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Les sorties du 24 janvier 2018

Le film de la semaine

 

Pentagon Papers de Steven Spielberg ***

Spielberg prolonge le mouvement de Lincoln et du Pont des espions et interroge la difficile fidélité des démocraties à leurs principes fondateurs. Et signe un éloge – plus amer qu’il n’y paraît – de l’idéalisme, doublé d’une démonstration de mise en scène.

Il serait un peu court d’envisager Pentagon Papers comme une simple entreprise de commentaire du contemporain au prisme de l’Histoire ; de choisir de n’y voir qu’un renvoi aux “fake news” de l’administration Trump ou à une actualité guère plus ancienne (l’analyste militaire Daniel Ellsberg, source de la fuite des “Pentagon Papers”, y précède Edward Snowden dans la carrière de “lanceur d’alerte”). Thriller journalistique cantonné, pour l’essentiel, à une poignée d’intérieurs (de rédactions en foyers tranquilles, gagnés par la fièvre politique et où vont se débattre questions de principe et points de procédure), doublé de la chronique de l’empowerment d’une femme (Meryl Streep, royale), le film se mue progressivement en un brûlot d’autant plus passionnant qu’il dissimule son amertume sous un entrain trompeur. “Cette photo me rend triste”, dit, à la vue d’un cliché des époux Kennedy, Tony Bradlee (Sarah Paulson) ; “Moi aussi”, convient son époux Ben (Tom Hanks). Or, si l’une déplore semble-t-il la disparition tragique de JFK, l’autre songe à sa forfaiture : lui aussi, a menti à son peuple et cautionné une guerre qu’il savait illégitime et perdue d’avance. En une réplique, point la part mêlée de tragique et d’idéalisme que suppose l’œuvre tardive de Spielberg qui, de Lincoln au Pont des espions, n’a de cesse de plaider pour une fidélité retrouvée envers les principes fondateurs de la Constitution états-unienne, et de rappeler qu’en plus de relever de l’exception, les moments où les démocraties sont, enfin, fidèles à elles-mêmes, doivent autant à la prise de conscience d’une poignée d’individus qu’à un usage consommé de la realpolitik et à une conjonction hasardeuse de paramètres. L’Amérique est décidément, depuis Lincoln, la plus belle fiction de Spielberg.
T.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

La Douleur ***
Résistante et écrivaine, Marguerite se dilue entre l’attente de nouvelles de son mari Robert, sa relation avec son camarade Dionys et sa rencontre avec Rabier, qui a arrêté Robert. Tiré du récit de Marguerite Duras, le film révèle sa force hors de son sujet principal.
Ch.R.

Fortunata °
Sans jamais profaner la mémoire des références qu’elle convoque, cette variation bradée de thématiques convenues est un film aussi mauvais que bien intentionné, dont la seule qualité réelle tient dans l’acceptation, digne en fin de compte, de ses limites.
C.D.

The Greatest Showman *
Visionnaire, P.T. Barnum se bat pour imposer son spectacle vivant d’un nouveau genre. Ce premier long métrage spectaculaire de Michael Gracey dresse le portrait idéalisé d’une figure emblématique de l’entertainment américain.
A.Jo.

Hannah ***
Le quotidien d’une septuagénaire à la suite de l’incarcération de son mari. Un film traversé d’une douce étrangeté, qui dresse le portrait saisissant d’une femme s’enfermant dans le déni et le silence. Avec une Charlotte Rampling méconnaissable.
R.T.

Jean Douchet, l’enfant agité
Chronique à venir

Marie Curie **
Épouse de Pierre Curie, Marie Sklodowska-Curie est également une physicienne-chimiste talentuese… bientôt éprouvée par un milieu patriarcal et conservateur. Mi-biopic, mi-film historique, un portrait ordinaire et romancé d’une femme extraordinaire.
S.H.

The Passenger *
Après Liam Neeson coincé dans un avion, Liam Neeson coincé dans un train. Un postulat a minima, un acteur charismatique lâché dans un terrain de jeu délimité, devant la caméra d’un cinéaste complice : que pourrait-il bien arriver ? Trop et pas assez, justement…
Mi.G.

Sugar Land ***
Pour comprendre en quoi le sucre est nocif, Damon Gameau, acteur, se lance soixante jours durant dans un régime à base de produits sucrés vendus comme “sains et équilibrés”. Une plongée effrayante dans le cynisme d’un modèle économique.
G.To.

Verónica *
Madrid, années 1990. Après une séance de spiritisme, une adolescente, Verónica, est poursuivie par une force surnaturelle qui menace sa famille. Sans révolutionner le genre, Paco Plaza s’approprie un fait divers habilement et met en scène une héroïne du quotidien.
D.C.c