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Mother ! : angoisses, symboles et furie Mother ! de Darren Aronofsky

Le quotidien d’un écrivain reclus et de sa femme est bouleversé par l’arrivée d’un couple étrange. Nouvelle proposition radicale d’Aronofsky, Mother ! est un leurre brillant et parfaitement orchestré, où s’incarnent et s’imbriquent angoisses, symboles et furie.

 

Cinq jours. C’est, selon ses propres dires, le temps qu’il aura fallu à Darren Aronofsky pour écrire le scénario de Mother ! : cinq jours qui, deux ans plus tard dont un de tournage, se sont matérialisés en 2h d’un film inclassable, dense, hautement déstabilisant, qui fausse toutes les attentes et crée de toutes pièces son propre genre, au-delà du thriller horrifique. Métaphore d’un monde en bout de course autant que mise en image du déclin d’un couple à bout de souffle, Mother ! est aussi une réflexion puissante sur la création et ses dynamiques. Dans cet imbroglio de pistes narratives, les angoisses profondes de son réalisateur s’entremêlent aux rites tribaux et croyances païennes, auxquels s’ajoute une forte symbolique religieuse. Aronofsky, en véritable Créateur, construit son mythe patiemment, installe dans la première partie du film une tension qui monte crescendo, avant de basculer brusquement dans le chaos. Sa Genèse est une succession de scènes intimes de la vie d’un couple, son Apocalypse une explosion visuelle hystérique des pulsions humaines les plus sombres. Huis clos suffocant, Mother ! se renferme sur le couple formé par Jennifer Lawrence, à la fois muse et mère, et Javier Bardem, inquiétant, qui n’a qu’une obsession, “faire rentrer la vie” dans son foyer, quitte à le détruire. Les deux évoluent selon une chorégraphie visuelle extrêmement maîtrisée, où la caméra flottante suit les déplacements de Mother dans un parcours labyrinthique qui la mène jusqu’à la folie. Évoquant Rosemary’s Baby de Polanski ou Antichrist de Lars von Trier, Mother ! s’achève finalement sur une vision de cauchemar qui fait appel à nos peurs viscérales.