Rechercher du contenu

Jack et l’araignée géante Sortie Blu-ray/DVD de "Tarantula" de Jack Arnold

Tarantula a été réalisé en 1955, à une époque où Jack Arnold sortait en moyenne deux films par an pour le compte de la compagnie Universal. Auparavant, Arnold avait notamment connu le succès avec L’Étrange Créature du lac noir (et sa suite La Revanche de la créature). Quelques mois plus tard, en 1957, il allait marquer à nouveau les esprits avec L’Homme qui rétrécit (qu’Elephant Films édite également ces jours-ci). Même si son titre est relativement connu, Tarantula n’a jamais vraiment eu la réputation de ces deux-là, souvent adorés jusqu’au culte, l’un pour sa poésie naïve et aquatique, l’autre pour sa portée philosophique. Il partage avec eux un modèle économique (la série B), un genre (le fantastique) et un ressort (la peur), mais il s’en démarque sur bien des points.

Tarantula est un film ramassé, sec comme le désert qui lui sert de décor, sans fioriture comme le physique carré de sa vedette masculine John Agar. « Documentaire » serait un grand mot pour qualifier ce divertissement horrifique des années 1950 mais, au-delà de quelques transparences hasardeuses et facilités d’écriture, le soin apporté à l’affaire saute au yeux comme le travail effectué pour rendre crédibles des situations incroyables.

L’histoire est celle d’un scientifique expérimentant loin des regards, dans un but louable au demeurant (régler à terme les problèmes de nutrition et de croissance) mais à l’aide de méthodes dangereuses se retournant finalement contre lui et la population. Ses recherches provoquent la folie et la mort de ses assistants, puis la libération dans la nature d’une tarentule géante semant terreur et destruction. Les habits de héros sont endossés par le médecin du coin, bientôt séduit par la nouvelle assistante du professeur trop ambitieux. La base est, on le voit, très classique, tout comme l’est le déroulement de l’intrigue, de l’inévitable arrivée de l’élément féminin au crescendo des attaques de la bête. Or, Jack Arnold parvient à maintenir l’intérêt de son film et à étonner régulièrement.

Le ton est donné dès les premières images, dans une séquence de pré-générique saisissante, silencieuse et franche : un homme au visage et au corps monstreux surgit de nulle part et meurt sous nos yeux en plein désert. Cette franchise se retrouve dans le rapport, rapidement amoureux, qui ne manque pas de se nouer entre le Dr Hastings et l’assistante Stephanie. A ces deux-là, on ne la fait pas. Cela nous évite la mièvrerie et le jeu conventionnel des faux-semblants et des fausses pudeurs. John Agar et Mara Corday interprètent chacun leur rôle avec assurance. Dans celui du Professeur Deemer, on retrouve un acteur des plus compétents, l’hitchcockien Leo G. Carroll (qui jouera en 1959 à nouveau un professeur dans La Mort aux trousses). Très crédible, il campe un personnage secret et débordé par les résultats de ses recherches.

Jack Arnold nous épargne les trop longs discours scientifiques et leur jargon, intègre habilement l’attendu exposé sur les comportements des araignées et évite de trop appuyer du côté d’une morale renvoyant aux périls de l’époque. De plus, il ne se limite pas à bien préparer ses grandes scènes spectaculaires. L’épouvante est ici présente entre les murs, avec les déformations physiques des scientifiques, autant que dehors, avec la tarentule gigantesque, l’alternance entre intérieurs et extérieurs fonctionnant remarquablement (l’intrigue étant située dans une petite ville américaine, les décors naturels ont toute leur importance). Nous passons également du jour à la nuit, alternativement, en voyant le cinéaste tirer le meilleur parti des scènes nocturnes.

S’en donnant à cœur joie dans l’inversion des proportions (et se préparant ainsi à la réalisation de L’Homme qui rétrécit, qui reste probablement son meilleur film), celui-ci offre pour un temps aux araignées tuées sous les pieds des hommes, leur revanche. Il faut dire aussi que l’animal est l’un des plus photogéniques et, par la noirceur de son corps et la relative lenteur de ses mouvements, sans doute l’un des plus faciles à incruster dans un plan cinématographique. Fondant les images de sa tarentule et celles de ses décors réels pour obtenir les effets les plus réalistes possibles, Arnold crée des séquences de terreur particulièrement efficaces.

Sérieux sans être pesant, dialoguant à distance avec King Kong (il ne manque pas l’instant voyeuriste de la bête observant la belle) et renouant avec la vieille tradition du savant fou, Tarantula est bien l’un des fleurons du genre. En bonus, Jean-Pierre Dionnet exprime son admiration et signale pertinemment deux présences pouvant passer totalement inaperçues : celle, sur l’écran, du jeune Clint Eastwood le temps d’une furtive apparition en pilote de chasse et celle, derrière le pupitre, de Henry Mancini, qui faisait ses gammes dans cette nouvelle série de « Universal Monsters ».

 

Tarantula
de Jack Arnold

Avec John Agar, Mara Corday, Leo G. Carroll, Nestor Paiva, Ross Elliott.

États-Unis, 1955.
Durée : 80 min.
Sortie cinéma (France) : 12 octobre 1956.
Sortie France du DVD : 11 octobre 2017.
Format : 1:33 – Noir et blanc – Son et images restaurés.
Langue : anglais – Sous-titres : français.
Combo Blu-ray + DVD.
Boîtier : Keep Case.
Éditeur : Elephant Films.

Bonus :
Présentation du film et de Jack Arnold par Jean-Pierre Dionnet
Bandes-annonces
Galerie photos
Livret collector rédigé par Matthieu Rostac, journaliste de « SoFilm » (48 pages)