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De Rome à Paris 10e Rencontres du cinéma italien

Un festival de cinéma, c’est toujours un moment de fête, de découverte et de rencontre. C’est aussi un temps d’exposition, celui d’œuvres plus ou moins confidentielles qui sont projetées dans un cadre spatio-temporel précis. Ces œuvres, leurs auteurs et leurs producteurs doivent aussi pouvoir accéder à un public plus large pour exister vraiment et n’ont pas toujours la chance d’avoir un distributeur au moment de l’événement. Au-delà de la rencontre avec ces premiers spectateurs d’un temps donné, le festival De Rome à Paris – qui s’est tenu du 25 au 28 janvier à Paris – s’est donné pour mission, depuis 10 ans, de faire se rencontrer dans les meilleures conditions les acteurs de la chaîne de production et de diffusion des films, des deux côtés des Alpes. Les meilleures conditions, c’est-à-dire en favorisant l’expérience de la salle et les échanges entre ceux qui font, produisent, choisissent et vendent les films et qui tous ensemble permettent qu’ils vivent leur vie, et changent la nôtre. Regarder ensemble des films, c’est partager des émotions, du temps ou de l’ennui, c’est ajouter aux chiffres et aux projections, la sensation.

 

C’est au cinéma l’Arlequin (76 rue de Rennes, Paris 6), que les Parisiens ont eu l’heur d’assister à la projection de huit films italiens qu’un comité de sélection composé de professionnels du cinéma et réuni pour la première fois cette année aura retenus en fonction d’une qualité particulière : leur capacité à s’exporter, c’est-à-dire à plaire à un public français.

 

Ainsi, les huit films programmés représentent-ils un éventail assez large d’inspirations et d’esthétiques pour rendre compte de dynamiques à l’œuvre dans le cinéma transalpin contemporain, notre voisin. Peut-être à l’issue de ces rencontres pourront-ils rejoindre les quelques élus qui trouvent plus facilement leur chemin jusque dans nos salles aujourd’hui.

Parmi ces huit longs métrages, nous retiendrons le très beau portrait de Marco Ferreri, que signe Anselma Dell’Olio (critique de cinéma, adaptatrice et assistante réalisateur), laquelle a été dirigée par lui dans Ciao Maschio. Il s’agit de La Lucida Follia di Marco Ferreri (photo ci-dessus). Ce portrait documentaire a beau utiliser tous les moyens connus du genre – entretiens, archives, extraits de films, photos…–, il n’en est pas pour autant à ranger sur l’étagère des « poncifs », bien au contraire. La qualité à la fois des entretiens et des intervenants (parmi eux Isabelle Huppert, Hanna Schygulla, Serge Toubiana, Ornella Muti, Roberto Benigni…), des archives rares ou inédites, de longs extraits d’entretiens avec Marco Ferreri lui-même et avec ses comédiens, la justesse dans la sélection d’extraits de ses films et leur montage, font de cette œuvre passionnante et très fouillée une étude entrecroisée des différentes personnalités de Ferreri, en tant qu’homme et en tant que créateur. Ce vétérinaire de formation aura finalement consacré sa vie à un seul animal, l’homme, qu’il se plaît à observer sous ce jour métaphorique particulier. Artiste visionnaire usant d’une poésie débridée, Ferreri était à part dans le cinéma italien, et dans le cinéma tout court ; tous en attestent, et ses films les premiers.

 

Il Cratere, de Silvia Luzi et Luca Bellino

Il Cratere, de Silvia Luzi et Luca Bellino

Autre long métrage projeté dans le cadre de ces 10e Rencontres, Il Cratere, de Silvia Luzi et Luca Bellino, deux réalisateurs de documentaires dont c’est le premier long métrage de fiction. Une fiction qui conserve les atours du documentaire et en emprunte les voies, et les voix. Elle met en scène une famille de forains dans le sud napolitain et en particulier un père et sa fille qui jouent là leur propre rôle. Rosario est un camelot, il vend des peluches sur les marchés. Il est persuadé que Sharon peut devenir une vedette de variété et sacrifie tout pour servir des desseins qui ne sont peut-être que les siens… Les personnages imaginés par les réalisateurs ont trouvé leur plus que parfaite incarnation en Rosario et Sharon Caroccia et l’évolution de leur relation a beau être émaillée d’éléments fictionnels, on est troublé par la sincérité et la justesse avec lesquelles Sharon, notamment, mais les personnages secondaires également, « jouent le jeu ». La caméra saisit de très près les visages et c’est un véritable corps à corps qui s’engage dès la première image entre le cinéma et les émotions des personnages, leurs résistances, leurs colères et leurs joies.

On n’est pas loin ici du cinéma sensible d’un autre couple transalpin, Tizza Covi et Rainer Frimmel, autre hybridation née d’une imbrication réussie entre le réel et l’œuvre d’imagination.

 

L’essentiel de la sélection méritait le détour, ne serait-ce qu’en tant que panorama, même électif, et le mieux dans ce cas est de se laisser aller à l’envie du moment : répondre à l’appel de La Vita in comune, d’Edoardo Winspeare, un film bancal, vraisemblablement interprété par des non-professionnels en majorité, dont la poésie rappelle un peu le cinéma d’Otar Iosselliani, avec pour décor le sud rural de l’Italie. Partir à la rencontre d’acteurs qu’on a aimés ailleurs et en particulier Toni Servillo, qui joue ici un psychanalyste dans la comédie de Francesco Amato, Lasciati Andare !

 

Il y a toujours mille et une raisons d’aller au cinéma. Souhaitons que ces films trouvent distributeurs à leur mesure et que nous soyons amenés à les (re)voir, à en (re)parler. Avanti !

 


Pour plus d »informations : https://festivalderomeaparis.com