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Les sorties du 22 novembre 2017

Le film de la semaine

 

Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valerie Faris ***

Bille Jean King et Bobby Riggs s’affrontent lors d’un match de tennis pour déterminer la valeur du sport féminin. “Feel good movie”, le nouveau film de Jonathan Dayton et Valerie Faris n’en est pas moins éloquent quant à une bataille dépassant le simple cadre sportif.

Un match opposant un homme et une femme pour prouver que la présence de la seconde est tout aussi légitime que celle du premier sur le terrain, c’est un peu la concrétisation absolue d’une rivalité ici incarnée par deux portes-paroles, l’une devant réfuter les préjugés de l’autre, quoique de la manière la plus pragmatique possible, mais peut-être la plus convaincante aussi : ces enjeux furent au centre de la “bataille des sexes”, le match de tennis qui fit s’affronter, en 1973, Billie Jean King, championne de tennis (Emma Stone) et Bobby Riggs, joueur retraité (formidable Steve Carell) dont le goût prononcé pour le jeu lui insuffla l’idée du pari. Si le match constitue, sans surprise, le bouquet final du film (et en effet, sa fidèle reconstitution révèle sa valeur de spectacle hautement médiatisé), ce qui le précède consiste à exposer, parallèlement, le combat de Billie Jean King – mais aussi sa liaison extra-conjugale avec une coiffeuse – et l’intimité de Bobby Riggs qui, s’il ne lésine pas sur les déclarations machistes en public, est atterré par l’échec de son mariage en privé. Bien que l’on puisse s’interroger sur la pertinence de ces deux arcs narratifs, le nouveau long métrage de J. Dayton et V. Faris (Little Miss Sunhine, 2006) révèle en quoi l’infériorité soi-disant biologique des femmes (selon les personnages masculins du film, elles seraient logiquement moins compétentes en sport puisqu’elles “supportent mal la pression”) est le corollaire d’une inégalité sociale. En adaptant cet épisode, lequel marqua le début du militantisme de Billie Jean King, Battle of the Sexes prouve que, malgré le chemin parcouru au cours de ces quarante dernières années, la balle de match n’a pas encore été tout à fait remportée par les femmes.
V.V.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Argent amer ***
À une centaine de kilomètres de Shanghaï, Wang Bing s’immerge dans l’industrie du textile et le monde des ateliers de confection pour filmer, sinon les coprs au travail, ce qu’il en reste. Soit 156 minutes d’un cinéma comme on n’oserait même pas en rêver.
R.H.

Le Brio **
Film de producteur qu’Yvan Attal tente de s’approprier, Le Brio met en scène la rencontre entre une jeune étudiante de banlieue et un professeur réactionnaire. Il n’en sort pas d’étincelles mais aucune crispation non plus.
Ch.R.

La Educación del Rey ***
Fort du butin d’un cambriolage pour lequel ses complices ont été interpellés, Reynaldo atterrit dans le jardin d’un couple de retraités a priori tranquille… Un polar argentin sec et tendu, en dépit de quelques facilités d’écriture.
I.B.

Ernest et Célestine en hiver ***
Un programme de quatre courts métrages dans lequel on retrouve, cinq ans après le long métrage, Ernest le gros ours musicien et Célestine la petite souris malicieuse, créés par Gabrielle Vincent. Quatre histoires drôles et tendres qui enchanteront petits et grands.

L’Expérience interdite °
Remake d’un film de Joel Schumacher plutôt bien accueilli à l’époque, cette Expérience interdite, au scénario répétitif et dont les acteurs sont sous-employés, ne vaut que pour quelques séquences d’épouvante. Qui ne parviennent pas à sauver l’ensemble.
M.Q.

Ice Mother ***
Sans misérabilisme ni franc militantisme, le long métrage de Bohdan Sláma dresse le portrait d’une mère-courage et offre un rôle d’exception à l’actrice Zuzana Krónerová. Une ode à l’émancipation féminine et à l’hédonisme.
A.D.

La Lune de Jupiter **
Un médecin soigne un migrant et découvre qu’il est capable de léviter dans les airs. Il songe à en tirer profit. Un film étrangement hybride : d’un côté, une performance visuelle régulièrement saisissante, de l’autre, une fable christique lourde et indigeste.
M.D.

Madame *
Un couple d’Américains fortunés tente d’empêcher la relation entre leur gouvernante et l’un de leurs amis, expter en art, qui ignore sa véritable identité. En dépit de son ambition de satire sociale, Madame s’apparente à un vaudeville poussif et caricatural.
A.Jo.

Marvin *
En pleine rédaction d’une pièce, Marvin se remémore son enfance chahutée par l’intolérance de sa famille. Faisant le récit d’un personnage stigmatisé, Anne Fontaine signe curieusement un film stigmatisant sur le milieu prolétaire dont son héros est issu.
V.V.

Mazinger Z **
Un lycéen, armé de son robot géant, le Mazinger Z, s’apprête à contrecarrer les plans d’un mégalomane diabolique. Cette adaptation des mangas de Go Nagai, riche en destructions spectaculaires, séduit par son esprit rétro et son imagerie référentielle.
S.H.

Myrtille et la lettre au Père Noël ***
À l’époque de Noël, une souris rencontre un renard dans la plaine glacée, un biscuit part en vadrouille et une fillette vit mal l’arrivée de son petit frère. Trois contes autour de l’amour de l’autre qui enchanteront les tout-petits et leurs accompagnants.
G.To.

L’Œil du cyclone °
La juste cause défendue dans L’Œil du cyclone (l’absence de suivi des enfants soldats et la corruption politique en Afrique) ne sauvra pas cette première fiction de Sékou Traoré du statut de téléfilm soporifique, dépassé par ses propres sujets.
C.Lê.

Thelma ***
Une jeune étudiante, fraîchement installée à Oslo, souffre de violentes crises d’épilepsie. D’étranges événements se produisent… Joachim Trier s’essaie au cinéma de genre, sans négliger la peinture humaine qui fait la force de son cinéma.
Mi.G.

Western ***
Des ouvriers allemands sont dépêchés sur un chantier en Bulgarie. Le contact avec les locaux est délicat… En empruntant aux codes du western, Valeshka Grisebach tisse une chronique languide et séduisante, tout entière articulée autour de la question du langage.
T.F.