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Les sorties du 1er novembre 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

Carré 35 de Éric Caravaca ****

Ce deuxième long métrage d’Éric Caravaca est l’occasion pour lui de remonter son histoire familiale. Et, en se confrontant à un lourd passé, il revisite les histoires : de sa famille, de son pays, du cinéma et de la médecine. Un document intime et déchirant.
Pour son deuxième long métrage après Le Passager (2005), le comédien Éric Caravaca (vu cette année dans  L’Amant d’un jour) interroge son passé familial. À partir d’une indication : le “carré 35”. Celui-ci désigne le lieu où la sœur aînée de Caravaca a été enterrée. Une sœur dont il ignore tout, si ce n’est qu’elle est morte à l’âge de 3 ans. Une sœur dont sa mère n’a gardé aucune photographie. Alors que, jeune père, il se met à filmer son nouveau-né, il s’interroge sur cette absence d’image de sa sœur. L’ambition de départ de Carré 35 est, selon ses propres mots, de “combler cette absence d’images”. Et, comme dans presque toute histoire familiale, ce qu’il révèle est bien plus complexe qu’il ne l’imaginait. Sa sœur s’appelait Christine. Elle est née dans un autre pays que la France, bien avant Éric et son frère cadet. Elle est née dans un couple qui débordait de bonheur, dans une région au bord de l’implosion : le Maroc sous mandat français. Après sa naissance, les parents d’Éric, qui se filmaient beaucoup en Super 8, semblent avoir cessé brusquement. Nous sommes dans les années 1960, et Christine est née avec un souffle au cœur. Au fil des discussions et des recherches, Caravaca revient sur la vie de ses parents au Maroc, avant leur installation en France, et retrace, en filigrane, une part de l’histoire coloniale française, de ses injustices et de ses atrocités. La disparition de Christine sera l’événement déclencheur du déracinement de ses parents, celui qui les contraindra à tourner – de gré ou de force – une page de leur vie. Des parents livrés à eux-mêmes par la médecine de l’époque, incapable de les accompagner face à la trisomie de Christine, diagnostiquée tardivement. Un état vécu comme une honte à l’époque, et qui expliquerait, aux yeux de Caravaca, le déni total de sa mère. Éric, face à sa mère, tente de questionner ce déni. Pour elle, sa fille était normale : elle le répète, sûre d’elle. Elle contredit calmement son fils, qui ne cesse pas pour autant sa/son (en)quête. Conscient de l’importance des images dans sa vie, il veut retrouver une photo de Christine. Pour mettre un visage sur cette absente, pour lui accorder enfin une forme d’intemporalité. La tragédie intime se mêle progressivement à une réflexion sur le cinéma et la puissance de ses images : la fiction ne fige-t-elle pas une scène pour l’éternité dans le cœur des spectateurs ? Et qu’a-t-on le droit de filmer, de montrer ? De L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumière aux images de son propre père sur son lit de mort, Caravaca nous pousse à réfléchir au sens que peut avoir une image, qu’elle soit de documentaire ou de fiction. Mais ce qu’il développe est d’autant plus chargé émotionnellement qu’il ne bascule jamais dans la complaisance, se refusant à faire un grand déballage intime, un règlement de compte entre mère et fils. Au contraire :  Carré 35  déborde d’amour. De tristesse aussi. En montrant, avec beaucoup de respect et de subtilité, l’évolution du regard de sa mère, après tant d’années, sur Christine, le cinéaste livre une œuvre profondément sincère et émouvante. _Mi.G.

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Braguino ***

Installées de chaque côté d’une rivière au plus profond de la taïga sibérienne, deux familles en décousent inlassablement. En 49 minutes de cinéma pur, Clément Cogitore livre un film d’une grande beauté, comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit. _R.H.

Carbone **

Antoine, patron au bord du dépôt de bilan, met au point une arnaque basée sur les échanges de quotas carbone entre entreprises, les “droits à polluer”. Olivier Marchal creuse son sillon et signe un film noir efficace, bien interprété, mais hélas sans surprise. _G.R.

Les Conquérantes ***

En 1971, les femmes suisses n’ont toujours pas le droit de vote. À l’approche d’un référundum sur la question, une jeune mère au foyer réalise cette injustice et se lance dans l’action. Réflexion et humour signent la réussite de cette comédie dramatique. _M.D.

Daddy cool °

Lasse de l’immaturité de son mari, Maude demande le divorce. Celui-ci entreprend de créer une crèche à domicile… Comédie de remariage pesante, sous-écrite et platement télévisuelle,  Daddy cool  souffre surtout d’un manque flagrant de personnalité. _T.F.

D’après une histoire vraie *

Une écrivaine, épuisée par son dernier roman très intime, tombe sous l’influence d’une charismatique inconnue. Oscillant entre thriller psychologique et drame intimiste sur fond de crise artistique, le dernier Polanski ne tranche pas et déçoit. _Mi.G.

Ex Libris ***

Le documentariste Frederick Wiseman réussit encore une fois à nous immerger de façon passionnante dans une institution américaine, ici la New York Public Library. Un seul regret : certaines séquences auraient gagné à être plus longues. _P.F.

Le Fidèle **

Décidé à changer de vie et fonder une famille après sa rencontre avec Bibi, Gino est rattrapé par son passé de braqueur. Conçu pour former un diptyque avec le nerveux Bullhead, Le Fidèle ne parvient pas à égaler la tension et la maîtrise de son prédécesseur. _A.Jo.

Geostorm

Chronique à venir

Jeune femme ***

Portrait d’une jeune femme esseulée dans un Paris hostile,  Jeune femme  est un premier film assez classique dans sa forme, mais dynamité par le duo que forment la réalisatrice, Léonor Serraille, et son actrice, Laetitia Dosch. _Ch.R.

Jigsaw

Chronique à venir

Mise à mort du cerf sacré *

Un adolescent trouble la routine d’une famille apparemment sans histoire, et va en pousser le père à un dilemme cornélien. Vainement provocateur, ce drame de Yorgos Lanthimos se révèle creux, loin du trouble que généraient ses précédents films. _A.L.

The Secret Man *

Peter Landesman plonge à nouveau dans les vicissitudes d’un lanceur d’alerte dans une Amérique qui aime ses héros sans nuance. Entre un Liam Neeson embourbé dans une interprétation peu contrastée et un scénario manichéen, ce thriller rate son sujet. _J-A.M.

Silentium ***

D’une beauté janséniste, ce documentaire allemand suit le quotidien d’un couvent presque vide auprès de quatre religieuses et un prêtre. L’image rigoureuse et les répétitions, esthétiques, donnent lieu à un portrait emprunt de nostalgie. _M.Q.

Si on te donne un château, tu le prends ?

Chronique à venir