Rechercher du contenu

Les sorties du 31 janvier 2018

Le film de la semaine

 

L’Insulte de Ziad Doueiri ***

À Beyrouth, une insulte mène un Libanais chrétien et un réfugié palestinien devant les tribunaux, malgré les tentatives de leurs épouses de calmer le jeu. Un film âpre, lucide, dérangeant, bouleversant.

S’inspirant d’une dispute qui, voici quelques années, l’opposa à un plombier de Beyrouth, le réalisateur du poignant, osé et brûlant L’Attentat (2013) récidive magistralement avec ce film politique et historique, psychologique et plus que tout humain, donc universel. Sans lâcher les trois niveaux de son propos (rapports à soi, à l’autre et à l’environnement), il démontre comment une amnésie collective gangrenant l’inconscient (thème prégnant de la trilogie théâtrale du “cycle des promesses” de Wajdi Mouawad comme du film de Jihane Chouaib, Go Home – 2016) peut transformer une dispute vénielle en guerre civile. “C’est au Moyen-Orient qu’est né le mot haineux”, rappelle Maître Wehbe avant de plaider qu’au jeu de la haine chacun peut trouver des raisons de tuer, et de conclure d’un “nul n’a le monopole de la souffrance”, entrant de plein fouet en résonance avec les discours funestement victimaires qui font florès de nos jours. Âpre, lucide, dérangeant, bouleversant, L’Insulte nous rappelle superbement que la vengeance n’est pas la justice, ni le légitime le légal, et qu’on ne guérit pas par l’oubli et le silence. En sourd aussi un vibrant hommage aux femmes, davantage aptes à ne pas laisser leur égo s’exprimer avec violence. Nec plus ultra, après avoir commencé dans la tragi-comédie pour évoluer vers le film de procès, via un intermède fordien (quand Yasser s’arrange pour se faire frapper afin de s’excuser), L’Insulte se clôt sur une forme d’optimisme à la Capra. Le tout est mis en scène au plus près des acteurs (Kamel El Basha a été récompensé à Venise) et des tensions qui se nouent entre eux. C’est cette efficacité narrative qui est également à l’œuvre dans l’excellente série réalisée par Doueiri : Baron noir.
G.To.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Centaure ***
Au Kirghizistan, Centaure, père et mari heureux, ancien voleur de chevaux, ne peut s’empêcher d’en “emprunter” un pour galoper la nuit. Mais il est bientôt pris sur le fait… Un rappel lumineux et désespéré sur la mort des traditions.
G.To.

Être plutôt qu’avoir **
Ce documentaire modeste interroge le modèle éducatif dominant. Avec des exemples passionnants de classes qui appliquent des pédagogies actives, et des intervenants éclairants, il donne des pistes solides pour repenser l’école autrement.
I.B.

Gaspard va au mariage ***
Se rendant au second mariage de son père, propriétaire d’un zoo, Gaspard rencontre Laura, qui accepte de passer pour sa copine. Elle va s’immerger dans l’étrange ambiance familiale. Une fable sur l’amour, originale et touchante.
G.To.

Horse Soldiers
Chronique à venir

Indivisibili °
Deux sœurs siamoises, chanteuses dans la banlieue de Naples, apprennent à leur majorité qu’elles peuvent être séparées. D’une inanité jamais prise à défaut, le film se voudrait être une fable poétique et politique, mais n’est qu’antipathique et vulgaire.
C.D.

NON **
Lorsque Bruno se fait licencier et refuse de se soumettre à un contrôle de police, sa vie bascule dans une spirale de violence incontrôlable. Un film surprenant et jouissif, qui mêle réalisme social et thriller teinté d’onirisme pour tracer l’itinéraire d’une révolte.
A.Jo.

Oh Lucy ! **
Lorsque Setsuko, une Tokyoïte quadragénaire et introvertie, commence à prendre des cours d’anglais, elle croit rencontrer l’amour auprès de son professeur. Un film qui fait l’effet d’une bulle de savon : joli, aérien, mais relativement anecdotique.
R.T.

Sparring ***
Souhaitant offrir un piano à sa fille, Steve décide de devenir le sparring partner d’un célèbre boxeur, indifférent au danger. Malgré une intrigue plutôt mince, la valeur du film tient dans la sincérité de son héros, parfaitement interprété par Mathieu Kassovitz.
V.V.

Les Tuche 3 *
Après la mairie de Bouzolles, Jeff Tuche conquiert l’Élysée ! Recentré sur Jeff, ce troisième opus renouvelle la saga et exploite l’alchimie burlesque créée au contact des énarques avec les fanatiques de frites bien grasses… mais ne sait pas comment conclure.
M.B.

Une saison en France ***
Comment traiter plus vite les demandes d’asile pour qu’en cas de refus, les réfugiés puissent éventuellement tenter leur chance dans un autre pays que la France ? C’est une question sous-jacente que pose le réalisateur tchadien dans son film émouvant.
M.T.

Voyoucratie *
Petite crapule deviendra grande dans ce film de gangsters parisiens où les stéréotypes en tout genre se bousculent. Flics voyous, mafieux sanguinaires et surtout jeunes “rookies” arrogants garnissent un tableau au goût amer de déjà vu.
C.Lê.

Wonder Wheel **
Dans le Coney Island des années 1950, Ginny voit sa vie chamboulée par le retour inattendu de la fille de son mari, disparue dans la nature depuis des années. Malgré une photographie et une mise en scène inspirées, on a connu Woody Allen plus subtil.
J.L.

Zéro phyto 100 % bio °
S’il est difficilement tenable de ne pas un tant soit peu adhérer au sujet traité (la lutte anti-pesticides et la nourriture saine), ce documentaire, par sa platitude et son refus de l’inconnu, ne déploie jamais, ce qui est rédhibitoire, une pensée de cinéma.
C.D.