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Les sorties du 17 janvier 2018

Le film de la semaine

 

3 Billboards de Martin McDonagh ***

L’auteur de Bons baisers de Bruges revient avec un drame sur une femme endeuillée et réclamant justice. Si le film, par son mélange habile entre noirceur et absurde, évoque les frères Coen, il se distingue surtout par la complexité de ses protagonistes.

Après le succès de Bons baisers de Bruges, l’accueil réservé au délirant Sept psychopathes a un peu calmé les ardeurs de Martin McDonagh, par ailleurs brillant dramaturge irlandais dans le civil. Un statut qu’il n’est pas anodin de rappeler : conscient de ses excès scénaristiques passés, l’auteur cherche à s’affirmer comme cinéaste et, avec ce troisième long métrage, quitte plus encore son confort rassurant en s’attaquant à un drame purement américain, ancré dans une petite ville du Sud et qui donne à voir des figures classiques – dont le shérif, les notables ou le chien fou – du paysage fictionnel des États-Unis. En mettant en scène une femme qui utilise des panneaux publicitaires pour dénoncer l’incompétence de la police à arrêter le violeur et meurtrier de sa fille, McDonagh travaillle sous des ombres encombrantes. Celles des frères Coen notamment, influence d’autant plus renforcée par la présence de Frances McDormand, la muse des Coen, dans le rôle principal. Ce décalage de ton, typique des célèbres frères, entre la gravité des situations et leur réalité parfois absurde, dynamitant le sérieux du récit par un humour trash (à moins que ce soit l’inverse), est au cœur de plusieurs séquences de 3 Billboards. Pour autant le regard de McDonagh reste singulier, car il pratique un cinéma de personnages, alors que ceux-ci ont souvent un rôle théorique chez les auteurs de Fargo et Barton Fink. Ici, leurs faiblesses et hésitations forment le cœur palpitant d’une œuvre dont la ligne n’est pas tant la révélation du coupable, que la révélation à eux-mêmes des personnages impliqués dans le drame, derrière les masques et boucliers dont ils se parent en permanence.
S.G.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Alice Comedies Vol. 2 **
Malavida exhume un deuxième florilège des @Alice Comedies, premières réalisation de Walt Disney, mêlant animation et prises de vues réelles. Une plongée dans la préhistoire de l’univers Disney, à la fois instructive et toujours ludique.
N.M.

Ami-ami **
Vicent et Nefeli s’installent en colocation et se jurent de rester célibataires. Peu après, Vincent rencontre Julie, et le cache à sa meilleure amie… Une comédie sentimentale dans l’air du temps, légère et inoffensive, pétillante comme ses interprètes.
Mi.G.

Brillantissime
Chronique à venir

L’Enfant de Goa **
Ce drame social, premier film de Miransha Naï, vaut davantage pour les thèmes qu’il aborde (la précarité de populations quasiment réduites en esclavage) que pour son intrigue, souvent malhabile, et l’interprétation de ses acteurs, qui nous laisse à distance.
M.Q.

Enquête au paradis ****
Tombée sur la vidéo d’un prêche, Nedjma, journaliste dans un quotidien algérois, et son collègue Mustapha enquêtent sur les représentations du paradis par les salafistes. Émerge une population tiraillée entre frustrations et oppression. Nécessaire et sidérant.
G.To.

In the Fade *
Après que son mari et son fils ont été tués dans un attentat néo-nazi, une jeune femme, à laquelle justice n’a pas été rendue, mène une vengeance implacable. Malgré Diane Kruger, ce Fatih Akin s’enlise dans un marigot à l’idéologie contestable.
M.D.

La Juste route **
1945. Au lendemain de la guerre, l’arrivée de deux Juifs dans un village hongrois affole ses habitants qui, conformément à la législation nazie, ont réquisitionné leurs propriétés. Malgré sa forme lacunaire, La Juste route traite justement un sujet trop rarement évoqué.
V.V.

The Last Family ***
Durant plusieurs années, le peintre surréaliste polonais Zdzislaw Beksinski conjugue son œuvre à une vie de famille dysfonctionnelle. Ce premier film bouleversant se fait la chronique d’un foyer en proie à l’injustice de la fatalité.
S.H.

Last Flag Flying ***
Trois vétérans du Vietnam se réunissent… pour enterrer le fils de l’un d’eux. Ce road movie comique et douloureux aborde de front les questions liées à l’engagement militaire des États-Unis, par la voie de trois acteurs performants et des dialogues percutants.
G.T.

Le Rire de ma mère *
Un adolescent introverti qui tombe amoureux. Une mère extravagante qui fait face à la maladie. Un père largué qui cherche le bonheur auprès de sa nouvelle femme. Et un film plein de bonnes intentions qui, à force de vouloir tout dire, passe à côté de l’émotion.
R.T.

La Surface de réparation **
Ancien espoir du FC Nantes, Franck, qui n’est jamais parvenu à passer pro, végète depuis dans l’ombre du club… Un premier long métrage au scénario un chouïa démonstratif, mais qui dresse le portrait émouvant d’un trentenaire à la croisée des chemins.
T.F.

24H Limit **
Spécialiste du cinéma d’action pour en avoir coordonné les cascades de nombreux films, Brian Smrz livre un thriller efficace et musclé, mais ne tire que paresseusement parti d’une idée de scénario qui, bien que farfelue, aurait pu pimenter le tout.
F.B-P.