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Les sorties du 10 janvier 2018

Le film de la semaine

 

Seule sur la plage la nuit de Hong Sangsoo ***

Un beau Hong Sangsoo, qui aurait toutefois gagné à plus de clarté et de lisibilité dans le récit. Nombre de séquences sont très réussies et pleines de finesse, mais elles n’en restent pas moins, parfois, difficiles à relier entre elles.

Clarté du récit et lisibilité de la mise en scène sont essentiels à un cinéma de la parole. Or, ce beau film de Hong Sangsoo en manque un peu. Le spectateur entre dans la vie de ses personnages de plain-pied mais sans rien savoir d’eux. Ceux-ci, assez nombreux dans Seule sur la plage la nuit, sont ici d’un seul coup, avec leurs expériences passées, leurs désirs, leur(s) histoire(s), dont le spectateur ignore tout, alors contraint d’être aux aguets des informations disséminées par ci par là dans un ex abrupto maladroit et réitéré dans la première partie du film. Il y a sûrement un défaut de construction. À trop vouloir en dire sur ses personnages, donc à trop vouloir leur en faire dire, le grand réalisateur coréen nous perd un peu, nous laissant dans la difficulté de relier entre elles les différentes séquences, par ailleurs pleines de finesse, chacune “à leur façon”. Bien sûr, une fois la projection terminée, nous pouvons reconstituer mentalement l’intrigue, mais donc seulement après-coup. Et la nécessité de l’après-coup, quand les dialogues sont le carburant du moteur fictionnel, est un mauvais coup porté au plaisir d’écouter les personnages avec leurs mots, c’est-à-dire avec leurs rêves. Il faut dire que ces derniers voudraient tellement prendre leurs désirs pour des réalités, et tout d’abord Younhee qui, dans son sommeil sur une plage, tente par un songe de donner une sorte de cohérence à sa vie, en tout cas la sienne. Comment faire pour pouvoir (enfin) raconter son histoire ? Telle est la question qui travaille cette actrice. Et que devrait méditer HSS pour son prochain film.
Paul Fabreuil

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Belinda ***
Nouveau chapitre de l’œuvre au long cours que Marie Dumora tisse, telle Pénélope, depuis 2000, autour des deux sœurs yéniches Belinda et Sabrina (et de leurs proches). Un documentaire conçu comme une tragédie grecque, mais dans lequel l’espérance résiste.
G.To.

Downsizing **
Une solution au dérèglement climatique : réduire l’homme, gain de place et maîtrise du gaspillage garantis. Sur ce postulat, Alexander Payne tisse un récit gorgé de l’esprit seventies hippie, mais pas assez électrisé par l’acidité de notre monde moderne déglingué.
Ch.R.

Les Films de l’été ***
Invités à se pencher sur le thème de l’été, Claude Schmitz et Emmanuel Marre livrent dans Rien sauf l’été et Le Film de l’été leur vision douce-amère d’une parenthèse estivale. Deux jolies capsules temporelles, placées sous le signe de l’improvisation.
A.Jo.

Las Marimbas del infierno ***
Ce portrait crisé de trois personnalités guatémaltèques ose la fusion musicale et humaine, dans une fiction-documentaire à la fois punk, drôle et sensible. Un film latino-américain insolite, primé à plusieurs reprises.
G.T.

La Monnaie de leur pièce
Chronique à venir

Normandie nue
Chronique à venir

Que le diable nous emporte **
Moins fort que son précécesseur (une Fille de nulle part de haute volée), Que le diable nous emporte chronique la formation d’un trio de femmes fortes et renoue avec les motifs emblématiques du cinéma de Brisseau. En dépit de ses faiblesses, le film trouve à émouvoir.
T.F.

Si tu voyais son cœur **
Porté par une esthétique séduisante et des acteurs au charme indéniable, ce premier film souffre d’un scénario trop décousu pour intéresser très longtemps. La première partie laisse néanmoins entrevoir une belle énergie, qui s’épuise trop rapidement.
M.Q.

Une aventure théâtrale ***
D’interviews lumineuses en images d’archives, un documentaire retraçant la décentralisation théâtrale de 1945 à 1981. Plus qu’un rappel artistique, une page d’histoire de la France et d’un état d’esprit général en perdition. Édifiant.
G.To.

Vers la lumière ***
Misako, une jeune femme passionnée par son métier d’audio-descriptrice, s’éprend d’un photographe au bord de la cécité. Bien que nourri d’émotions sincères et d’un thème fort, le long métrage de Naomi Kawase s’enlise dans une mièvrerie superfétatoire.
S.H.