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En route vers 2018 La vie d'une revue de cinéma

Difficile d’anticiper les méandres de la route à venir sans prendre le temps de jeter un œil, dans le rétroviseur, aux virages parfois périlleux déjà empruntés. L’année 2017 se termine, comme souvent, en demi-teinte. À travers la brume, des éclaircies significatives sont venues réchauffer le parcours : un site modernisé, un ciné-club en plein air, le lancement d’une nouvelle collection d’ouvrages, la poursuite de notre émission mensuelle sur les vibrantes ondes de Radio libertaire, un cycle autour du blockbuster au Forum des Images, et des partenariats alléchants qui se mettent en place avec celles et ceux qui pensent et vivent le cinéma comme nous – c’est-à-dire avec passion, humilité et souci de transmettre. Les panneaux sur le bord de la route nous promettent l’arrivée prochaine dans des lieux où il fait bon vivre. Malheureusement, les stations essence sont de plus en plus espacées, et nous frôlons régulièrement la panne sèche.

La tendance de notre époque, qui voit se détacher de plus en plus nettement les questions financières du contenu qui devrait leur donner sens, s’accentue : obtenir une subvention, signer un contrat, acter en termes monétaires des partenariats naturels relève du chemin de croix. On défend son territoire, on prend des airs, on adopte des postures. La parole devient sinueuse, et le lexique commercial, ambigu et fourre-tout, vient parasiter le dialogue : l’intelligence et la bonne foi sont tenues à distance, et il devient ardu de les convier à la table. Il faut justifier, inlassablement, la valeur du travail. La démocratisation de l’écriture, via les réseaux sociaux notamment, a petit à petit raison de la presse, culturelle ou non : puisque chacun commente à sa guise, pourquoi s’encombrer des journalistes professionnels ? Beaucoup de nos collègues critiques, de différentes rédactions, rencontrent ce même type de difficultés, et nous leur adressons toutes nos pensées.

Nous continuons à penser (naïfs que nous sommes !) que seul le travail de qualité porte ses fruits. Inlassablement, nous contactons de nouveaux partenaires, nous élaborons des devis, nous écoutons les conseils, nous corrigeons les coquilles et améliorons nos mises en page. Avec obstination, nous tentons de trier les bonnes idées des mauvaises ; l’optimisme et le pessimisme jouent à cache-cache. L’énergie dépensée, pour maintenir notre exigence de couvrir toutes les sorties en salle tout en développant des projets parallèles qui nous tiennent à cœur, est colossale. Nous atteignons souvent ce mélange de fatigue et d’adrénaline qui confine à l’exaltation ; mais nous sommes également sujets à ce que l’épuisement peut faire naître d’angoisse. Nous rêvons du jour où les virages seront moins serrés, et où la route se fera plus linéaire, plus large, plus accueillante. Nous vous remercions du fond du cœur, vous, lectrices et lecteurs, pour nous adresser régulièrement un réconfortant signe de la main à notre passage. Depuis la fenêtre de notre voiture (ou bien est-ce une diligence ?), toute l’équipe des Fiches du cinéma vous salue chaleureusement, et vous adresse ses meilleurs vœux pour l’année à venir.