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Entretien avec Jean Dujardin Il y a autre chose à faire que des films de colocataires

Depuis quelques semaines on le voit et l’entend partout. Et pour cause, Jean Dujardin fait la promo du film Le Retour du héros dont il partage la tête d’affiche avec Mélanie Laurent. Eh bien nous aussi, on a eu droit à notre petit moment Dujardin.

 

Le Retour du héros, c’est aussi le retour du costume. D’après le réalisateur, Laurent Tirard, le public n’en veut plus des films à costume, vous confirmez ?

 

Les costumes, ça effraie toujours, on se dit que ça va sentir la naphtaline. Avec le réalisateur, Laurent Tirard, on a mis en effet du Jane Austen mais on a fait entrer un labrador dedans pour bousculer tout ça et y mettre de la modernité. J’essaye de travailler durement pour que ce genre de travail existe. Mais les succès sont des miracles, je le sais. J’ai trouvé ça original de vouloir revenir au film à costume ! Courageux même. C’est une proposition de comédie différente, elle n’a pas d’autre désir que de distraire mais intelligemment. On essaye de dire “il y a autre chose à faire que des films de colocataires”. Et puis on s’est amusés ! Et j’adore faire du cheval ! Toute la journée tu fais du cheval, en fin de journée on te demande si ça va et moi de répondre “non mais t’es con ou quoi bien sûr que ça va , j’adore ça”. Et hop, on rentre dans sa loge et on s’endort ! J’en ai fait jusqu’à l’épuisement. C’était comme des journées au ski, c’est formidable.

 

Mélanie Laurent est franchement douée dans un rôle comique. Et pourtant c’était plutôt un pari risqué, non ?

 

Elle est douée parce qu’elle est plus proche d’elle. C’est ça qui est étonnant. Elle est très drôle dans la vraie vie Mélanie. Elle a un sens du rythme, du tempo, elle a une façon de détourner les choses, de rire des évènements, elle est très marrante. Elle a presque plus de charme encore dans ce rôle-là. Je l’encourage à continuer sur cette voie ! Et c’était super de travailler avec Mélanie parce qu’il y avait beaucoup de jeux de regards.

 

Vous interprétez le capitaine Neuville, un plouc un peu lâche et macho. Récemment, vous déploriez le fait que des journalistes fassent l’amalgame entre vos personnages et ce que vous êtes réellement…

 

J’aime ce genre de rôle, jouer avec les travers, parce que c’est très cinégénique mais ce n’est pas pour autant que je suis un connard dans la vie ! La presse ne peut pas faire croire aux gens que je suis quelqu’un d’autre, je trouve ça fainéant. Et puis le capitaine Neuville n’est pas qu’un lâche. C’est vrai qu’au début – et je suis doué pour ça – je l’abime beaucoup, pour rire de lui. Mais il y a des moments où on peut le racheter. C’est un homme qui s’est retrouvé au milieu de l’horreur absolue de la guerre. Il a eu l’occasion de se barrer et il l’a fait. Est ce que je serais resté moi ? Est ce que je serais mort pour la patrie ? Je n’en sais rien. J’ai eu peur ;  j’ai eu un moment de faiblesse ; je ne suis plus un soldat ; je me taille. Mais c’est comme ça qu’on le répare et qu’on s’attache à lui.

 

Le film parle de l’image… C’est important pour vous cette image que vous renvoyez au public ?

 

Je m’en fous complètement jusqu’au moment où l’on commence à parler à ma place et là, c’est plus possible… Mais je me fous de mon image. Je n’ai aucune stratégie et on pourrait presque me reprocher de ne pas avoir  de plan de carrière, de ne pas courir après les rôles méritants. Je suis vu comme un zinzin mais j’ai besoin d’avoir des émotions différentes. C’est chiant le cinéma si on fait tout le temps la même chose.

 

Vous donnez l’impression de ne jamais vous prendre au sérieux, c’est à la limite du cabotinage parfois. Vous êtes ce mec qui fait marrer les Français. Vous êtes un peu leur héros ?

Je pense que beaucoup d’autres sont bien plus populaires que moi quand il s’agit de faire rire. J’explore souvent la comédie mais je joue aussi dans des films plus graves et étranges. Mais c’est vrai, je mets toujours une espèce de distance dans mon métier. Comme si je ne voulais pas forcément y croire, comme si j’y mettais un petit bout de moi aussi, en me disant que tout ça n’est pas très important. Ça  ne veut pas dire que je ne prends pas mon métier au sérieux mais je me dis “c’est pas grave”. Je ne veux pas que ce soit grave. Je veux pouvoir raconter des histoires en  gardant cette petite distance. Je m’amuse et je n’ai peut-être pas envie de tout donner non plus.

 

Qu’est ce qui vous fascine toujours autant dans le métier d’acteur et vous pousse à continuer ?

La projection, la pensée. Lorsque vous lisez un livre, vous projetez des images. Eh bien moi quand je lis un scénario, je projette un monde et j’ai envie d’y entrer. C’est l’imaginaire. C’est quelque chose d’assez cérébral. Il s’agit de croire que, en effet, je suis un capitaine de l’armée napoléonienne. Quand, dans The Artist, je joue une star des années 1920 à Hollywood, je veux vraiment me projeter dans ce truc-là. Ainsi, je sors de mon corps et c’est super agréable d’être un autre. Ça me plait beaucoup d’être en vacances de moi-même, c’est reposant, ça m’évite de gamberger. Encore que, ça va, je me sens plus centré maintenant, à ce stade de ma vie, j’ai moins de tourments.

Propos recueillis à Bruxelles par Astrid Jansen