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Mindhunter a-t-elle le bon profil ? Série américaine - Saison 1 - Diffusion Netflix

Si vous avez manqué le début…

À la fin des années soixante-dix, deux agents du FBI, Holden Ford et Bill Tench, se mettent en tête d’étudier les tueurs en série pour tenter de prévenir leurs crimes. Ils sillonnent l’Amérique pour interviewer ces criminels dans leur prison et avec l’aide d’une médecin psychiatre, commencent à mettre au point un questionnaire et une méthodologie d’analyse.

Adapté par Joe Penhall du livre du véritable agent John Douglas (1), ce thriller psychologique est produit par David Fincher, qui réalise une petite moitié des épisodes. Pas étonnant de retrouver ici le réalisateur de Seven (1995) et Zodiac (2007), deux longs métrages mettant en scène des tueurs en série. Mais cette fois, il s’agit de revenir aux origines, de raconter l’histoire vraie de ces premiers « profileurs » qui inventèrent le métier comme le terme même de serial killers.

 

En tête-à-tête avec le crime

Dans les pas des agents de Mindhunter, il s’agit de pénétrer l’esprit de « fous » qui commettent des crimes « hors normes », de tâcher de comprendre leur psyché en dépassant l’aversion. Débarrassée de l’habituel suspens de l’enquête chronologique, la série proposait ainsi un enjeu dramatique passionnant… qui peine pourtant à nous passionner. Car la patte Fincher est certes très classe, lumière froide, cadrages au cordeau, économie de mouvement, mais désormais aussi familière qu’attendue. Surtout, cette raideur nous tient sérieusement à distance, et même s’il en faut pour traiter le sujet, c’est un peu trop pour qu’on se sente concerné.

 

D’autant qu’au premier abord, les agents Ford et Tench sont aussi d’une grande froideur. L’impassibilité supposée de leur rôle d’interviewer ne suffit pas à expliquer le manque d’empathie que l’on éprouve pour eux, ni l’absence de frissons qui auraient dû nous parcourir devant les récits des criminels. Dans les deux cas, les dialogues pèchent. S’ils évitent de donner dans la psychologie de bazar, on s’attendait à des analyses plus fouillées, des assertions et des hypothèses qui nous auraient davantage bousculés et interrogés.
Plus globalement, le discours sous-jacent n’est pas non plus renversant : les serial killers questionnent la société, sa violence, ses repères et ses normes… Rien de bien neuf.

 

 

C’est davantage dans les rapports vie professionnelle / vie privée des deux héros que la série prend de l’ampleur. La petite amie de Ford, étudiante en psychologie, la femme délaissée de Tench et leur enfant adoptif sont autant de personnages qui livrent enfin une salutaire mise en perspective.
Comment Ford et Tench évoluent au fil de leurs travaux, comment leur métier vient contaminer leur vie privée : c’est finalement le thème le mieux traité, qui apporte le sens et l’humanité qui font défaut par ailleurs. C’est aussi l’occasion d’introduire un brin d’humour, d’oser clore un épisode sur Psycho Killer de Talking Heads, autant de marques d’originalité qu’on aurait aimé voir plus nombreuses.
À force de prendre son temps, Fincher nous donne l’impression de nous faire seulement patienter jusqu’à la saison 2 (annoncée avant même la diffusion de la première). Des indices posent clairement les jalons pour la suite, notamment certains pré-génériques qui invitent en clin d’œil le spectateur au profilage. Mais pour le moment, Mindhunter nous laisse cruellement sur notre faim.

 


(1) : Mindhunter, dans la tête d’un profileur de John Douglas avec Mark Olshaker, ressorti chez Michel Lafon à l’occasion de la diffusion de la série.


Mindhunter (2017), série américaine créée par Joe Penhall.

Avec : Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv, Cotter Smith, Hannah Gross…

10 x 50 minutes, sur Netflix depuis le 13 octobre

Bande-annonce :