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Le soldat aveuglé Sortie DVD de "La Nouvelle Aurore" de Mark Robson

Touché par un tireur allemand lors d’une embuscade en Afrique du Nord, le sergent Larry Nevins se retrouve dans un hôpital militaire. Devenu aveugle, il doit se réinsérer dans la vie civile et retourner chez lui, où l’attendent ses parents et sa fiancée. Mark Robson, ancien de la RKO, réalise en 1950 La Nouvelle Aurore (Bright Victory) pour le compte d’Universal. Plutôt connu pour ses deux films sur le monde de la boxe, Le Champion (Champion, 1949) et Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, 1956), Robson a touché à de nombreux genres le long d’une carrière courant sur plus de trente ans.

La Nouvelle Aurore est un drame sur les conséquences de la guerre. Débutant de manière simple et sèche en relatant un événement aussi tragique que banal sur une ligne de front, le film s’emploie à décrire un retour à la vie. Grâce aux structures mises en place par le gouvernement américain et à l’abnégation bienveillante du personnel médical de l’armée, le sergent Nevins va avoir la possibilité de surmonter son handicap et retrouver sa place dans la société. Pour Mark Robson et son scénariste Robert Buckner (qui adapte un roman de Baynard Kendrick), l’important est alors de montrer au public que les infirmes, souvent jugés comme improductifs et bons à rien, doivent avoir leur chance et peuvent tout à fait s’insérer normalement dans la vie active.

Le film s’inscrit dans un mouvement progressiste. Certainement tourné en étroite collaboration avec les autorités militaires et louant sans réserve les efforts de l’armée pour prendre soin, physiquement, psychologiquement et financièrement, de ses blessés, il tente d’être le plus fidèle possible à la réalité. Ce genre de cinéma, s’il a pu offrir de grandes réussites signées Richard Brooks ou John Huston, est toujours confronté à une difficulté. Pour porter à l’écran des sujets de société importants et faire évoluer les mentalités, il lui faut à la fois être très documenté et très bien construit, toucher à une certaine dédramatisation et passer par des moments de démonstration. La Nouvelle Aurore navigue ainsi entre la chronique quasi-documentaire et l’œuvre édifiante.

Parmi ses meilleures scènes se trouvent celles de rééducation à l’hôpital militaire, là où se nouent simplement les amitiés entre hommes brisés par la guerre. Nous connaissons maintenant de nombreux films sur les grands blessés et les handicapés, ce qui rend le parcours du sergent Nevins peu surprenant à nos yeux, de son violent déni à son acceptation de la réalité ouvrant de nouvelles voies, mais la description patiente et attentive de l’accompagnement est à mettre au crédit de Robson. Pour le grand rôle de sa carrière (qui lui vaudra une nomination à l’Oscar), Arthur Kennedy n’a pas choisi la facilité, devant jouer du non-regard et des gestes précautionneux et entravés. Entrant dans la peau d’un personnage au départ peu aimable, il s’en tire avec les honneurs.

À celui du retour difficile des soldats au sein de leur communauté, s’ajoutent ici deux autres sujets. D’un côté l’engagement sentimental et de l’autre la dénonciation du racisme. Deux histoires d’amour sont développées successivement, de façon assez honnête et touchante. Mais en en mettant une, au final, au pied du mur, les auteurs laissent peu de doutes concernant le dénouement de leur histoire. Quant au problème du racisme, il est abordé, avec courage, « à la racine », sur le plan de l’histoire culturelle et familiale, sans pour autant échapper à la naïveté : le héros raciste et aveugle ne se rend pas compte qu’il fraternise avec un noir et finira par sermonner sa mère lorsqu’elle parlera des « nègres ».

Ainsi, tout du long, La Nouvelle Aurore avance en équilibre précaire, entre tentative de renouvellement et respect des conventions narratives, entre souci du réalisme et envie de spectacle mélodramatique, entre peinture sensible et envoi de message appuyé.

 

La Nouvelle Aurore
Bright Victory
de Mark Robson

Avec Arthur Kennedy, Peggy Dow, Julia Adams, James Edwards, Will Geer, Nana Bryant

États-Unis, 1951.
Durée : 97 min.
Sortie cinéma (France) : 26 octobre 1951.
Sortie France du DVD : 28 novembre 2017.
Format : 1.37:1 – Noir et blanc.
Langue : anglais – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case.
Éditeur : ESC.

Bonus :
« Aveuglement et cécité », présentation du film par Mathieu Macheret