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Cinemed 2017 : « Normal ! » de Merzak Allouache Rétrospective Merzak Allouache

Il est des cinéastes infatigables qui continuent contre les vents et les marées de la réalité politique de leur pays à maintenir le cap d’un lien étroit avec l’état d’esprit de la société contemporaine. Merzak Allouache fait partie de ceux-ci : depuis son premier long métrage Omar Gatlato en 1977, il ne cesse de témoigner de la société algérienne, en utilisant la mise en scène la plus appropriée pour en rendre compte. Normal ! s’inscrit pleinement dans cette urgence du cinéaste de saisir sa caméra pour concentrer ses propres interrogations artistiques autour de son propre engagement politique et toujours mettre en avant cette jeunesse qui représente actuellement la majeure partie de la population algérienne mais qui reste méprisée par une élite vieillissante qui a kidnappé les rênes politiques sans la moindre éventualité de partage depuis plusieurs décennies. Bien que les doutes de Fouzi, le jeune réalisateur, soit directement ceux de Merzak Allouache qui avait filmé le Festival Panafricain à Alger dans le but d’en faire un documentaire, c’est bien la jeunesse qui est au cœur du film, plus précisément la jeunesse algéroise perdue face au Printemps arabe qu’elle n’a pas réussi à générer à la suite de ses voisins tunisiens et égyptiens. Les causes de ce non rendez-vous avec l’Histoire, Normal ! se propose de les entrevoir avec notamment un passé traumatique : l’Algérie a été en quelque sorte précurseur à cet égard avec son Printemps arabe qui avait eu lieu en 1988. Les années sanglantes qui ont suivi, laissant encore de lourdes traces dans la société d’aujourd’hui.
Du désir d’un documentaire, Merzak Allouache avec Normal ! aboutit à une fiction qui entremêle les couches et sous-couches de la fiction où le fatalisme ambiant inonde et noie tout imaginaire. Ce fatalisme se cristallise dans l’expression « normal ! » qui coupe court à toute discussion sous la forme d’un renoncement total à l’engagement dans un projet social, qu’il soit politique ou artistique, le second ne se dissociant pas du premier. Le cinéaste met à nu avec une grande sincérité ses propres doutes en allant questionner l’utilité de la fiction auprès d’une société qui souffre d’absence de projection vers l’avenir tout autant qu’un imaginaire systématiquement brimé. Il n’est pas anodin que le nombre de salles de cinéma en Algérie se réduise comme une peau de chagrin, remettant encore davantage en cause la finalité de la réalisation d’un film. Malgré tout et avec une économie de moyens techniques, Merzak Allouache avec ce film tient à encourager la nouvelle génération de cinéastes, prenant compte de ses difficultés tout en l’incitant à les dépasser. Le film est ainsi pour le cinéaste un acte politique pleinement assumé comme tel. Depuis, il a réalisé en 2013 Les Terrasses qui constitue avec Normal ! un dyptique sur la jeunesse algérienne (même si Les Terrasses fait place également aux autres générations) actuel comme un grand cri d’urgence afin d’aller au-delà du fatalisme. D’un film à l’autre, Merzak Allouache puise dans un large éventail de mise en scène, où la fiction ne cesse de se réinventer au fil de son propre questionnement. Ainsi, les films du cinéaste sont des cris de colère lancés à l’encontre du fatalisme, de la vétusté asphyxiante de la politique algérienne qui laisse à l’abandon aussi bien son patrimoine culturel, ses glorieuses promesses des premières années de l’Indépendance, que la jeunesse de chaque époque, de la décennie d’Omar Gatlato à Normal !

 

Normal !
de Merzak Allouache
Avec : Adila Bendimerad (Amina), Nouha Mathlouti (Lamia), Nadjib Oulebsir (Fouzi), Nabil Asli (Nabil), Mina Lachter (Mina), Samir El Hakim (Samir), Ahmed Benaissa (l’acteur)
Algérie – 2011.
Durée : 106 min