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Cinemed 2017 : « Les Terrasses » de Merzak Allouache Rétrospective Merzak Allouache

En écho à la programmation « La jeune garde du cinéma algérien », la 39e édition du festival Cinemed propose également un focus consacré à Merzak Allouache à travers la diffusion de quinze de ses films, autrement dit la quasi totalité de ses longs métrages de fiction.

 

Sur les terrasses d’Alger, au rythme des cinq appels à la prière d’une journée, des drames se jouent à ciel ouvert, reflets de la société dans son ensemble.

Merzak Allouache est une forte personnalité du cinéma algérien qui traverse les décennies de l’histoire politique du pays, entre chaos, horreur et calme inquiétant, depuis son premier long métrage Omar Gatlato (1976). Avec Les Terrasses, il retrouve une nouvelle fois un cinéma personnel produit à partir d’une grande économie de moyens en raison du financement limité et des contraintes de l’accès aux lieux de tournage en Algérie. Toutes les difficultés de faire un film dans l’Algérie contemporaine post Printemps arabe, il en était question dans son film Normal ! (2011). Il reprend ici quelques-uns de ses acteurs complices pour poursuivre cette radiographie d’une vie sociale gangrenée par un gouvernement qui n’a plus depuis longtemps pour horizon politique la société elle-même. Pour en rendre compte, Merzak Allouache a eu la géniale idée d’éclater son récit sur diverses terrasses de cinq quartiers de la capitale : Bab-el-Oued, La Casbah, Notre-Dame d’Afrique, Telemly, Belcourt. Il a choisi en outre la structure du théâtre classique en confinant ses personnages dans un espace délimité (les cinq terrasses), une journée et quelques moteurs d’action. Ce récit éclaté permet d’entrevoir en mosaïques la société dans sa diversité à travers tous ces drames intimes, profondément enfouis, l’histoire individuelle se liant souvent étroitement avec l’histoire du pays de ces cinquante dernières années. Car Merzak Allouache ose dresser sans fard le résultat chaotique des promesses qui se sont peu à peu évanouies de la politique sociale de l’Algérie nouvellement indépendante dans les années 1960. Il est ainsi question d’un vieil homme enfermé dans une cabane minuscule comme une bête furieuse traumatisée par les années de guerre, d’une femme qui a été violée durant la décennie noire des années 1990, de biens mal acquis au prix du sang versé, de réunions masculines appelant au Djihad, etc. Le pouls que prend Merzak Allouache de la société algérienne est d’autant plus alarmant qu’il condense avec une violence exacerbée (plusieurs morts subites s’accumulent durant cette journée tragique) tous les maux de celle-ci. On est bien loin des comédies algériennes récentes, qu’il s’agisse de Good Luck Algeria de Farid Bentoumi, La Vache de Mohamed Hamidi, Timgad de Fabrice Benchaouche tous emprunts de feel good movie tout en parlant au plus près du monde actuel. Merzak Allouache connaît bien lui aussi l’univers de la comédie puisqu’il a été le réalisateur de Chouchou (2003), l’un de ses plus grand succès en salles en nombre de spectateurs. Mais plutôt que de fédérer un public autour d’une vision déconnectée de la difficulté actuelle à vivre et à se projeter aujourd’hui pour tout citoyen algérien consciencieux, Merzak Allouache a lancé de manière toute décomplexée son propre cri de rage, afin que les murs divers de l’intolérance, de la cupidité, de la corruption, du machisme et de tous les affronts quotidiens lancés aux principes élémentaires des droits de l’Homme, s’effondrent pour offrir un horizon dans lequel la jeunesse puisse se projeter.

 

Les Terrasses
Es-Stouh
de Merzak Allouache
Avec : Adila Bendimerad (Assia, la chanteuse), Nassima Belmihoub (Selouma), Ahcène Benzerari (Cheikh Lamine), Aïssa Chouhat (Halim), Mourad Khen (Hamoud), Myriam Ait el Hadj (Layla), Akhram Djeghim (Hakim), Amal Kateb (Aïcha)
France, Algérie – 2013.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 6 mai 2015
Sortie France du DVD : 20 septembre 2016