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Les sorties du 25 octobre 2017

Le film de la semaine

 

Logan Lucky de Steven Soderbergh ***

Deux frangins en déveine entreprennent de dérober la recette d’une course de stock-cars. Ocean’s Eleven prolo à la conduite irréprochable, @Logan Lucky se fait aussi la chronique sensible de l’Amérique de Trump. Retour gagnant pour Soderbergh.

Des “dix règles pour faire un braquage” qu’a soigneusement consignées Jimmy Logan (Channing Tatum), la septième est sans aucun doute la plus précieuse : “Shit happens” (en gros : “Ça peut foirer”). Une fois au fait de cette donnée essentielle, qu’il ne manque pas de partager avec la fine équipe réunie en vue de dérober la recette d’une course de stock-cars (Adam Driver et Daniel Craig en premier lieu, épaules solides, torse mastoc : une certaine idée de la masculinité), Jimmy entend déjouer la poisse qui, de notoriété publique, frappe sa fratrie. Au fil de cet Ocean’s Eleven prolo, Soderbergh témoigne comme toujours d’une conduite irréprochable : mise en scène au découpage serein, direction d’acteurs irréprochable et punchlines à l’avenant. Mais il y a, comme souvent chez l’auteur, quelque chose d’autre : le regard porté sur des personnages qui, chez d’autres, se verraient réduits à une bande de ploucs, amateurs de rallyes de tondeuses à gazon et friands d’excursions au “mall” du coin, ne se départ jamais, ici, d’une réelle tendresse. Et, lorsqu’une fillette concourant à l’élection de miss locale, outrageusement maquillée et censée interpréter Umbrella de Rihanna, aperçoit son père dans la salle et entonne, a capella, les paroles du Take Me Home, Country Roads de John Denver, ode à la Virginie-Occidentale – paroles bientôt reprises par l’assistance entière -, l’émotion surgit à l’improviste. Alors, en une toute petite scène, qui ouvre le film en deux et en révèle le cœur secret (un ancien mineur au chômage, un vétéran amputé d’un bras en Irak… : c’est un peu de l’Amérique de Trump, paupérisée et déboussolée, que chronique ici l’auteur), on se rappelle à quel point Soderbergh nous avait manqués.
T.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Au-revoir là haut ***
1918 : la guerre se termine quand Édouard a la moitié du visage arraché par une bombe. Rétabli et masqué, il monte une arnaque avec un ami. Dupontel adapte avec élégance et inventivité le roman de Pierre Lemaître et signe un film enlevé, efficace et touchant.
G.R.

Brooklyn Yiddish ***
Veuf dans le quartier juif hassidique de Brooklyn, Menashé veut élever son fils. Mais la tradition l’interdit aux individus vivant seuls. Disposant d’une semaine, il va tenter de prouver qu’il peut être un bon père. Tendre et éclairant.
G.To.

Corps et âme ***
Embauchée comme responsable du contrôle de qualité dans un abattoir, Maria rencontre le directeur des lieux. Il est handicapé d’un bras, elle est glaciale. Un incident leur fait découvrir qu’ils vivent chaque nuit le même rêve. Un conte moderne pénétrant.
G.To.
Retrouvez ici l’entretien avec la réalisatrice, Ildiko Enyedi.

Des bobines et des hommes **
Charlotte Pouch a reccueilli les témoignages d’une usine textile en redressement judiciaire. Ce portrait d’un monde ouvrier qui se délite sous l’emprise de patrons ineptes est un documentaire très classique, édifiant et instructif.
M.Q.

Épouse-moi mon pote
Chronique à venir

Leçon de classes ***
Bratislava, 1983. La directrice d’un établissement scolaire réunit les parents d’élèves pour juger des comportements corrompus et corrupteurs de Maria, enseignante et membre du Parti. Un constat qui, pour être juste, manque de nouveauté.
G.To.

Mémoires d’un condamné ***
À partir de la machination judiciaire qui, en 1910 au Havre, envoya en prison puis fit sombrer dans la folie le syndicaliste Jules Durand, pour un meurtre qu’il n’avait pas commis, un documentaire interrogeant la mémoire avec puissance et opportunité.
G.To.

Opération casse-noisette 2
Chronique à venir

Pour le réconfort ***
À travers une histoire de lutte de classes sur fond d’héritage d’un château, Vincent Macaigne signe une œuvre en forme de cri rageur, à l’émotion indéniable, portée par des acteurs exceptionnels. Un film marginal et réjouissant par sa liberté de ton.
C.D.

Sans adieu **
Très loin des images lisses de la télévision, le photographe Christophe Agou a filmé les paysans exclus, les vieux, les oubliés du Forez. À la fois trash et empathique, car, derrière le misérabilisme, se cache une humanité pour qui veut bien la voir. Sidérant.
M.B.

Thor : Ragnarok
Alors que la dangereuse Hela s’apprête à ravager la cité d’Asgard, Thor recrute de nouveaux alliés pour remporter la guerre. Armé d’une esthétique délicieusement kitsch, le troisième volet consacré au dieu du Tonnerre amuse par sa légèreté autant qu’il déçoit dans sa fonction de spectacle super-héroïque.
S.H.

 


 

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