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Les sorties du 14 février 2018

Le film de la semaine

Phantom Thread de Paul Thomas Anderson ****

L’entrée en scène d’une femme vient perturber l’ordre maniaque dans lequel vit un grand couturier. Un film faussement classique qui, tout en diffusant un charme délicat et vénéneux, travaille en profondeur la question des rapports de forces au sein du couple.

Phantom Thread appartient à cette catégorie de films – les plus beaux, souvent – où l’on croit être en terrain connu, mais où l’on va en fait en s’enfonçant toujours plus avant dans l’inconnu. Le connu, ici, c’est le film en costumes, la reconstitution appliquée, la figure du créateur maniaque et hermétique à la vie, le mythe du Pygmalion, l’obsession de Paul Thomas Anderson pour les rapports de force, son goût pour le classicisme luxueux et la “grande forme”. L’inconnu, c’est la fragilité, qui vient miner le programme dès le départ. Dans la forme, cela se traduit par une sorte d’allègement, une manière pour PTA d’être moins dans le tour de force démonstratif que dans la recherche d’une mélodie plus intérieure, plus ténue et sensible. Ce qui fait que le film, soutenu en permanence par la musique, développe une langue assez unique, un rythme entêtant, à la fois léger comme une ritournelle et lancinant comme une obsession. La fragilité, c’est aussi celle du personnage principal, qui fait dérailler le classique scénario du rapport dominant / dominé, au profit d’une relation plus trouble. La frêle Alma et le redoutable Woodcock se tiennent tête. De la même manière, la géniale Vicky Krieps (jeune inconnue ne payant pas de mine à première vue) fait absolument jeu égal avec Daniel Day Lewis. De façon totalement inattendue, l’opposition des forces, entre les deux personnages et les deux acteurs, trouve un point d’équilibre, tendu et incertain. Et derrière le film un peu conventionnel sur la solitude de l’artiste que l’on pouvait penser voir, se révèle alors quelque chose d’autre, quelque chose de plus profond : un œuvre complexe, ambiguë, à la fois perverse et sentimentale, mélancolique et sarcastique, sur le couple.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Apparition **
En deuil de son meilleur ami, un journaliste accepte de participer à une enquête sur de récentes apparitions de la Vierge. Complexité bienvenue du scénario, simplicité de la forme à son service, le film fait subtilement tanguer ses protagonistes.
M.D.

Belle et Sébastien 3 *
Comme son titre l’indique, ce dernier chapitre vient clôre la saga. Clovis Cornillac succède à Christian Duguay et Nicolas Vanier pour la réalisation de ce dernier volet un rien plan-plan, mais doté d’un beau méchant !
A.J.

Black Panther **
Et si le nouvel Eldorado, c’était l’Afrique ? C’est le pari des studios Marvel, qui lâchent leur Black Panther, 100 % noir et africain. Ryan Coogler réussit un blockbuster visuellement éblouissant et porté par un héros qui ringardise les autres films de super-héros.
M.Q.

Bravo Virtuose **
Bien qu’un peu instable et truffé de fautes de goûts un peu voyantes, ce film ambitieux et pluriel trouve toujours le moyen de surprendre son audience, par une audace qu’on ne lui soupçonnait pas, et par un désir constant de penser en cinéma.
C.D.

L’Étrange forêt de Bert et Joséphine ***
Deux lutins vivent dans une forêt enchantée. L’irruption d’une nymphe renvoyée par les siennes va animer leur quotidien autarcique. Un enchantement poétique d’une grande originalité, rappelant, en moins sombre, le travail de Tim Burton.
G.To.

Finding Phong **
Phong s’est toujours considéré comme une fille prise au piège dans un corps de garçon. Caméra au poing, elle décide d’amorcer sa métamorphose. Un projet de cinéma original, qui donne lieu à un film émouvant et instructif sur une réalité sociétale vietnamienne.
M.T.

La Princesse des glaces *
Le film conclut la trilogie initiée en 2013 par le studio russe Wizart. Le résultat n’est, hélas, qu’un film d’animation sans saveur, un divertissement médiocre criblé de lacunes scénaristiques et de poncifs du genre.
C.T.

4 histoires fantastiques *
Quatre tentatives de cinéma fantastique à la française, par quatre cinéastes différents. Seul Acide, à l’argument pourtant des plus classiques, parvient à convaincre.
M.Du.

Le Retour du héros **
Le retour de la comédie en costumes : avec Mélanie Lauren et Jean Dujardin en mode chien et chat, un joli vaudeville sans prétention.
A.J.

Un jour ça ira ***
Une plongée chavirante dans le centre d’hébergement L’Archipel, nous rappelant la réalité humaine cachée derrière les mots devenus valises de “migrants” et “sans-abri”. Un cri à la vie, à l’amour et à l’humanité drôle, bouleversant voire déchirant.
G.To.

Wajib ***
À l’approche du mariage de sa benjamine, un professeur, accompagné de son fils aîné, parcourt les rues de Nazareth pour distribuer les invitations aux futurs conviés. Une flânerie portée par la tendresse de son récit et l’interprétation de ses deux comédiens.
S.H.