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Les sorties du 16 août 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

 

Une femme douce de Sergei Loznitsa ***
En Russie, une femme voit le colis qu’elle avait envoyé à son mari, incarcéré, lui être retourné. Elle se lance dans un grand périple pour comprendre… Sergei Loznitsa dresse le portrait sombre et désespéré d’une Russie en déliquescence.

La femme douce, l’héroïne anonyme du nouveau film de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, est aussi impassible et mutique que ceux qui l’entourent sont brutaux et bavards. Quittant sa datcha pour rejoindre la ville où est incarcéré son mari, elle traverse une Russie hystérique et malveillante. Qu’il s’agisse des passagers d’un bus ou d’un train, des employés de l’administration, des autres visiteurs de la prison ou des notables du coin : tout le monde autour d’elle conspire pour la réduire au silence, alors même qu’elle ne parle presque pas – ce qui est déjà trop, comme si sa modeste volonté d’indépendance faisait entendre une voix discordante que plus personne n’est capable d’entendre. Regardant le pays à travers les yeux mi résignés mi apeurés de l’actrice Vasilina Makovtseva, le réalisateur de My Joy et Dans la brume dresse ainsi le portrait d’une nation malade de son administration et rongée par une misère tant économique que morale. En longs plans patiemment construits où se mêlent le souffle du romanesque, le goût du grotesque et le sens du folklore (qui n’évite pas les clichés sur l’âme slave), Sergei Loznitsa convoque d’abord Dostoïeveski (dont il adapte ici la nouvelle La Douce) pour mieux, dans le dernier tiers du film, basculer dans une rêverie à la Fellini (un banquet/tribunal où l’héroïne est jugée par tous ceux qu’elle a croisés). Pour explicite – ou même redondante – qu’elle soit, cette dernière partie n’en reste pas moins une proposition de cinéma percutante. Littéralement, le film sombre dans le cauchemar – dont l’horreur est d’autant plus glaçante qu’elle est comme soutenue par la torpeur ordinaire de la première partie. Impossible de se réveiller.
C.L.

 

 

LES AUTRES FILMS DE LA SEMAINE

 

Atomic Blonde **
Juste avant la chute du Mur, une espionne est envoyée à Berlin pour venger la mort d’un collègue. Résolument eighties, cette adaptation d’un roman graphique est portée par le charisme de Charlize Theron et remplit son contrat.
Mi.G.

Bigfoot Junior **
Les Belges Ben Stassen et Jérémie Degruson continuent d’empiéter presque éhontément sur les pelouses de l’Oncle Sam avec ce sympathique film familial qui raconte les aventures d’un garçon aux étranges pouvoirs. Drôle et bien ficelé, mais pas inoubliable.
M.Q.

Egon Schiele **
Egon Schiele, sa vie, son œuvre. L’interprétation des acteurs, tous excellents – Valerie Pachner en tête -, la musique raffinée et la scénographie, sublime, se mettent idéalement au service d’un biopic classique, chic et instructif.
M.Q.

Lumières d’été ***
En tournant un documentaire sur les rescapés du bombardement d’Hiroshima, Akihiro, Japonais vivant en France, rencontre Michiko dans le “Parc de la Paix”. Elle l’entraîne dans un voyage initiatique. Un film d’une grande sensibilité.
G.To.

Overdrive
Chronique à venir

Summertime **
Deux adolescents romains passent leur été à San Francisco, où ils expérimentent l’amitié, l’amour, le bonheur mais aussi la mélancolie. Le réalisateur de @À la recherche du bonheur cimule les clichés dans une œuvre calibrée pour la saison.
S.H.