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Prendre le large : rencontre avec Gaël Morel "Je voulais rendre hommage au milieu ouvrier"

A l’occasion du Festival du Film d’Arras, notre journaliste Alexis Duval a rencontré le cinéaste Gaël Morel, qui venait y présenter son nouveau long métrage, Prendre le large, en salle depuis le 8 novembre.

D’où vous est venue l’idée d’installer votre scénario dans le milieu ouvrier ?

C’est une idée qui est venue de manière assez naturelle, car je viens du milieu ouvrier. C’est ce qui me singularise dans le cinéma. D’ailleurs, l’usine que l’on voit dans l’ouverture de Prendre le large, c’est celle où mon père a fait sa vie d’ouvrier. Ça faisait longtemps que je voulais rendre hommage à ce milieu, en témoigner. Ce désir rencontrait un autre désir, celui de travailler avec Sandrine Bonnaire, qui elle aussi vient d’un milieu ouvrier.

C’est la première fois de votre carrière que vous vous approchez d’aussi près d’une veine aussi sociale du cinéma…

J’ai toujours un peu de mal à caractériser mes films. Ce qui est sûr, c’est que mes précédents longs-métrages se déroulaient dans des milieux marginaux où la dimension sociale était forte. Mais c’est la première fois que j’accepte l’idée d’un film social avec ses codes.

Sandrine Bonnaire est parfaite en ouvrière. Au point qu’on pourrait croire que vous avez écrit le rôle pour elle. Est-ce le cas ?

Écrire pour quelqu’un, ça a un sens presque publicitaire. Le rôle est plutôt écrit grâce à elle. J’aime ce mot de grâce, il s’applique totalement à Sandrine. Penser à elle m’a permis d’écrire le film. Elle joue un rôle d’ouvrière qui est très inspiré de mon père. Sandrine raconte qu’elle jouait en pensant à son propre père, qui faisait quatre-vingt bornes aller-retour chaque jour sur la même mobylette que dans le film pour aller travailler. Étrangement, elle incarne une figure féminine qui est un référent à mon père et au sien.

Pourquoi le Maroc ? Et pourquoi Tanger ?

Plusieurs faisceaux de désir convergeaient. La réalité, c’est que les délocalisations du textile se font aussi beaucoup à Tanger. Cela m’arrangeait en tant que cinéaste. Tout ça a inventé ce récit. C’est un pays que je vois, que je filme comme un territoire intime, sans regard exotique. Je pense au Maroc comme une partie de moi-même.

L’idée de grâce est aussi incarnée par Mouna Fettou et Kamal El Amri, qui jouent la mère et le fils qui tiennent une pension au Maroc. Comment les avez-vous choisis ?

J’ai coécrit le scénario avec l’écrivain marocain Rachid O., qui m’a parlé de Mouna Fettou. Il y a quelque chose de très opposé à Sandrine Bonnaire dans sa gestuelle, dans ses déplacements, dans ce qu’elle dégage et quelque chose de semblable dans cette capacité à passer d’une forme de sévérité à une forme de lumière par le sourire et la voix qui changent notamment. J’ai rencontré Kamal El Amri sur un casting sauvage avec des personnes qui s’occupent des films de Nabil Ayouch, le réalisateur des Chevaux de Dieu, de Ali Zaoua prince de la rue et de Much Loved. Je cherchais un garçon qui incarne une forme de beauté, de gentillesse immaculée.

Le film s’inscrit-il davantage dans la lignée d’Après lui que dans celle de Notre paradis ?

Après lui et Prendre le large ont orchestrés autour d’une figure centrale chargée de mon désir de travailler avec l’actrice – Catherine Deneuve pour le premier et Sandrine Bonnaire pour le deuxième. Mais j’avais aussi le plaisir de travailler avec Béatrice Dalle sur @Notre paradis.

Un mot revient beaucoup dans vos propos, c’est celui de désir…

Avec l’argent, le désir est le moteur du cinéma.

Prendre le large, de Gaël Morel, avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, France, 1h43. En salle depuis le 8 novembre 2017.