Rechercher du contenu

39e édition du Festival des 3 Continents Nantes du 21 au 28 novembre 2017

S’ouvrant par le film palestinien Wajib, la 39e édition du Festival des 3 Continents se terminera par un o.f.n.i. tenu rigoureusement secret, condition nécessaire pour pouvoir le projeter. Les autres séances spéciales compteront des avant-premières comme Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-soo, Le Rire de Madame Ling de Zhang Tao et le film ayant obtenu en août le Léopard d’Or à Locarno, Mrs. Fang, un documentaire de Wang Bing exceptionnellement court (86 minutes) montrant les dix derniers jours d’une femme atteinte d’Alzheimer.

Cette année, il n’y aura en compétition que huit films retenus sur les 925 examinés. Les sélectionneurs ont choisi les rares films où « les cinéastes n’étouffent pas leur personnages, leur laissant une chance de vivre ». Parmi cette sélection, il y a deux films chinois dont un documentaire, deux films argentins dont Toutblanc (une adaptation de Cicatrices, un roman de Juan Jose Saer) et deux films indiens dont Mukkabaaz/The Brawler (variation sur le thème de Roméo et Juliette, avec un apprenti boxeur d’une caste inférieure et une muette d’une caste supérieure) signé Anurag Kashyap, célèbre pour ses Gangs of Wasseypur. Plus deux films plutôt apatrides, Les Versets de l’oubli, un film tourné dans un cimetière de Valparaiso par un Iranien, et Le lion est mort ce soir, un film du Japonais Nobuhiro Suwa tourné à Paris avec Jean-Pierre Léaud, sorte de parfait contrepoint au Louis XIV mourant d’Albert Serra.

La Véritable Histoire du cinéma argentin

Au rayon des rétrospectives, le festival proposera 23 films argentins de 1932 à 2016. La sélection et surtout la chasse aux copies a été laborieuse, l’Argentine n’ayant pas de structure publique dédiée à la conservation des films. Heureusement Fernando Martín Peña, le Claude-Jean Philippe argentin, a prêté 15 films de sa collection privée, certains étant d’ailleurs l’unique copie connue au monde. Cette rétrospective éclectique promet donc d’être une perle rare.

Découvrir Shin Sang-ok

Le cinéma coréen, lui, est plus intelligemment géré et le Korea Film Archive a soutenu les 3 Continents pour l’autre rétrospective importante, celle du cinéaste coréen Shin Sang-ok, surnommé le Prince du cinéma coréen dans les années 1960 mais à peu près inconnu en France (mis à part aux festivals de La Rochelle en 1994 et de Lyon en 2009). Sa vie est digne d’un roman de John Le Carré. Né en 1926 dans l’extrême nord de la Corée, japonaise à l’époque, puis formé aux Beaux-Arts de Tokyo mais autodidacte en cinéma, il construit le plus grand studio de son pays où il enchaîne avec succès les films les uns après les autres, interprétés par la star Choi Eun-hee, sa femme. Avec les années 1970 viennent les difficultés, dont la censure. En 1978, deux ans après leur divorce, Choi disparaît mystérieusement à Hong Kong. La même année, le dictateur Park ferme le studio de Shin Sang-ok. Celui-ci essaye en vain d’obtenir des visas pour s’exiler puis, alors qu’il enquête sur la disparition de Choi, il est enlevé sur ordre de Kim Jong-il, qui veut alors créer des studios de cinéma dans la Corée du Nord de son père Kim Il-sun.
 

 
S’ensuit des évasions, de la prison et, lors d’une réception en 1983 organisée par le futur “Dirigeant bien-aimé”, il retrouve Choi, elle aussi kidnappée. Kim Jong-il les remarie et produit leurs sept films. Shin et Choi profitent d’un voyage en 1989 au festival de Berlin pour demander l’asile politique à l’ambassade des États-Unis à Vienne. S’ensuit une nouvelle vie. Il réalise à Hollywood plusieurs 3 Ninjas signés Simon Sheen et termine sa vie à Séoul en 2006.

Pionnier du cinéma, cet artiste populaire a su exprimer les contradictions culturelles de son pays. À Nantes (puis du 24 novembre au 17 décembre au musée Guimet à Paris), seront présentés 14 films de la période 1958-1968 (qui en compte 40), les films nord-coréens étant absents pour des raisons diplomatiques. On pourra ainsi découvrir L’Arche de la chasteté, Samyong le muet, Une fleur en enfer, Madam White Snake

L’exil et le fantastique

À signaler également huit films pour penser l’exil, c’est-à-dire devenir étranger(s), une sélection (réalisée avec des chercheurs du CNRS) faisant par exemple dialoguer America America d’Elia Kazan avec Des spectres hantent l’Europe réalisé en 2016 par deux cinéastes grecques, voire avec Dialogues d’exilés de Raul Ruiz.

Enfin, une sélection de huit films questionnera les rapports naturels entre le cinéma et le fantastique – dans un sens large : le surnaturel, l’étrangeté, le merveilleux –, une occasion de revoir Aujourd’hui d’Alain Gomis, Shara de Naomi Kawase ou The Host de Bong Joon-ho…

Le programme complet et la grille horaire des séances seront disponibles à partir du 9 novembre sur le site http://www.3continents.com/fr/