté en génie.
M.Du.

Moi, Tonya ***
Ascension et chute abracabrantesque d’une patineuse artistique pas comme les autres. Plutôt qu’un biopic ronronnant, une satire mordante des paysages sportif et médiatique du début des nineties, et un portrait en demi-teinte d’une personnalité ambiguë et sacrifiée.
Mi.G.