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Les sorties du 8 novembre 2017

Le film de la semaine

 

A Beautiful Day de Lynne Ramsay ***

Vétéran tourmenté, Joe est engagé pour retrouver la fille d’un sénateur. Il s’engouffre alors dans une spirale de violence. Après We Need to Talk About Kevin, Lynne Ramsay magnifie un autre type de monstre et signe un grand film noir, habité par Joaquin Phoenix.

Poursuivi, depuis son passage au dernier festival de Cannes, par de pesantes comparaisons (avec Taxi Driver ou Drive), le nouveau long métrage de Lynne Ramsay témoigne, dès sa séquence d’ouverture, d’une ambiguïté et d’une tonalité brutes, qui assurent sa singularité. A Beautiful Day repose entièrement sur les épaules de son (anti) héros. Filmé tel un fantôme, Joe est un tueur à gages instable et aux motivations troubles. De ce personnage taiseux et solitaire, Ramsay prend un malin plaisir à troubler l’arrière-plan psychologique. Se définissant tour à tour comme vétéran de guerre, ancien agent du FBI ou ex-enfant maltraité, Joe est un mystère qui ne s’éclaircit jamais réellement. Plus encore, sa nouvelle mission matérialise progressivement ses traumatismes et ses pulsions suicidaires. Lorsque le tueur rencontre la jeune Nina, le spectateur assiste à la rencontre entre deux monstres, mais également deux victimes… Si le long métrage se perd parfois dans des réminiscences cauchemardesques et des flash-backs tortueux, la partition de Joaquin Phoenix – qui gagne ici en masse et en magnétisme – suffit pour captiver. À coups de poing, de pied mais surtout de marteau, l’acteur libère une violence viscérale. Mais, sans céder à la surenchère d’un Refn, la cinéaste britannique opte pour la subtilité et filme la fureur comme un élément narratif à part entière. À la violence frontale se substituent alors des hors-champs, de simples bruits… Et d’autres fois, la noirceur du récit donne à voir de sublimes scènes, telle la douce agonie d’un homme… Régulièrement, A Beautiful Day est ainsi nimbé d’une léthargie presque poétique. Un état de grâce que l’on retrouve dans une conclusion magistrale, où le fantasme suicidaire s’évapore au profit d’une renaissance inespérée.
S.H.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

À nous de jouer ! **
Dans la lignée de L’Esquive et d’À voix haute, le film, reportage aux allures de documentaire, privilégie le témoignage à un regard épuré de tout commentaire. Ces intermèdes, trop complices, polluent une observation au départ intéressante.
C.Lê.

Borg / McEnroe ***
Wimbledon, 1980. Deux tennismen aux caractères très différents passent les tours pour s’affronter lors d’une finale mythique. Plus profond que le commun des biopics, le film de Janus Metz donne à voir les mécanismes psychologiques d’un champion.
Mi.G.

Derrière les fronts **
Basé sur les écrits de la psychiatre Samah Jabr, ce documentaire rend compte des dommages psychologiques causés par près de soixante-dix ans de conflit sur le peuple palestinien. Un récit à plusieurs voix où se mêlent analyse psychologique et discours militant.
A.Jo.

Docteur Jack ***
Depuis 1979, le médecin anglais Jack Preger œuvre pour fournir aux habitants défavorisés de Calcutta soins médicaux et éducation. Le documentaire est à l’image de son protagoniste : modeste, humble et philanthrope.
V.V.

En attendant les hirondelles ***
Portraits d’Algériens d’aujourd’hui, à travers trois histoires riches en situations variées et mettant en scène des personnages souffrants de blessures liées à leurs frustrations et à leurs lâchetés quotidiennes. Une œuvre maîtrisée et subtile.
M.B.

The Foreigner
Chronique à venir

Jalouse **
Deuxième réalisation des frères Foenkinos après La Délicatesse, Jalouse est un portrait plutôt subtil d’une femme dans une période difficile. Drôle, plaisant et remarquable dans sa façon d’aborder frontalement un sujet tabou : la jalousie mère/fille.
O.M.

Margaret **
Suite à la mort accidentelle d’un fils qu’elle n’a pas connu, Margaret accueille sous son toit un jeune voyou sans domicile. Malgré la qualité de l’interprétation, le film de Rebecca Daly peine à rendre convaincante la relation trouble qui naît entre eux.
J.L.

La Mélodie **
Une classe orchestre d’un collège permet de souder un groupe éclaté. Ne désespérant pas des jeunes collégiens d’aujourd’hui, le réalisateur parvient, malgré les clichés, à mettre en scène la magie de la musique classique. Bruno Coulais n’y est pas pour rien.
M.B.

La Montagne entre nous *
Rescapés du crash de leur avion, un neurochirurgien et une photojournaliste que tout oppose douvent s’entraider pour survivre. Handicapé par un duo sans alchimie, La Montagne entre nous est une tentative ratée de mêler romance et récit de survie.
A.Jo.

Prendre le large **
Ce drame social raconte avec un souci constant de réalisme – jusqu’à flirter avec la sécheresse – l’épuisement physique et psychologique d’une femme décidée à changer de vie. Sandrine Bonnaire ne se ménage pas, mais le scénario manque un peu de souffle.
M.Q.

Les Sentinelles ***
Victimes de l’amiante ou de pesticides Monsanto et Bayer, elles ont créé des associations et porté plainte grâce au chercheur Henri Pézerat, défiant les mensonges des industriels et la pusillanimité des institutions. Un documentaire essentiel et éclairant.
G.To.

Tout nous sépare *
Parce qu’ils doivent rembourser un dealer, Rodolphe et ses amis entraînent dans leurs galères une veuve et sa fille handicapée, amenant celle-ci à commettre un meurtre. Un polar sans temps mort ni réel intérêt, sinon la présence du rappeur Nekfeu.
G.To.

Wallace & Gromit : Cœurs à modeler ***
Deux courts métrages de la série inventée par Nick Park pour Aardman Animations, où Wallace tombe aveuglément amoureux, où Shaun le mouton fait son apparition et où Gromit connaît son premier amour. Un diptyque drôle, inventif et très cohérent.
G.To.

We Blew It **
Jean-Baptiste Thoret signe un document en forme d’hommage à la contre-culture américaine d’une érudition incontestable, mais qui pèche, hélas, par une trop forte volonté de maîtrise, sur un sujet qui, pourtant, est un appel au lâcher-prise.
C.D.