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On la croyait immortelle… Danielle Darrieux (Bordeaux 1er mai 1917 - Bois-le-Roi 17 octobre 2017).

Victor Lanoux le 4 mai, Claude Rich le 20 juillet, puis Jeanne Moreau, Mireille Darc, Gisèle Casadesus, Jean Rochefort et, le 17 octobre, Danielle Darrieux, pour ne citer que les plus célèbres : ces six derniers mois furent une véritable hécatombe parmi les comédiens du cinéma français. Bien sûr, G. Casadesus et D. Darrieux étaient centenaires. Et alors ? Pour chacun(e) on aurait pu élargir le propos de la tonique pétition lancée sur internet après la disparition de J. Rochefort -que je me suis, bien sûr, empressé de signer- demandant à Dieu de revenir sur sa malencontreuse décision. Danielle Darrieux avait fêté ses 100 ans le 1er mai dernier.
78 ans de carrière au cinéma et quelque 150 films ! En vedette dès le tout premier en 1931, Le Bal, charmante comédie mélancolique de Wilhelm Thiele (l’auteur de l’immortel Chemin du Paradis) : elle n’avait pas encore 14 ans. Dans le même film débutait également son aînée de six ans, la grande Paulette Dubost, qui elle aussi mourut centenaire en 2010 et eut une carrière aussi exceptionnellement longue. Toutes deux se retrouvèrent à plusieurs reprises à l’écran : en 1945 dans Au petit bonheur, la dernière réussite de M. L’Herbier, et, en 1990, réunies par M-C. Treilhou, qui leur adjoignit Micheline Presle dans son excellent Le Jour des rois. Il y a peu, Michel Legrand rappelait que Danièle Darrieux était la seule des comédiennes des Demoiselles de Rochefort (J. Demy, 1966) qui savait chanter et conserva sa voix dans les chansons du film. Elle chanta à l’écran dès Le Bal : telle était la coutume dans les comédies du début du parlant et au cours des années 1940, l’héroïne ou le héros chantait au moins une chanson, qui n’avait parfois aucun lien net avec l’intrigue. Très vite, Darrieux chanteuse devint aussi populaire que Darrieux actrice. Sa voix de divette, haut perchée et mélodieuse, sa manière de chanter sans chichis, collait bien avec son personnage de jeune femme charmante, espiègle et délurée, loin des vamps ou des vénéneuses qui emplissaient alors les écrans. En tête du “hit parade” de ses tubes au cinéma, Mauvaise graine de B. Wilder (mais oui !, 1934), et bien sûr Battement de cœur (1939) ou Premier rendez-vous (1941) de celui qui fut son mentor et un temps son mari, Henri Decoin. Et en 2001 encore, dans Huit femmes F. Ozon lui fit chanter Il n’y a pas d’amour heureux d’Aragon et Brassens.
Après les années de l’Occupation où elle faillit bien laisser moult plumes (elle s’est plutôt bien sortie de son compromettant voyage officiel de 1942 à Berlin, destiné à sauver, a-t-elle plaidé, son nouveau mari, le diplomate-aventurier dominicain Rubirosa), celle qui avait été surnommée “La Fiancée de Paris” (elle avait d’ailleurs tourné en 1938, aux États-Unis, La Coqueluche de Paris dirigée par H. Koster), mit son immense talent au service de rôles plus denses et complexes : vint alors le temps des chefs-d’œuvre, signés Ophüls (La Ronde, Le Plaisir, Madame De, son rôle préféré déclara-t-elle…), Decoin encore (La Vérité sur Bébé Donge), Mankiewicz (L’Affaire Cicéron), Autant-Lara (Le Rouge et le Noir), Guitry (Napoléon), Duvivier (Pot Bouille, Marie-Octobre). Sa carrière marqua quelque peu le pas dans les années 1960, nonobstant Les Demoiselles de Rochefort (J. Demy la retrouvera en 1982 pour Une chambre en ville), Landru (1962, Chabrol fut le seul réalisateur de la soi-disant “nouvelle vague” à la solliciter) ou Le Cavaleur (P. de Broca, avec J. Rochefort, 1978). Elle retrouva alors la scène, triomphant souvent dans ce qu’on appella des pièces de “boulevard de qualité” signées Sagan, Coward, Achard ou Barillet et Grédy. Et ensuite, vieillissant tranquillement avec ses rôles, toujours remarquable de classe et de beauté, elle renoua avec les studios et le succès dirigée par P. Vecchiali, A. Téchiné, B. Jacquot, C. Sautet, J. Labrune, A. Fontaine, P. Thomas…
Elle avait décidé en 2009 de mettre un terme à sa fabuleuse carrière. France 3 eut la bonne idée de diffuser en hommage, dès le 19 octobre, son ultime film, Pièce montée (2009), belle réussite d’un Denys Granier-Deferre inspiré, qui lui avait concocté pour ses 92 ans, auprès de J-P. Marielle, un rôle superbe où elle fut, une fois encore, magnifique.