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Les sorties du 27 décembre 2017

Le film de la semaine

 

I Am Not a Witch de Rungano Nyoni ***

Accusée de sorcellerie et enfermée dans un camp, la jeune Shula tombe sous la coupe d’un fonctionnaire. Ce conte aux accents surréalistes dresse le portrait puissant d’une société empêtrée dans ses croyances et superstitions.

Un pied ancré dans la tradition du conte africain, l’autre dans la littérature occidentale, I Am Not a Witch est un film hybride, fruit du croisement entre la culture zambienne et la nouvelle d’Alphonse Daudet, La Chèvre de Monsieur Seguin. Fortement marquée par ce récit et son propos sur la liberté, la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni, formée au Pays de Galles, y a puisé le matériau d’une parabole puissante sur les croyances de son pays de naissance. M. Seguin y est transformé en prélat cupide, M. Banda, et sa chèvre Blanquette en jeune fille accusée de sorcellerie, Shula, maintenue en captivité dans un camp de sorcières par un long ruban de soie attaché à son dos. Voulant retrouver sa liberté, Shula paiera elle aussi le prix fort pour se défaire de ses liens. Loin de vouloir réaliser un pamphlet réaliste, Rungano Nyoni a privilégié, dans ce premier long métrage, une approche par l’absurde pour parler des superstitions dont les femmes sont les premières victimes, enfermées dans des camps et accusées de tous les maux. I Am Not a Witch tire sa force de ce traitement détourné, qui tait les aspects les plus sordides de ces injustices quasi institutionnalisées pour laisser place à une imagerie surréaliste bien plus éloquente. Obstinément, Rungano Nyoni désacralise les rites populaires par l’humour et, ce faisant, illustre les contradictions d’une société tiraillée entre ses traditions absurdes mais fermement enracinées et son désir de modernité. Une société incarnée par des acteurs non-professionnels, dont la jeune Margaret Mulubwa, l’interprète de Shula, est la véritable révélation de ce film visuellement aussi déstabilisant que viscéral.
A.Jo.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Échange des princesses ***
Le régent Philippe d’Orléans donne à marier sa fille au roi d’Espagne, en échange de quoi celle de ce dernier épousera le futur Louis XV. Inspiré d’un fait authentique, et du roman de Chantal Thomas, un film frappant et d’une cruelle modernité.
G.To.

Les Femmes de la rivière qui pleure **
Escalade de violence entre deux familles rivales dans la région de Mindanao, aux Philippines. Bilan : plusieurs morts et un film en demi-teinte, dans lequel des dialogues rabâchés desservent une tragédie qui trouve dans le silence ses plus belles scènes.
C.Lê.

Les Hannas
Chronique à venir

Heartstone **
Thor et Christian vivent leurs premiers émois amoureux : le premier pour une fille, le second pour son meilleur ami. Captant le passage fragile de l’enfance à l’adolescence, ce premier long métrage, bien qu’imparfait, ne laisse pas indifférent.
V.V.

Kedi **
Parmi les centaines de milliers de chats qui déambulent dans la ville d’Istanbul, sept bouleversent le quotidien des habitants. Moins inoffensif qu’il n’y paraît, ce documentaire séduit davantage par son discours en creux que par ses portraits félins.
S.H.

Momo
Chronique à venir

Pitch Perfect 3 **
Les championnes du monde de chant a capella rempillent pour un troisième épisode beaucoup plus drôle que les précédents. Le film est la preuve que, quand on arrête de se prendre au sérieux, on peut presque avoir l’air intelligent.
M.Q.

Le Rire de Madame Lin ***
Une fratrie cherche à se débarrasser de leur aïeule devenue encombrante et inutile. Ce premier film d’un jeune cinéaste chinois est l’un des plus beaux qu’ai présenté cette année l’ACID à Cannes.
R.H.

Tout l’argent du monde ***
Le petit-fils du richissime J. Paul getty est enlevé. Pour l’industriel, hors de question de payer la rançon… Cette réflexion sur le pouvoir de l’argent, déguisée en thriller psychologique, séduit par son goût de la fiction et étourdit un temps, mais reste in fine un peu sage.
Mi.G.

The Wedding Plan **
Son mariage annulé faute d’amour, une femme se donne un mois pour trouver un mari. Rama Burshtein revient sur la question du mariage dans la communauté juive orthodoxe et signe un film moins puissant mais tout aussi subtil que Le Cœur a ses raisons.
R.H.