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Les années ACT UP, une histoire d’amour et d’activisme Sortie DVD : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Au début des années 1990, les malades du SIDA continuent à mourir dans l’indifférence générale. Les membres d’ACT UP Paris se mobilisent au fil de réunions hebdomadaires et à travers des actions médiatiques.

L’histoire se déroule à peu près une décennie après l’apparition en France des premiers cas de malade du SIDA où l’épidémie se répand d’autant plus facilement qu’aucune prise de conscience de la part des responsables politiques n’est encore manifeste. La prévention à l’égard des maladies sexuellement transmissibles est alors totalement absentes du quotidien des Français des années 1990. Et c’est peut-être aussi le retour de l’homophobie et des extrémismes divers en matière de conception de l’individu et de la famille dans la société actuelle de 2017 qui impose la place de ce film avec une force qui bouleverse les consciences individuelles. Robin Campillo, à qui l’on doit la réalisation des Revenants et la participation à l’écriture des scénarios des films de Laurent Cantet, place le contexte historique des premières d’activités d’ACT UP Paris dans ces années où lui-même est devenu membre actif. La portée documentaire y est ainsi bien développée par cette immersion autobiographique qu’offre le film dès ses premières images, sans jamais la quitter. En effet, la caméra est souvent tremblante, toujours près des corps non moins tremblants dans leur difficulté physique à affronter la vie. Il y a ainsi un bouillonnement intérieur qui parcourt le film qui place au même niveau l’activisme du groupe qu’une relation d’amour. Ainsi, les réunions filmées, véritables exercices démocratiques pour repenser l’implication des citoyens dans la politique et l’espace public de leur pays, si elles pouvaient avoir au premier abord une apparence de réunion politique comme on peut en voir dans La Chinoise de Jean-Luc Godard (1967), se développent peu à peu dans des incarnations d’individus qui vivent leur lutte comme leur amour qui plus associé à l’effroi : on retrouve dans les deux cas la fougue de la passion, véritable élan de vie dans une société passéiste, attentiste, fermant cruellement les yeux sur les morts qui se multiplient autour d’elle. C’est la naissance d’un nouvel activisme qui est alors à l’œuvre utilisant des technologies et des moyens de communications qui précédaient l’ère d’Internet et des réseaux sociaux. Robin Campillo lutte finalement contre une véritable amnésie historique en rendant compte de ce que furent ces années ACT UP qui ont placé au cœur du militantisme la désobéissance civile comme l’urgence de l’expression citoyenne. Si le film commence de manière chorale avec la présentation de toute une communauté solidaire, il s’attache peu à peu à la figure de Sean, à travers son activisme, son regard sur la vie, sa relation amoureuse et la maladie qui s’empare toujours plus de son corps. Ce récit épouse alors progressivement le regard de Nathan qui fait du parcours de Sean, l’histoire emblématique des personnes qui ont porté ACT UP dans toutes ses actions. Robin Campillo décide d’insister sur l’incarnation de cette lutte et dépoussière ainsi la vision purement rétrospective du sujet : la lutte établit dès lors ses connexions avec la société d’aujourd’hui, l’implication de tout un chacun à ouvrir des yeux responsables sur la souffrance et l’état de dénouement total dans lesquels se retrouvent des individus qu’une certaine idéologie nauséeuse actuelle voudrait systématiquement reléguer dans les marges obscures de l’humanité. Bien qu’un peu long (c’est aussi toute la difficulté d’être à la fois monteur et réalisateur où il est difficile d’enlever certaines séquences pensées avec force au tournage comme au moment de l’écriture), le film s’impose comme un témoignage contemporain énergique et vital.

 

 

120 battements par minute

de Robin Campillo

Fiction

135 minutes. France, 2017.

Couleur

Langue originale : français

 

Avec : Nahuel Pérez Biscayart (Sean), Arnaud Valois (Nathan), Adèle Haenel (Sophie), Antoine Reinartz (Thibault), Aloïse Sauvage (Eva), Felix Maritaud (Max), Mehdi Touré (Germain), Simon Bourgade (Luc), Ariel Borenstein (Jérémie), Théophile Ray (Marco), Catherine Vinatier (Hélène), Saadia Ben Taieb (la mère de Sean), Simon Guélat (Markus), Jean-François Auguste (Fabien), Coralie Russier (Muriel), Yves Heck (le professeur de français), Emmanuel Ménard (le proviseur), Pauline Guimard (une prof)

Scénario : Robin Campillo, en collaboration avec Philippe Mangeot
Images : Jeanne Lapoirie
Montage : Robin Campillo
Musique : Arnaud Rebotini
Son : Julien Sicart
Décors : Emmanuelle Duplay
Costumes : Isabelle Pannetier
Production : Les Films de Pierre ; Page 114, France 3 Cinéma et Memento Films Production
Producteurs : Hugues Charbonneau et Marie-Ange Luciani

 

Sortie cinéma (France) : 23 août 2017
Sortie France du DVD : 23 décembre 2017
Format : 2.39:1 – Couleur
Langue : français – Sous-titres : français pour sourds et malentendants.
Boîtier : Digipack.
Éditeur : Memento Films

Bonus :
Commentaire audio de Robin Campillo
Essais des acteurs /répétition de la chorégraphie
Bande-annonce