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Les sorties du 13 septembre 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

 

Good Time de Josh & Benny Safdie ***
Connie entreprent de faire évader son frère, incarcéré par sa faute… Film noir dont le récit s’en tient, pour l’essentiel, à une nuit, Good Time compose une épatante épopée de la lose, au son de la splendide BO d’Oneohtrix Point Never.

Passons sur les antiennes du film noir revisitées (frangins embringués dans un braquage désastreux, bras cassés en descente d’acide ou foirant leur conditionnelle, chacun rivalisant de déveine chronique et de mauvaises décisions), plutôt brillamment au demeurant, et penchons- nous plutôt sur deux pistes parmi les plus belles que permet de dégager le Good Time des frères Safdie (The Pleasure of Being Robbed, Mad Love in New York…). La première concerne la bande-son, signée Oneohtrix Point Never, maître new-yorkais de l’hantologie, et qui semble ici cousue à même l’image. Boucles d’arpèges opérant en sourdine puis à plein volume – comme en proie à de brusques accès de fièvre -, lourds aplats de notes et beats concassés, variations de tonalité évoquant une bande magnétique usée par des centaines d’écoutes : la musique de Daniel Lopatin figure, plutôt qu’un marqueur vintage – comme pouvait l’être celle de Cliff Martinez sur le Drive de Winding Refn -, une pop eighties remémorée par un esprit perturbé, un reflux d’émissions sonores captées par intermittences. Cette musique a, des années durant, circulé sur des canaux cryptés, elle nous est aujourd’hui révélée dans toute sa beauté spectrale et cabossée, elle fait corps avec le film. La deuxième, c’est la façon dont Good Time, faisant fi de toute mise en place, prend pour unité fondamentale le gros plan. Tout ce par quoi tient le film, l’essentiel de ce qu’il met en tension, procède alors de son traitement des visages, chacun, tuméfié, ensanglanté, ceint de bandages… n’ayant de cesse de tendre vers le masque. À la jonction de ces deux lignes, un récit halluciné, composant, en quelques traits vifs, le tableau d’un New York nocturne et délabré.
T.F.

 

 

LES AUTRES FILMS DE LA SEMAINE

Barry Seal ***
Grandeur et décadence d’un informateur de la CIA devenu passeur de drogue. Une histoire en forme d’écrin pour Tom Cruise, dont Doug Liman canalise l’énergie, pour la mettre au service d’une tragicomédie cocasse, amorale et survitaminée.
Mi.G.

Colombiennes **
Cinq courts métrages très réussis, racontant la condition féminine dans un pays où les garçons peuvent rêver de devenir footballeurs tandis que les femmes doivent, parfois dès le plus jeune âge, subvenir aux besoins de leur famille. Édifiant.
M.Q.

Les Grands esprits ***
En racontant le quotidien d’un prof de collège, Les Grands esprits flirte avec le docu-fiction et propose une réflexion intéressante sur la pédagogie auprès des élèves difficiles. L’interprétation de Denis Podalydès tire l’ensemble vers le haut.
M.Q.

Home ***
Sortant de prison, Kevin, 17 ans, est confié à sa tante Sonja. Il se lie d’amitié avec son cousin Sammy et ses camarades de classe, parmi lesquels Lina et John, victime d’une mère incestueuse. Une approche de l’adolescence crue, sincère et empathique.
G.To.

Laurent et Safi **
Malienne, Safi(atou) rencontre Laurent, fils de bonne famille. C’est le coup de foudre. Mais les pesanteurs mentales de leurs milieux respectifs s’immiscent dans leur liaison. Sous son apparente naïveté, une comédie politique bienvenue.
G.To.

Mary *
Un homme bataille pour conserver la garde de sa nièce surdouée en mathématiques. Voilà l’un de ces films qui usent à la louche des ficelles stéréotypées d’un cinéma tire-larmes. Reste le charisme de Chris Evans.
A.J.

Mother ! ***
Nouvelle proposition radicale de Darren Aronofsky, Mother ! est un leurre brillant et parfaitement orchestré, où s’incarnent et s’imbriquent angoisses, symboliques et furie.
A.Jo.

Nos années folles **
Première Guerre mondiale. Paul déserte et, pour le cacher, sa femme le travestit en femme. Il devient Suzanne. Amnistié, va-t-il réussit à “quitter” Suzanne ? Un Téchiné intense, dont le classicisme peut décevoir ceux qui attendent plus de folie.
P.F.

The Party ***
Janet veut fêter sa nomiation comme Ministre de la santé avec son mari et ses plus proches amis. Mais les faux semblants et les frustrations de chacun vont faire déraper la réunion en règlements de comptes. D’une cruauté et d’une drôlerie revigorantes.
G.To.

Polichinelle et les contes merveilleux ***
Quatre courts métrages pour initier les tout-petits au monde des contes autour de thèmes universels et intemporels. Un univers à la fausse naïveté, qui permettra aux enfants de redécouvrir une époque où l’inventivité était totale.
G.To.

Le Redoutable ***
Évocation de la période où, dans la foulée de mai 68, JLG sacrifia sur l’autel de la révolution le Godard icône pop et star Nouvelle vague qu’il avait lui-même créé. Un biopic assez aigre sur le fond, mais également un cartoon plutôt astucieux et bien mené.
N.M.